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Finances publiques : Moody’s met en doute l’objectif de déficit pour 2024 / Et prévoit une remontée de l’endettement
Moody’s est quelque peu circonspecte quant à la trajectoire budgétaire du gouvernement. Alors que le déficit public s’est avéré plus élevé qu’escompté (5,5 % du PIB contre 4,9 % prévu) en 2023, l’agence de notation américaine juge qu’atteindre l’objectif pour 2024 (4,4 %) est "peu probable", ce malgré la suppression de "mesures de soutien extraordinaires prévues dans la loi de finances pour 2024 et les 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires annoncées en février".
"Les autorités pourraient choisir de prendre des mesures supplémentaires dans les semaines et les mois à venir, mais l’effort d’assainissement budgétaire exigerait du gouvernement qu’il réduise le déficit de plus d’un point de pourcentage du PIB, ce qui n’a été fait qu’une seule fois depuis 2000 (si l’on exclut les circonstances extraordinaires de la pandémie de Covid)", rappelle Moody’s, qui livrera son nouveau jugement sur la note française le 26 avril.
A l’occasion d’une conférence de presse hier matin, Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, a indiqué qu’il faudra attendre l’été 2024 pour établir si de nouvelles économies sont nécessaires. "Fondamentalement, le déficit plus élevé que prévu met en évidence les risques inhérents à la stratégie budgétaire à moyen terme du gouvernement, qui repose sur des hypothèses optimistes en matière d’économie et de recettes et sur des restrictions sans précédent en matière de dépenses, y compris des économies non encore spécifiées dans le cadre de la revue des dépenses", explique l’agence. Une opinion parfaitement identique à celles formulées par la Cour des Comptes et le Haut conseil des finances publiques ces derniers mois.
Dans sa note publiée ce midi, l’agence chargée d’analyser la solvabilité de la puissance publique a également évoqué le ratio d’endettement de la France (110,6 % du PIB en 2023). Il a reculé de 1,3 point l’an passé, ce qui serait le résultat d’un "déflateur du PIB élevé plutôt qu’un assainissement budgétaire". Comprendre : l’inflation anormalement haute a permis de gonfler la croissance nominale, réduisant ainsi le poids de la dette. "Il est peu probable que cette baisse se répète dans les années à venir en l’absence d’efforts d’assainissement budgétaire très importants. À partir de 2024, nous prévoyons une lente remontée de la dette", prévient Moody’s - en 2024, la croissance nominale va fortement ralentir du fait de la nette diminution de l'inflation ce qui va abaisser le seuil de déficit public au-dessous duquel le ratio d’endettement commence à décroître.
Un tel pronostic va à l’encontre des prévisions du gouvernement. En effet, la loi de programmation des finances publiques anticipait une stabilisation du ratio en 2024 et en 2025 avant une baisse en 2026 qui s’accélérerait en 2027. Le programme de stabilité (document réunissant les prévisions macroéconomiques et la trajectoire des finances publiques pour les années à venir, mis à jour tous les ans et transmis à la Commission européenne qui s’assure du respect des règles budgétaires par les États membres de l’Union européenne) que Bruno Le Maire présentera le 17 avril en Conseil des ministres actualisera cette trajectoire mais le désendettement y sera toujours inscrit de même qu’un retour sous les 3 % de déficit public en 2027. Les points de passage en matière de déficit (4,4 % en 2024, 3,7 % en 2025, 3,2 % en 2026, 2,7 % en 2027) pourraient toutefois évoluer.
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