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Moody’s épargne la France / Ce qui pourrait la faire changer d’avis
Les finances publiques françaises ont réussi deux de leurs examens de printemps. Le jugement de Moody’s et Fitch Ratings sur la solvabilité de la sphère publique hexagonale n’a pas changé par rapport à leur dernière évaluation : elles ont chacune conservé la note qu’elles lui attribuaient (Aa2 pour Moody’s et AA- pour Fitch Ratings). “Cette décision doit nous inviter à redoubler de détermination pour rétablir nos finances publiques et tenir l’objectif fixé par le président de la République : être sous les 3 % de déficit en 2027”, a réagi Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. “Nous tiendrons notre stratégie fondée sur la croissance et le plein emploi, les réformes de structure et la réduction des dépenses publiques”, a ajouté le locataire de Bercy.
Pour justifier son choix, Moody's a indiqué que la France était une économie de taille importante, diversifiée, riche et qui pouvait compter sur une épargne privée massive (l’épargne financière des seuls ménages représente près de 6000 milliards d’euros) ainsi que sur une démographie favorable.
En outre, ses analystes semblent ne pas être restés insensibles à la politique de l’offre menée depuis une dizaine d’années, politique marquée entre autres par les allègements des impôts de production, la création du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), la loi El Khomri, la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés, la loi Pacte ou encore les ordonnances travail. En effet, “les réformes structurelles ont commencé à s’attaquer aux défis qui pouvaient peser sur le profil de crédit tels que le taux de chômage élevé et l’affaiblissement de la compétitivité”, soulignent-ils.
Par ailleurs, “le coût de la dette française par rapport à celui de ses pairs continue de soutenir le profil de crédit de la France, bien que le resserrement de la politique monétaire entraîne une augmentation progressive des charges d’intérêts”, avance Moody’s. D’après le programme de stabilité (PSTAB), ces dernières devraient atteindre, pour l’ensemble des administrations publiques, 55 milliards d’euros cette année, puis s’afficher à 83 milliards d’euros en 2027.
La perspective de la note française étant stable, la probabilité que Moody’s décide de la dégrader dans les prochains mois est en théorie égale à celle qu’elle soit relevée. Pourtant, quand on regarde dans le détail le rapport de l’agence de notation, il est aisé de constater qu'elle se montre bien plus loquace pour évoquer ce qui pourrait la pousser à ajuster à la baisse plutôt qu’à la hausse la note hexagonale.
D’une part, "la perspective, et en fin de compte la notation, pourraient être dégradées si Moody’s devait conclure que la détérioration de l’accessibilité de la dette sera beaucoup plus importante en France que dans les pays qui lui sont comparables". La charge élevée de la dette de la France accroît son exposition aux hausses de taux, ce qui pourrait entraîner une augmentation plus rapide des paiements d’intérêts, explique l’agence, qui précise que ce facteur a un poids important dans son évaluation. D’après les calculs de l’Agence France Trésor, l’organisme qui gère la dette et la trésorerie de l’État, un choc durable de 100 points de base sur les taux d’intérêt des obligations de l’État français représente un surcoût de 32,6 milliards d’euros par an au bout de dix ans.
D’autre part, "un affaiblissement de l’engagement en faveur de l’assainissement budgétaire augmenterait également les pressions à la baisse sur la note de crédit", écrivent les analystes de Moody’s, qui s’attendent à ce que la dette publique s’établisse à près de 115 % du PIB en 2027 (contre 110,6 % fin 2023), quand le gouvernement a pour objectif qu’elle soit égale à 112 %.
Enfin, "bien qu’il ne s’agisse pas de l’hypothèse de base de Moody’s, une escalade de la guerre en Ukraine qui conduirait à impliquer directement les membres de l’OTAN exercerait également une pression à la baisse sur la notation".
Deux autres agences de notation feront bientôt connaître leur jugement : Scope Ratings le 3 mai puis S&P Global Ratings le 31 mai. Elles ont toutes deux placé la note française sous perspective négative.
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