Macro-économie / Taux / BCE / Inflation / taux d'intérêt
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Zone euro : les salaires négociés surprennent à la hausse / De quoi faire cogiter la BCE sur la date de sa première baisse de taux ?
L’évolution des salaires des travailleurs européens va-t-elle semer le trouble au sein de la Banque centrale européenne (BCE) ? En zone euro, les salaires négociés ont progressé de 4,7 % durant le premier trimestre 2024, ce qui représente un rythme d’accroissement historique à égalité avec celui affiché lors du troisième trimestre 2023. Lors des trois derniers mois de 2023, leur croissance avait reflué à 4,5 % et le consensus s’attendait à une stabilisation à ce niveau ou à une diminution.
A Francfort, le comportement des rémunérations est observé de très près. En effet, elles représentent un déterminant important de l’inflation des services (44,9 % de l’indice des prix à la consommation harmonisé), ces derniers étant très intenses en main-d’œuvre. De plus, ces derniers mois, l’inflation dans ce secteur a stagné à un étiage relativement élevé, même si elle a connu sa première baisse depuis octobre dernier en avril atteignant 3,7 % sur un an.
Christine Lagarde, présidente de la BCE, avait prévenu récemment qu’il y avait " une probabilité d’une surprise à la hausse des salaires au premier trimestre, en raison des fortes augmentations des salaires du secteur public en Allemagne en particulier ", rappelle Fabio Balboni, économiste senior chez HSBC. Le chiffre paru hier ne doit ainsi pas avoir étonné outre mesure les banquiers centraux européens.
"L’exception allemande tient à deux éléments : beaucoup d’éléments ponctuels (one-off c'est-à-dire des hausse des primes collectives) qui ne se répéteront pas et un important accord dans le secteur public, qui n’a pas d’impact sur les prix puisqu’il n’y a pas de prix dans le secteur public. Il est important de ne pas surinterpréter ces chiffres", a tenu à préciser François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, lors d'un échange avec le Financial Times au salon VivaTech. "Nous restons confiants dans le processus de désinflation. Au passage, les coûts (les prix) ne dépendent pas que des salaires, mais aussi des marges et de la productivité. Il faut regarder l’inflation dans son ensemble", a ajouté le grand argentier.
Le compte rendu de la réunion de politique monétaire Conseil des gouverneurs d’avril avait souligné "la nécessité de ‘garder à l’esprit la dynamique globale, telle qu’elle est intégrée dans les prévisions, plutôt que de se contenter de la dernière publication’", rapporte Fabio Balboni, qui juge que le Conseil des gouverneurs devrait encore se sentir très à l’aise pour abaisser les taux le 6 juin.
Un avis plutôt partagé par Alan Lemangnen et Frederik Ducrozet, économistes chez Pictet Wealth Management, qui s’attendent à ce qu’à la suite de la diminution des taux d’intérêt directeurs en juin, la BCE fasse une pause en juillet avant de reprendre son cycle de baisse en septembre. Sauf inflation bien plus forte qu’escomptée en mai, la BCE devrait s’en tenir à ses plans pour juin, plussoie Jack-Allen Reynolds, économiste chez Capital Economics, qui avance cependant que la persistance des pressions salariales réduit le risque d’une baisse rapide des taux de l’institution de Francfort au cours du second semestre.
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