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Intelligence artificielle / ETI / Inetum / Normann Hodara
Le potentiel de développement de l’IA dans les ETI se dessine / Remporter tout d'abord l'adhésion des dirigeants
Petit à petit, l’intelligence artificielle (IA) fait son nid dans les ETI françaises. Rien d’extravagant : la dernière étude Opinionway Grant Thornton menée à ce sujet indiquait que 20 % d’entre elles avaient réellement franchi le pas, en ayant déjà intégré la technologie, ou que le processus de déploiement y était en cours, à la mi-avril 2024.
Mais le potentiel de développement est là, puisque près d’un tiers des dirigeants interrogés a indiqué que l’implémentation de l’IA dans leur entreprise faisait bien partie de leurs projets. D’autant plus qu’en termes de compétitivité technologique et de montée en puissance de leur stratégie numérique, cela apparaît comme un signal positif de prise de conscience des enjeux en la matière, alors que l’environnement macroéconomique pèse sur leurs perspectives d’investissements et que l’IA s’adopte pour l’instant principalement au sein des très grandes entreprises, dont les moyens le permettent, ou du côté des start-ups, ayant déjà un pied dedans et de plus amples capacités d’adaptation. Une question d’agilité qui pourrait néanmoins aussi jouer en faveur des ETI.
"Les ETI ne sont évidemment pas récalcitrantes dans l’absolu. Elles n’ont juste pas les mêmes moyens d’expérimentation de la technologie. Elles sont parfois en retard sur ce point. Mais à l’inverse des grands groupes, elles ont au moins l’avantage de pouvoir prendre des décisions plus rapidement sur la base de la conviction des dirigeants. Ce qui peut être un puissant facteur d’accélérateur de changement", appuie Normann Hodara, le directeur général en France du spécialiste des services numériques Inetum, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. Effectivement, les freins à l’adoption de l’IA sont bien identifiés : sans surprise, ils concernent tout d’abord les coûts à déployer, selon plus de la moitié des patrons d’ETI interrogés par l’enquête.
Faire en fonction de la norme
Et si l’accélération dans l’IA nécessite d’être à l’origine de la conviction des dirigeants, il semblerait que ces derniers privilégient pourtant l’attente d’indications quant à l’activité de leurs pairs avant de se lancer eux-mêmes. De fait, 80 % d’entre eux indiquent opter pour une approche attentiste en matière de stratégie d’investissements en IA, préférant d’abord observer le reste du marché et mesurer ainsi les investissements réalisés. Comme le souligne Normann Hodara, ce sont souvent les moyens d’expérimentation qui pèchent, afin de pouvoir identifier quelques cas d’usage et déployer la technologie à l’échelle par la suite. Seules 10 % des ETI testent en effet l’IA au travers de projets pilotes, tandis que la quasi même proportion a déjà élaboré une feuille de route d’investissements ciblés, remarque l’enquête. Elles ne sont, par ailleurs qu’1 % à faire le "pari" de l’IA en investissant massivement dans la technologie.
Inetum connaît bien le sujet, puisque 35 % de son activité en France se réalise avec des ETI. D’autant que l’entreprise a elle-même fait le choix d’adopter l’IA, notamment générative, le plus tôt possible en développant un outil maison pour ses collaborateurs à l’aide d’une équipe d’ingénieurs, tout en formant l’ensemble de ses équipes à ce sujet. Inetum a récemment aussi lancé une nouvelle offre d’accompagnement sur le thème de l’IA générative à destination de ses clients : la "GenAI Factory". En clair, la démarche repose sur quatre axes d’action définis. Tout d’abord, un accompagnement dans l’acculturation, puis un soutien dans la qualification des enjeux business et de leur faisabilité, avant un appui lors de la phase d’expérimentation et enfin une assistance lors du passage à l’échelle.
Des bénéfices mal perçus
Parmi ses ETI clientes, Inetum compte par exemple April Marine, un spécialiste de l’assurance des bateaux de plaisance. Grâce à l’adoption de l’IA, l’entreprise a notamment entrepris un projet de génération de paraphrases, permettant d’améliorer l’entraînement des systèmes conversationnels avec l’assureur et de mieux répondre aux nouvelles requêtes. De quoi gagner en efficacité auprès de ses consommateurs et dégager, aussi, plus de temps pour les collaborateurs.
"Cela dépend bien sûr des industries. Mais sur des marchés en croissance, cela permet de dégager du temps et de la productivité. Pour les collaborateurs, si elle est bien utilisée, cela peut rendre leurs métiers plus intéressants et qualitatifs dans la mesure où certaines tâches répétitives sont automatisées", observe Normann Hodara. Ces bénéfices quant à l’efficacité du travail sont d’ailleurs identifiés par les patrons d’ETI. L’automatisation des tâches répétitives et l’amélioration de la productivité des employés remportent leur adhésion quant aux intérêts de l’utilisation de l’IA.
Mais si les bienfaits de l’IA, relatifs à la productivité, sont bien compris, le reste de ses avantages semble pour l’instant avoir du mal à prendre racine dans l’esprit des patrons d’ETI. Ils sont encore 41 % à estimer qu’ils les perçoivent mal, tandis que 40 % d’entre eux s’inquiètent de la nécessité d’adresser et de gérer de nouveaux risques liés à cette technologie. Reste donc à persuader les décideurs à la tête des ETI françaises. "Si l’on parvient à convaincre les dirigeants, cela ira bien plus vite. En ce sens, nous travaillons beaucoup sur la relation client. Le fait est que les ETI vont nécessairement devoir accélérer sur ce plan, car le contexte de concurrence ne peut pas être occulté", conclut Normann Hodara.
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