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Stellantis veut tirer parti de l’offensive électrique chinoise / Carlos Tavares persiste et signe au sujet de sa stratégie
Après les annonces de Joe Biden, place à celles de la Commission européenne. Bruxelles a haussé le ton cette semaine à l’égard de la Chine, en annonçant que les droits de douane européens sur les importations de véhicules électriques produits en son sein pourraient bientôt être renchéris. En cause, une enquête dont les conclusions provisoires ont pointé que la chaîne de valeur des véhicules électriques à batteries (BEV) en Chine bénéficiait de subventions déloyales.
Ce qui constituerait une menace pour l’industrie automobile électrique européenne, elle qui a pourtant un rôle important à jouer sur le plan de la compétitivité et de la réindustrialisation du Vieux continent. De fait, les importations européennes de BEV chinois ont été multipliées par près de huit en trois ans, à 440 000 unités en 2023. "Il faut reconnaître que l’offensive des marques chinoises est devenue beaucoup plus importante que ce que nous avions prévu il y a trois ou quatre ans", a d’ailleurs observé le directeur général de Stellantis, Carlos Tavares, à l’occasion de la journée investisseurs du groupe qui se tenait jeudi aux États-Unis. La feuille de route est donc tracée, avec des réductions de coûts et des partenariats au programme. De quoi, selon le patron du groupe, renforcer sa compétitivité face aux producteurs chinois.
Répondre à l'offensive par l'offensive
"La Chine devient bien sûr une partie importante de nos activités et tout ce qui vient de Chine a un impact. Cela va sans dire que nous avons l’occasion de discuter des droits de douane. Non seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe. Ce qui est clair, c’est que nous ne voulons pas être sur la défensive. Notre stratégie, qui est 'asset light', consiste à nous assurer que nous sommes nous-mêmes offensifs. Et que nous surfons sur la vague de l’offensive chinoise", a expliqué le dirigeant du groupe né de la fusion Fiat-PSA à ses investisseurs.
Ce que Stellantis a donc bien amorcé, notamment au travers de son investissement dans le constructeur chinois Leapmotor et de la création d’une coentreprise, contrôlée à 51 % par Stellantis, qui détient les droits exclusifs de fabrication, d’exportation et de ventes des produits de Leapmotor hors de Chine. Dans un marché mondial toujours plus fragmenté, "vous avez besoin d’être un héros local, d’être à l’intérieur de chaque bulle et d’y jouer un rôle de leader", a poursuivi Carlos Tavares. La position de Stellantis à ce sujet est claire : il faut opérer au travers de solutions locales, qui sont les meilleures de leur catégorie dans un cadre donné.
Un intérêt propre
Les produits du constructeur chinois sont à la pointe de la technologie, a admis Carlos Tavares, tout en assurant que le différentiel de coût de production s’élevait bien à 30 %. Mais du fait du partenariat instauré avec Leapmotor, le groupe compte prendre avantage de cette situation. "Nous avons un intérêt financier à développer cette activité en dehors de la Chine, pendant qu’ils s’occupent de la Chine, car c’est un environnement très spécifique. En fin de compte, que disons-nous ? Que nous allons tirer parti de leur compétitivité en matière de coûts et de leur maîtrise technologique, notamment dans tout ce qui a trait à la connectivité. Et nous allons le faire au travers de notre société d’exportation", s’est félicité le patron du groupe.
Tout ceci ne serait qu’une question d’anticipation, a-t-il poursuivi. Pour ne pas se retrouver sous pression sur le marché chinois et du fait de son investissement d’1,5 milliard d’euros dans Leapmotor, Stellantis a tout intérêt à ce que son partenaire gagne du terrain sur le marché intérieur. Et alors que les groupes chinois devraient inéluctablement prendre des parts de marché en Europe, Stellantis pourrait aussi profiter de cette dynamique.
Perspectives réaffirmées
Ce partenariat a d’ailleurs pris une tournure bien concrète au mois de mai, alors que la coentreprise de Stellantis et Leapmotor annonçait avoir reçu les autorisations nécessaires à sa création et avoir lancé ses opérations pour développer ses ventes mondiales de BEV. À partir de septembre 2024, la "quinzième marque" de Stellantis devrait donc bel et bien prendre racine en Europe, alors que deux modèles de véhicules électriques de Leapmotor y seront commercialisés. Le but reste de proposer des voitures électriques plus abordables. "Nous avons besoin du support de la classe moyenne pour résoudre le problème de la mobilité zéro émission", a insisté Carlos Tavares. Et le groupe de rappeler que son objectif d’avoir atteint 100 % de lancements électriques en Europe à l’horizon 2030 était bien confirmé.
Stellantis compte aussi sur de nombreux lancements électriques cette année pour redonner du dynamisme à ses ventes, alors que son chiffre d’affaires a reculé de 12 % au premier trimestre de 2024. Certains ajustements de prix à la baisse pourraient aussi être au programme, tout en serrant la vis sur les économies de coûts afin de conserver une marge à deux chiffres à laquelle les investisseurs commencent à s’habituer. Cette perspective, pour l'exercice en cours, a d'ailleurs été réaffirmée par la direction lors de la journée investisseurs du groupe. Les actionnaires, quant à eux, devraient même être mieux lotis en 2025 : Stellantis visera la fourchette supérieure de sa politique de distribution de dividendes, soit entre 25 et 30 %, contre 25 % ces dernières années. Cela suffira-t-il ? Jeudi, le titre clôturait en tout cas en recul de 2,7 % à la Bourse de Paris et a également entamé la dernière séance de la semaine en territoire négatif.
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