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Rencontres économiques d'Aix-en-Provence / dette publique
Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Controverse sur la nécessité du désendettement des Etats
Les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence ne pouvaient pas faire l’impasse sur la dette publique. Son bond dans l’ensemble des économies avancées du fait, entre autres, de la multiplicité des crises qui se sont produites depuis une quinzaine d’années a poussé l’évènement organisé par le Cercle des économistes à y consacrer un débat en fin d’après-midi.
En introduction de la discussion, Jean-Paul Pollin, membre du Cercle des économistes, a insisté sur la difficulté de concilier désendettement et croissance, le premier pouvant pénaliser la seconde qui a son tour contrarie le désendettement. Un problème insoluble ? “Finalement, on peut se demander si la meilleure solution ne serait pas de faire le pari de la croissance quitte à s’endetter un peu plus, de façon à financer les investissements porteurs de croissance, ce qui nous permettrait de nous inscrire sur une trajectoire stable [taux d’endettement, ndlr]”, a-t-il déclaré, ajoutant que cela nécessite d’être crédible aux yeux des marchés.
Salim Chahine, troisième vice-gouverneur de la Banque centrale du Liban, a, lui, notamment rappelé les risques associés à un endettement qu’on laisserait filer. “Les taux d’intérêt peuvent augmenter, ce qui peut avoir un effet négatif sur le secteur privé qui peut aussi se concrétiser avec un effet d’éviction à travers un transfert de l’épargne disponible du secteur privé au secteur public et donc un ralentissement économique à terme”, a jugé le banquier central. Une opinion pleinement partagée par Gérald Bekerman, président de l’Association française d’épargne et de retraite (Afer), dont le diagnostic fut sans appel. “La dette est un ennemi de la confiance et de la croissance”, a-t-il affirmé.
En plus de reprendre à son compte l’argument d’un potentiel effet d’éviction, Sarah Carlson, vice-présidente senior chez Moody’s, a prévenu qu’accepter un haut niveau de dette impliquait des charges d’intérêts bien plus lourdes pour la puissance publique à terme (une fois l’intégralité de la dette refinancée). "Selon nous, les taux d’intérêt ne reviendront pas au niveau où ils étaient avant le déclenchement de la guerre en Ukraine", a-t-elle justifié.
“Il n’y a pas de vérité absolue”, a estimé pour sa part Jakob von Weizsäcker, ministre des Finances et des Sciences de Sarre. “Il s’agit de savoir si les investissements publics ont un effet d’entraînement vis-à-vis des investissements privés ou un effet d’éviction, ce qu’il est possible de quantifier et ainsi de savoir dans quel régime nous nous situons”, a-t-il précisé.
Une position nuancée affichée également par Eric Chenut, président de la Fédération nationale de la Mutualité Française, qui ne fait pas de la dette un mal en soi. "Si la dette permet d’investir sur les infrastructures, la création de valeur future, elle, est utile, si elle sert à éponger un déséquilibre des dépenses de fonctionnement, alors cela peut poser un problème. En dehors des périodes de crises, nous ne devrions pas générer ce type de dette conjoncturelle qui malheureusement dure et ce depuis un peu trop longtemps dans notre pays", a-t-il avancé.
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