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L’usine du monde n’a pas dit son dernier mot / La concurrence chinoise est loin de disparaître pour l'Europe
" Nous ne devons craindre aucun pays. Nous sommes l’UE. Nous sommes le marché unique. Nous sommes l’un des continents économiques les plus puissants du monde." Bruno Le Maire, alors ministre de l’économie, était sûr de son fait l’an passé lorsqu’il assénait la force du Vieux continent. Néanmoins plusieurs membres de la Banque centrale européenne viennent de s’alarmer, sur le blog de l’institution, d’une nouvelle forme de concurrence chinoise apparue ces dernières années.
Les auteurs avancent qu’après avoir vu les fabricants de la zone euro bénéficier pendant longtemps des importations chinoises de biens intermédiaires pour exporter des produits finis, voilà que la Chine se met à exporter de plus en plus de biens finaux. Le constat est clair pour eux, qui constatent que "cela a coïncidé avec une baisse significative de la part de la zone euro sur le marché mondial des exportations, tandis que la part de la Chine n’a cessé d’augmenter ".
Part du gâteau
"Les produits de la zone euro sont devenus plus chers par rapport aux produits chinois ", la raison de l’émergence d’une concurrence chinoise ne fait aucun doute pour les économistes publiant le billet. Depuis le début du siècle, il est noté qu’il existe une " baisse de la part de la zone euro, qui a chuté de onze points de pourcentage depuis 2000". Celle-ci s’explique également par les choix européens, notamment celui d’une transition progressive "d’une économie basée sur le secteur manufacturier à une économie plus axée sur les services" combiné à une intégration grandissante de la Chine et d’autres économies émergentes sur le marché mondial.
La guerre entre Kiev et Moscou a pu contribuer à creuser cette dynamique et elle est jugée comme ayant "entraîné une augmentation des coûts de l’énergie et d’autres intrants, érodant davantage la compétitivité-prix des exportateurs de la zone euro". Un évènement d’autant plus malvenu que les "exportations chinoises ont progressé dans la chaîne de valeur, elles défient de plus en plus d’exportateurs européens, y compris ceux des industries à forte valeur ajoutée comme l’automobile et les machines spécialisées ".
Coude à coude
Indicateur de cette course à laquelle se livrent les deux géants économiques, on observe que " le nombre de secteurs dans lesquels la zone euro et la Chine ont un avantage comparatif révélé - ce qui signifie qu’ils exportent plus dans ces secteurs que la moyenne mondiale - a régulièrement augmenté ces dernières années".
L’Empire du milieu s’appuierait sur 3 facteurs pour être plus compétitif que la veille Europe ; d’une part les subventions gouvernementales considérables bénéficient au secteur manufacturier, de l’autre les déboires du secteur immobilier national ont paradoxalement fait baisser les prix de certaines matières premières. Enfin il est avancé que "la capacité excédentaire sur le marché intérieur de la Chine intensifie la concurrence intérieure, ce qui entraîne une baisse des prix et une compression des marges bénéficiaires à l’intérieur du pays". Un point qui inquiète au plus au point l’Europe qui prend peur pour certaines de ses industries naissantes, telle que celle des véhicules électriques pour laquelle elle envisage depuis des mois d’appliquer des mesures protectionnistes.
Un coup de retard
Le mal est peut-être déjà fait à en croire la publication, cette dernière estime que "l’industrie automobile a dû faire face, entre 2019 et 2023, à des désavantages de 7,5 % dans ses prix de production par rapport aux fabricants chinois et à une perte de part de marché de plus de 15 % ". L’avenir pourrait être encore plus complexe pour les exportateurs européens étant donné que la force de frappe chinoise ne devrait pas décroître, au contraire c’est de nouveaux navires de transports qui sont attendus prochainement et devraient " augmenter considérablement la capacité annuelle d’exportation de voitures de la Chine à plusieurs reprises entre 2023 et 2026 ".
Les exportations de la zone euro verront leur compétitivité mise d’autant plus à rude épreuve prochainement. Pour y faire face, plusieurs suggestions sont émises dans le billet de blog. Il suggère ainsi de s’en remettre à l’investissement dans l’innovation et particulièrement dans les technologies propres. La question de la diversification stratégique pour être moins dépendants de certains marchés est évoquée en parallèle des efforts actuels pour mettre en place des règles du jeu équitables pour les liens commerciaux avec la Chine.
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