Macro-économie / Taux / Fitch Ratings / Moody's / Scope Ratings / S&P
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Fitch Ratings / Moody's / Scope Ratings / S&P
Le bal des notations de la dette française débute / Fitch Ratings est la première des agences à dégainer ce soir
"Notre dette trouvera preneur ". Pierre Moscovici, président du Haut Conseil des finances publiques, ne s’est pas montré inquiet ce matin quant à la capacité de l’État français à s’endetter, il a toutefois souligné que le coût risquait de s’en renchérir si la crédibilité de la France était entamée. Une spirale infernale pourrait alors s’actionner, avec une charge de la dette qui pourrait encore augmenter et la capacité d’action de l’Hexagone diminuerait en conséquence.
Nous n’en sommes pas encore là et pourtant le spectre d’une dégradation de la notation ou des perspectives de cette dernière va être présent les prochaines semaines. Fitch Ratings rend son verdict ce 11 octobre, Scope Ratings le fera 18 octobre, Moody’s tranchera quant à elle le 25 octobre, et enfin S&P clôturera le bal le 29 novembre.
Converger
Les verdicts vont bon train, les légères divergences actuelles entre les agences pourraient s’estomper néanmoins. Natixis CIB jugeait récemment qu’il semble que "Fitch et S&P seront plus attentistes cette année, car les deux agences ont récemment abaissé la note de la France à AA- (perspective stable) ", ainsi ils attendent plutôt un mouvement du côté de chez "Moody’s [qui] pourrait faire passer la perspective de la note de la France de stable à négative au cours de la révision de cet automne, avant de rétrograder la France en 2025, car l’agence de notation maintient un AA plus favorable qui semble maintenant trop complaisant".
Cependant le couperet pourrait bien tomber en 2025, estiment Hadrien Camatte, Expert France, Belgium, Eurozone chez Natixis CIB, et Théophile Legrand, Rates strategist chez Natixis CIB, qui évoquent que S&P et Fitch Ratings "pourraient placer la France sous perspective négative en 2025 avant un éventuel déclassement en 2026, en particulier si la réduction du déficit public n’est pas atteinte une nouvelle fois ".
Pour le pire
Le scénario central n’exclut pas que d’autres plus adverses puissent survenir notamment du côté de Moody’s. Pour Hadrien Camatte et son coauteur, pour l’heure "les prix actuels du marché suggèrent qu’un passage de stable à négatif le 25 octobre est très probable, ce qui soulève des inquiétudes quant à la stabilité fiscale et à la solvabilité à long terme de la France". Rappelant que "comme cela s’est déjà produit dans le passé pour l’Espagne pendant la crise de la dette souveraine" il n’est pas à exclure qu’on observe "un abaissement direct de la note de AA2 à AA3 [qui] demeure un risque secondaire, mais il reste peu probable".
L’apprentissage d’un paysage politique plus éclaté en France n’est également pas sans risque et parmi les facteurs dont dépendra la notation française dans le futur, deux sont mis en avant par les équipes de Natixis CIB. D’une part "la crédibilité du gouvernement dans sa capacité à lancer une consolidation budgétaire" et d’autre part " la probabilité d’une remise en cause de ces mesures de consolidation en cas de censure du gouvernement ". La reprise en main des comptes publics appelée de ses vœux par Pierre Moscovici ces dernières heures sera scrutée de près, tout comme la capacité à maintenir la discipline budgétaire.
Fondamentaux
Un échec sur ce plan et une dégradation associée pourrait amener à "rapprocher la note de la France de celle de la Belgique (A + en moyenne) ou de l’Espagne (A en moyenne) à moyen terme ". L’Hexagone n’est pas dénué d’atouts néanmoins, sinon sa notation aurait été dégradée de longue date, les deux experts rappelant ses atouts structurels que sont la taille de son économie et sa diversification, la solidité de ses institutions ou encore des perspectives de croissance pour l’heure positives. Ce dernier point rend encore plus important la nécessité que le projet de loi de finances 2025 ne brise pas le potentiel français en la matière.
Cette question des fondamentaux est également cruciale pour Sylvain Bersinger, le chef économiste d'Asterès, ce dernier rappelle que "la note française a été dégradée par S&P le 31 mai 2024, sans qu’il n’y ait aucune conséquence sur le spread français". Par contre, "peu de temps après, la dissolution de l’Assemblée nationale et la crainte de voir arriver au pouvoir des partis dépensiers (RN ou NFP) a entraîné un bond du spread. Ce dernier réagit donc bien à l’évolution des fondamentaux du pays (en l’occurrence l’incertitude politique et le risque de creusement du déficit public)".
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