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Stellantis prépare le terrain avant sa publication trimestrielle / Pendant que Carlos Tavares abat ses cartes au Mondial de l’Automobile
Il vaut parfois mieux prévenir, que guérir d’une publication financière attendue : à deux semaines du rendu de sa copie trimestrielle, Stellantis a commencé à semer quelques indices à propos de sa dynamique commerciale à fin septembre. Le constructeur automobile a en effet annoncé, mercredi, avoir lancé la publication de l’estimation de ses volumes de véhicules livrés au réseau et aux ventes flottes. Un déterminant direct de la reconnaissance de ses revenus, explique le constructeur automobile. Mais un indicateur permettant aussi de donner une première vue des avancées concernant la réduction des stocks, l’un des points saillants de ses difficultés rencontrées aux États-Unis.
Sans grande surprise, l’indicateur s’affiche donc nettement à la baisse, tout particulièrement en Amérique du Nord, où les concessionnaires ont fait valoir leur mécontentement. Les facturations "sortie d’usine" y ont reculé d’environ 170 000 unités. La conséquence de coupures de production déjà annoncées pour faire baisser, justement, les stocks. Mais aussi de l’absence temporaire de certains véhicules, du fait d’une nouvelle offre de produits portée sur l’électrique. En Europe, même constat. Les facturations sorties d’usines ont reculé d’environ 100 000 unités sur un an, cette fois uniquement en raison de lancements retardés. Au total, "les facturations sortie d’usine consolidées pour les trois mois se terminant le 30 septembre 2024 ont été d’environ 1 148 mille unités, soit 20 % de moins que pour la même période en 2023. La baisse des facturations a été plus sévère que celle des ventes à client final sous-jacentes qui ont reculé de 15 % au cours de la période, en raison des impacts temporaires liés à la transition du portefeuille de produits et des initiatives de réduction des stocks des concessionnaires", explique le constructeur.
Sur tous les fronts
La nouvelle intervient dans un contexte plus que mouvementé pour le groupe. Avertissement d’ampleur sur ses résultats, des ventes poursuivant leur chute aux États-Unis (elles étaient en recul de 20 % au troisième trimestre), grand remaniement de l’équipe de direction de Carlos Tavares, annonce officielle de son départ en retraite en 2026 et du lancement de la recherche de son successeur : les dernières semaines n’ont pas été de tout repos. D’autant que toutes ces perturbations sont tombées juste avant le Salon du Mondial de l’Automobile de Paris, ouvert depuis lundi et qui se tiendra jusqu’à dimanche. De quoi placer, de nouveau, le directeur général du groupe au centre de l’attention.
L'occasion pour ce dernier d'être sur tous les fronts, puisqu'il s'est fréquemment exprimé depuis le début de la semaine, lors de différentes apparitions médiatiques ou de conférences organisées pour l'évènement. Déjà, au sujet des stocks excessifs qui seraient, selon lui, le fruit d’une simple erreur opérationnelle (à savoir un plan marketing qui n’aurait pas fonctionné au deuxième trimestre aux États-Unis) le patron l’a assuré à plusieurs reprises. Cela devrait être résolu avant la fin de l’année en cours. Rien à signaler du côté de la stratégie en place, donc, comme il l’avait déjà pointé lors d’un déplacement précédent.
Monter dans le train
Une stratégie d’ailleurs bien assumée du côté de l’électrique, puisque sa nouvelle recrue en la matière, Leapmotor, a elle aussi, son stand dédié aux côtés des marques historiques du groupe (Peugeot, Citroën ou Alfa Romeo) au salon de l'automobile. Pour mémoire, l'entreprise née de la fusion entre Fiat Chrysler et PSA a créé une coentreprise avec ce constructeur automobile électrique chinois. Elle est détenue à 51 % par Stellantis et a vocation à exporter et assembler les véhicules de l'entreprise chinoise en Europe. Une des pierres angulaires de son déploiement électrique, qui compte s’appuyer sur cette collaboration pour tirer parti de l’offensive électrique de l’Empire du Milieu. "Nous sommes montés dans le train de la Chine plutôt que de le laisser nous rouler dessus", a assuré Carlos Tavares lors d'un discours donné au Mondial de l'Automobile.
Effectivement, le patron l’a rappelé : les constructeurs chinois possèdent désormais 7,4 % des parts de marché sur les véhicules électriques en Europe, contre 4 % en 2022. Et même environ 10 % en Amérique du Sud. Si ce niveau venait à être atteint sur le Vieux continent, alors le nombre de véhicules correspondants représenterait environ sept usines d’assemblage, expliquait le patron du groupe en début de semaine dans la presse. De quoi entraîner la fermeture de certaines d’entre elles ? Il ne faut rien exclure, estimait le directeur général de Stellantis, car les constructeurs européens pourraient bien devoir les fermer pour résorber des surcapacités de production. Au Mondial de l’Automobile, il a également ajouté : "On observe de plus en plus la mise en place de mesures protectionnistes, ou au moins des mesures commerciales défensives", faisant écho à la décision européenne de renchérir les droits de douane sur les véhicules électriques chinois. "Les actions de court terme auront des implications de long terme, le monde évolue trop rapidement. Le meilleur moyen de protéger nos industries et nos travailleurs est de se mettre au niveau de nos concurrents", a assuré Carlos Tavares.
La volonté des consommateurs
Car la stratégie de Carlos Tavares a toujours été claire : réduire les coûts pour pouvoir vendre des véhicules (électriques) raisonnablement abordables, sans pénaliser les marges de l'entreprise. Interrogé sur les limites de cette méthode, en général, le patron de Stellantis l’a assuré : cela n’est pas de son seul ressort. "Il faut poser la question aux consommateurs. Cela s'est toujours observé dans l'industrie automobile : ils veulent de meilleurs véhicules, à de moindres prix. Le vrai gagnant est l’entreprise qui est capable de leur donner cela. Nous sommes engagés dans une transition [électrique] où le seul sujet qui pose problème est l’accessibilité. Nous avons besoin de nous battre contre nos concurrents avec les mêmes structures de coûts", a insisté Carlos Tavares.
Des consommateurs qui auront nécessairement besoin d’un peu d’aide pour passer à l’électrique, puisque la demande reste pour l’instant limitée. Carlos Tavares a donc appelé de ses vœux à ce que le leasing social en France soit par exemple ouvert aux véhicules d’occasion. Un mécanisme qui avait connu un succès fulgurant l’année dernière, profitant par la même occasion largement à Stellantis. Le dispositif devrait bien être renouvelé l’an prochain, mais ses contours n’ont pas encore été précisés.
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