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Yves de Kerdrel
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La grande peur de la convergence des luttes
par Yves de Kerdrel
Depuis son retour de Chine, Emmanuel Macron est aux prises des différents mouvements sociaux (Hôpital, SNCF…) qui se multiplient et commencent à se donner rendez-vous le 5 décembre avec les salariés de la RATP et de nombreuses centrales syndicales afin de créer une convergence des luttes plus ou moins liée à la réforme des retraites.
À l’Élysée, davantage qu’à Matignon, c’est la peur qui s’installe un an après le début du mouvement des gilets jaunes et à trois semaines de la grande grève du 5 décembre organisée initialement par les syndicats de la RATP et de la SNCF afin de défendre leurs régimes spéciaux dans le cadre de la réforme des retraites. Le problème, c’est qu’une diversité de mouvements sociaux qui touchent l’hôpital et les urgentistes, mais aussi les étudiants, après l’immolation de l’un d’entre eux à Lyon pour la simple raison de sa précarité, et les agriculteurs toujours aux aguets des déclarations sur le glyphosate peut très bien donner naissance sinon à une convergence des luttes, du moins à une gigantesque coagulation des mécontentements.
L’an passé il était possible d’excuser le Chef de l’État et le gouvernement de n’avoir pas vu gronder la colère des Français concernant le pouvoir d’achat, même si pendant sa semaine d’itinérance mémorielle qui avait précédé le 11 novembre 2018, Emmanuel Macron avait été interrogé, voire bousculé, par de nombreux Français. Tout cela a débouché sur ce mouvement des gilets jaunes qui, bizarrement, alors qu’il était complètement hétéroclite, divisé de l’intérieur, et incapable de se structurer a réussi à faire plier le gouvernement. Et à faire en sorte que 17 milliards d’euros d’argent – majoritairement public – soient mobilisés pour calmer cette fronde.
Quand Macron a eu peur…
Si Emmanuel Macron, qui avait théorisé Jupiter, l’autorité retrouvée, et la volonté de transformer le Pays a lâché aussi vite et aussi facilement face à cette France des Gilets Jaunes qu’il n’a jamais voulu rencontrer, c’est parce qu’il a eu peur. Disons même qu’il a eu la trouille. La première fois lorsque les gilets Jaunes se sont retrouvés dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré à quelques mètres de l’Élysée, à cause de forces de l’ordre débordées. Si bien que dès le samedi suivant un hélicoptère était posé sur la pelouse de l’Élysée afin de permettre une sorte de "fuite à Varennes" ou à la Lanterne. La seconde fois, c’est lorsqu’en visite discrète à la Préfecture du Puy-en-Velay, sa voiture a été prise à partie par des gilets jaunes, au point de devoir accélérer pour s’enfuir et semer les fauteurs de troubles.
Aujourd’hui personne ne peut précisément déterminer ce qui va se passer le 5 décembre. Mais le personnel hospitalier qui défilait à Paris jeudi dernier – fait très rare – a déjà averti qu’il rejoindrait ce grand mouvement du début décembre. De la même manière les syndicats d’étudiants – qui n’ont même pas pu être reçus par la ministre chargée de l’enseignement supérieur… en déplacement dans l’antarctique, ont annoncé qu’ils feraient corps avec ce grand mouvement social. Et comme à chaque fois que des étudiants quittent leurs amphis pour manifester, il y a de quoi avoir peur que les protestations dégénèrent. D’autant plus qu’ils ne défilent pas contre la réforme du bac ou contre Parcoursup, mais pour leur survie, pour les bourses qu’ils ne reçoivent plus, pour les APL qui ont été réduites et donc contre la précarité qui a poussé l’un des leurs à tenter de se suicider par le feu devant le siège du Crous à Lyon : tout un symbole.
Marge de manœuvre limitée pour l’Hôpital
De fait dans cette période où le couple exécutif marche sur des œufs, sa seule préoccupation est d’éviter la moindre décision urticante pour la France des "gilets jaunes". Par exemple : la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait prévu d’autoriser l’ouverture de tous les commerces d’alimentation jusqu’à minuit. Mais c’est difficilement considéré comme un progrès pour les salariés. Ce devait être scellé mercredi dernier en Conseil des ministres. Voyant le sujet prendre de l’importance, elle a promis six mois de concertation. Le recul est rapide sous la surveillance permanente de Matignon et notamment de Benoit Ribadeau-Dumas, le directeur de cabinet d’Édouard Philippe qui est devenu démineur en chef.
S’agissant de l’Hôpital et pour éviter justement une convergence des luttes, le Chef de l’État a tout de suite réagi depuis la Marne où il se trouvait, promettant des mesures émanant de Matignon mercredi prochain. Ce qui est déjà une forme de désaveu pour Agnès Buzyn, chargée de ce dossier. Le problème c’est qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses. Et selon nos informations, le pouvoir est prêt à lâcher sur l’Ondam hospitalier (Objectif national de dépenses d'assurance-maladie) en l’alignant sur le rythme de progression des dépenses de soins de ville (+2,4 %). Ce qui représenterait un coût de 240 millions d’euros. Quant à la question des salaires, ridiculement bas dans la fonction publique hospitalière, les syndicats réclament 300 euros par mois. Ce qui aurait un coût de 3 milliards d’euros pour les finances publiques. A priori, c’est impossible. Mais on a vu que la prime Buzyn de 100 euros distribuée cet été n’avait pas servi à calmer la grogne. Alors ?
Un excès de centralisation à l’Élysée
Beaucoup de parlementaires et même des ministres ne cachent pas que la situation actuelle est due en grande partie à la centralisation de toutes les décisions par Emmanuel Macron. Or celui-ci est partagé par la volonté de faire respecter son autorité et le programme sur lequel il a été élu. D’où le cafouillage désastreux sur la réforme des retraites. D’où l’utilisation un peu trop excessive des forces de l’ordre, au risque de créer des violences inutiles. Et partagé depuis le Grand débat National par la volonté de proximité, voire d’humilité. Pour l’instant, Emmanuel Macron donne le sentiment de n’avoir pas encore trouvé le bon équilibre entre ces deux penchants.
Tout cela constitue malheureusement du pain béni pour les extrêmes. C’est la raison pour laquelle la présidente du Rassemblement National gagne 8 points en un mois, dans un sondage Ifop-Fiducial-Sud Radio, tandis que le président de la République en perd un. La tendance peut sembler anodine au vu de la faible baisse de popularité d'Emmanuel Macron mais François Baroin menace aussi à droite.
La grande gagnante des débats sur le voile, l'islam en général et l'immigration n'est autre que Marine Le Pen. La présidente du Rassemblement National gagne 8 % de bonnes opinions par rapport au mois dernier. Dans le même temps, Édouard Philippe perd 4 % de bonnes opinions et son Président, Emmanuel Macron, ne perd qu'un petit pourcent.
Forte hausse de la popularité de Marine le Pen
C'est quasiment du jamais-vu pour Marine Le Pen. Ça montre que les sujets récents dans l'agenda politico-médiatique apportent de l'eau au moulin au Rassemblement National. Elle progresse de 15 points chez les retraités alors que c'est souvent une catégorie où, par le passé, le Rassemblement National a toujours été faible. D'autant plus qu'un de ses potentiels adversaires politiques, François Baroin, dépasse désormais le Président. En effet, 43 % des Français préfèrent le maire de Troyes au Président (40 %). C'est surtout chez les plus de 65 ans que Baroin creuse l'écart : il est la personnalité politique préférée de la tranche d'âge avec 69 % de bonnes opinions. Ces tendances sont à nuancer car pour l'ensemble des Français, Emmanuel Macron reste plus populaire que la présidente du Rassemblement National.
Au chapitre économique, l’un des principaux points d’interrogation qui concerne la future commission européenne a été levé. Puisqu’une majorité de députés européens a approuvé jeudi la candidature de Thierry Breton à la Commission européenne, en dépit des risques de conflits d’intérêts pour l’ancien PDG d’Atos soulignés par la gauche radicale et les Verts, notamment. Ce grand patron de 64 ans, se présentait devant les eurodéputés dans un contexte particulier, sa candidature ayant été proposée après le rejet de celle de Sylvie Goulard, précisément pour des soupçons de conflits d’intérêts et son implication dans l’affaire des emplois présumés fictifs du MoDem au Parlement européen.
Thierry Breton a réussi son examen
Avec constance et fermeté, l’ancien ministre de l’Économie de Jacques Chirac - désigné pour le portefeuille de la politique industrielle, du marché intérieur, du numérique, de la défense et de l’espace a souligné lors d’un grand oral de trois heures qu’il agirait dans le seul intérêt général européen. La commission des Affaires juridiques du Parlement européen avait décidé mardi, dans un vote serré (12 voix contre 11), qu’aucune question ni audition supplémentaire n’était nécessaire s’agissant de la déclaration d’intérêts de l’ancien P.-D.G. d’Atos. Thierry Breton, qui fut également président de France Télécom et Thomson, avait pris les devants en cédant toutes ses parts dans Atos, qu’il a quitté le 31 octobre, et son ex-filiale Worldline. Il a également renoncé aux mandats qu’il exerçait au sein des conseils d’administration de Wordline, Carrefour, Sonatel et la filiale française de Bank of America.
S’agissant de la conjoncture française, les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,8 % sur un an en octobre, après une progression de 0,9 % en septembre, a indiqué jeudi l'Institut national de la statistique et des études économiques dans une deuxième estimation, révisée à la hausse. Sur un an, les prix à la consommation ralentissent pour le quatrième mois consécutif. Cette légère baisse de l'inflation résulte d'un repli des prix de l'énergie et d'un ralentissement des prix de l'alimentation, en partie compensés par une moindre baisse de ceux des produits manufacturés. L'Insee avait initialement annoncé un ralentissement plus marqué de l'inflation en octobre, à 0,7 % sur un an. Sur un mois, l'indice des prix à la consommation est resté stable en octobre, après une baisse de 0,3 % en septembre. L'Insee avait précédemment annoncé une baisse de 0,1 % des prix sur un mois.
Croissance estimée à 0,2 % pour le dernier trimestre
Toujours concernant la France, le produit intérieur brut devrait croître de 0,2 % au quatrième trimestre, a indiqué mardi la Banque de France à l'occasion d'une première estimation basée sur les derniers indicateurs synthétiques d'activité. Au troisième trimestre, la croissance française est ressortie à 0,3 %, selon les données de l'Institut national de la statistique et des études économiques. Selon l'enquête mensuelle de conjoncture de la banque centrale, la production industrielle a repris de la vigueur en octobre, en particulier dans l'agroalimentaire et les équipements électriques. Les chefs d'entreprise prévoient cependant un ralentissement de la production en novembre, notamment dans la filière automobile.
Coté business : Le prix de souscription pour la mise en Bourse de la Française des Jeux s'oriente vers le haut de la fourchette initialement fixée, a indiqué vendredi une source bancaire chargée du placement. Les indications fournies aux investisseurs par les banques chargées du placement évoquent un prix compris entre 18,50 et 19,90 euros, soit en haut de la fourchette initialement fixée entre 16,50 et 19,90 euros. Le placement a été sursouscrit, ajoute-t-on de même source. La Française des Jeux doit entrer en Bourse le 21 novembre. Il s'agit de l'IPO la plus importante que la place de Paris ait connue depuis celle d'Amundi en 2015.
LVMH a franchi les 200 milliards de capitalisation
Enfin on a assisté à une première pour la Bourse de Paris. Et naturellement, une première pour le groupe LVMH. À la faveur d'une hausse régulière du titre du numéro un mondial du luxe depuis la mi-octobre, la capitalisation boursière du groupe a franchi la barre des 200 milliards d'euros. Ce qui en fait, par l'importance de sa valeur boursière, la deuxième entreprise de la zone Euro, derrière Royal Dutch Shell (206 milliards d'euros). Depuis le début de l'année 2019, le titre LVMH a progressé de plus de 51 %. Cela signifie qu'en l'espace de dix mois la valeur boursière du groupe LVMH est passée de 132,8 à 200,6 milliards d'euros. Soit une création de valeur d'un montant de près de 68 milliards d'euros.
Bien sûr cette performance est favorisée par l'envol de l'indice CAC 40 qui a franchi aujourd'hui cette semaine les 5 900 points. Mais les chiffres d'affaires trimestriels des différentes activités du groupe pour les neuf premiers mois de l'année ont amené de nombreux analystes à réviser à la hausse leurs estimations de bénéfices et leurs objectifs de cours. À cela s'est ajoutée l'offre faite aux actionnaires de Tiffany avec une prime de 33 % sur le dernier cours coté. À ce niveau-là de capitalisation boursière LVMH vaut désormais deux fois plus qu'un groupe gigantesque comme Airbus, trois fois plus que son concurrent Kering, quatre fois plus que Danone, cinq fois plus qu'Orange, six fois plus que le Crédit Agricole et dix fois plus que Saint-Gobain.
Yves de Kerdrel
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