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Yves de Kerdrel
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Macron face à la montée des insatisfactions
par Yves de Kerdrel
Dans dix jours une grande partie de la France devrait se mettre en grève contre la réforme des retraites. C’est notamment le cas des syndicats des grandes entreprises publiques. Mais à cela vont s’ajouter d’autres mouvements liés au pouvoir d’achat ou aux conditions de travail comme dans la fonction publique hospitalière ou à la précarité comme chez les étudiants. Avec à la clé un risque de convergence des luttes.
Le 5 décembre 1995 commençait la grande grève qui obligea Alain Juppé à retirer son projet de réforme des régimes spéciaux et qui le priva ensuite de toute légitimité. Presque un quart de siècle ensuite, la France retient son souffle à l’annonce des différents mouvements annoncés pour le 5 décembre prochain et qui pour beaucoup sont reconductibles. Mais le plus inquiet c’est évidemment le Chef de l’État qui a raccourci son déplacement au sommet de l’OTAN, annulé son passage à la COP 25 et repoussé son voyage en Côte d’Ivoire. Cela montre bien à quel point l’Élysée a conscience de la situation éruptive dans le pays, un an après le début des "Gilets jaunes" et en dépit des efforts financiers fait sur le budget 2019.
De la SNCF aux poids lourds, de la RATP à Air France, en passant par EDF et les hôpitaux publics : les appels à faire grève le 5 décembre contre la réforme des retraites s'accumulent. À la SNCF, quatre syndicats appellent à la grève. Les quatre syndicats représentatifs appellent à la grève. La CGT-Cheminots, l'Unsa ferroviaire et Sud-Rail ont signé un appel unitaire à un mouvement illimité pour défendre les retraites de l'ensemble des salariés car selon eux, les régimes spéciaux comme le régime général sont ciblés par la réforme. Les voyageurs sauront le 3 décembre dans l'après-midi quels trains circuleront le 5, précise la direction de la SNCF. La CFDT-Cheminots, restée jusqu'alors en retrait, a annoncé, jeudi en fin de matinée, vouloir déposer un préavis de grève reconductible à partir du 5 décembre. Et cela parce que le premier Ministre a commencé à remettre sur le devant de la scène la notion d’âge et non de durée des cotisations. Ce qui est un casus belli pour Laurent Berger.
Gros blocage prévu à la RATP
À la RATP, ce sera aussi fort que le 13 septembre. Après l'électrochoc de la grève très suivie du 13 septembre, qui avait mis Paris quasiment à l'arrêt, les trois syndicats représentatifs de la régie appellent cette fois-ci à une grève illimitée contre la réforme. Ce sera une très grosse journée au vu des remontées du terrain et des déclarations des agents qui doivent prévenir le plus tôt possible s'ils seront grévistes, explique la CGT. Dans le transport routier et urbain, deux syndicats pour une grève illimitée. La CGT et FO appellent à une grève illimitée dès le 5 décembre dans le transport urbain et routier de voyageurs, de marchandises, de fonds. Un appel qui concerne également les ambulanciers, les déménageurs et les taxis.
Chez Air France, les syndicats de pilotes et ceux des hôtesses et stewards n'appellent pas à la grève. En revanche, trois syndicats particulièrement implantés auprès du personnel au sol ont déposé des préavis : FO, premier syndicat toutes catégories, qui souhaite un mouvement reconductible, comme la CGT. SUD-Aérien veut mobiliser le 5. Les grévistes impliqués dans l'exploitation aérienne (navigants ou personnel au sol) doivent se déclarer individuellement au plus tard 48 heures avant le début du conflit pour permettre à la compagnie de s'organiser et d'informer ses passagers. Chez les contrôleurs aériens, le SNCTA, premier syndicat, n'appelle pas à la grève, contrairement à l'USAC-CGT, numéro deux. Ces fonctionnaires sont soumis à un système d'astreinte destiné à assurer un service minimum mais une mobilisation importante pourrait engendrer retards ou annulations de vols.
Grève particulière chez EDF
Le Conseil national des barreaux a voté, jeudi, en assemblée générale pour une journée de justice morte, le 5 décembre, tant pour continuer à défendre fermement les spécificités des régimes autonomes qu’en solidarité avec ceux qui ont à souffrir de l’absence d’écoute du gouvernement et de sa réforme dogmatique. Dans une lettre ouverte, les avocats annoncent avoir transmis une lettre ouverte à la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, pour dénoncer la situation historiquement critique des relations entre le ministère de la Justice et la profession d’avocat. Dans cette lettre, le CNB réaffirme également son opposition au régime universel de retraite proposé par le gouvernement.
Plusieurs syndicats d'EDF, parmi lesquels la CGT, Force ouvrière et Sud, ont appelé jeudi, à leur tour, à la grève reconductible le 5 décembre pour protester contre la réforme des retraites. En revanche, la CFDT n'appellera pas à faire grève le 5 décembre, a indiqué jeudi à l'AFP le secrétaire général de la fédération CFDT. La CGT appelle à la grève ainsi qu'à des baisses de production d'électricité, des coupures en énergie des bâtiments publics d'État (hors lieux de santé) ainsi que dans des entreprises de la branche, et à l'inverse à remettre le courant chez les particuliers où il aurait été injustement coupé.
Un flop pour le troisième plan "hôpitaux"
Plusieurs syndicats de police, dont Alliance et Unsa, ont menacé, mardi, de se joindre au mouvement social du 5 décembre, si le ministère de l'Intérieur ne répond pas à leurs attentes. Ils envisagent de lancer, le jour de mobilisation contre la réforme des retraites, des actions de 10 heures à 15 heures dans tous les services de police, notamment la fermeture symbolique des commissariats, le refus de rédiger des PV ou encore des contrôles renforcés aux aéroports et aux péages d'autoroutes. Dans l'Éducation nationale, les syndicats SNES-FSU, SUD-Education l'Unsa-Education appellent à une grève des enseignants le 5 décembre. D'autres syndicats de l'intersyndicale Éducation sont également mobilisés.
Après 8 mois de crise dans les hôpitaux publics, le gouvernement a annoncé, mercredi, une rallonge budgétaire et une reprise de dette étalées sur trois ans, ainsi que des primes pour les personnels. Pourtant, les personnels hospitaliers ne sont pas convaincus par ce nouveau plan d'urgence et prévoient de nouvelles journées d'action. Ces collectifs et l'ensemble des syndicats de la fonction publique hospitalière, dont la CGT, FO et la CFDT, ont estimé dans un communiqué commun que le gouvernement ne répond pas à la gravité de la situation et fixé deux nouvelles dates de mobilisation. Mais certains appellent aussi à se joindre à la journée de grève du 5 décembre. Les internes et les praticiens hospitaliers seront en grève le 10 décembre.
Un problème de communication de l’exécutif
Dans leur Assemblée des assemblées à Montpellier, des "gilets jaunes" ont voté, le 3 novembre, une proposition pour rejoindre la grève du 5 décembre contre la réforme des retraites. L'appel a été adopté à une écrasante majorité lors d'un vote à main levée, en séance plénière. Surtout, plus de dix jours après l'immolation d'un étudiant devant un Crous de Lyon, le mouvement étudiant ne décolère pas et réclame des mesures pour lutter contre la précarité étudiante. Surfant sur la grande grève, le syndicat Unef a appelé à manifester le 5 décembre pour maintenir la pression sur le gouvernement et exiger une réévaluation des bourses universitaires. Il a été rejoint par d'autres organisations syndicales et de jeunesse.
À Matignon comme à l’Élysée, à la fois on a conscience de l’ampleur du mouvement, mais l’on s’estime un peu blindé après avoir résisté à une année de manifestations de "Gilets jaunes". Il y a donc deux tendances qui s’affrontent. Ceux qui à l’Élysée pensent que c’est un mauvais moment à passer et que les fêtes vont venir éteindre l’incendie social. Et ceux qui à Matignon aimeraient une communication plus ferme et plus linéaire du gouvernement, notamment sur la réforme des retraites. Car depuis trois semaines on assiste presque quotidiennement à trois discours. L’un venant du Chef de l’État, un autre du Premier Ministre. Et un troisième de Jean-Paul Delevoye. De surcroît le Conseil d’Orientation des Cartes a rebattu les cartes en plaidant ouvertement pour une hausse de l’âge de départ à la retraite. Ce qui paraît sain. Mais c’était une solution qui semblait abandonnée depuis la fin de l’été sous la pression de la CFDT.
Pessimisme du côté de l’OCDE
Au chapitre économique l’OCDE a douché les espoirs des plus optimistes dans les milieux financiers. L’institution du Château de la Muette s'inquiète d'un risque de stagnation à long terme de l'économie mondiale. D'autant qu'aucune reprise franche n'est attendue pour 2021, de nombreux facteurs étant susceptibles de peser sur la croissance. Contrairement à ce qu'elle indiquait encore en septembre, l'institution internationale basée à Paris a estimé jeudi que la croissance de l'économie mondiale n'atteindrait pas 3 % l'an prochain, mais devrait rester sur le rythme de 2,9 % déjà attendu pour cette année.
En cause, des changements structurels non pris en compte (par les États) plus qu'un éventuel choc cyclique, développe l'OCDE dans son rapport détaillé sur les perspectives économiques mondiales à horizon 2021, citant la numérisation de l'économie, le changement climatique, et un nouvel ordre géopolitique et du commerce mondial depuis la fin des années 1990, marqué par un renforcement des barrières commerciales. En l'absence de politique claire en ce qui concerne ces quatre sujets, l'incertitude continuera de peser lourd, pénalisant les perspectives de croissance, insiste-t-elle. À cela s'ajoute aussi la profonde évolution de l'économie chinoise, moins tournée vers l'export de biens manufacturés et plus sur les services et son marché interne, qui va moins contribuer à la croissance du commerce mondial.
Perte de vitesse en zone Euro
Comme elle le fait depuis plusieurs mois, à l'image d'autres institutions internationales, l'OCDE a notamment pointé le déséquilibre entre politiques monétaires et budgétaires, et a réitéré son appel à voir plus de pays mener des politiques incitatives pour stimuler l'investissement de long terme en profitant des taux bas. Cela pourrait notamment passer par la création de fonds nationaux d'investissements, avance l'organisation, à l'image de celui de 50 milliards d'euros qu'envisagent de lancer les Pays-Bas début 2020. Elle appelle aussi les pays à aplanir leurs différends commerciaux. Les mesures respectives prises cette année par les États-Unis et la Chine devraient réduire de 0,3 à 0,4 point la croissance mondiale en 2020, et entre 0,2 et 0,3 point en 2021.
Contrairement à la situation en France, les données PMI Flash de novembre signalent une nouvelle perte de vitesse de la croissance de la zone euro, dont l'économie est au point mort depuis trois mois, comme en témoigne le recul des nouvelles affaires pour le troisième mois consécutif. Selon son estimation flash, l'Indice PMI Composite HIS Markit s'est replié, de 50,6 en octobre à 50,3 en novembre, signalant ainsi la deuxième plus faible croissance de l'activité globale depuis juillet 2013, soit depuis le début de la reprise économique dans la région. L'activité de services continue à flancher puisque l'indice PMI flash consacré au secteur ans recule à 51,5 (52,2 en octobre), au plus bas depuis 10 mois. La relative bonne nouvelle provient du léger redressement de l'indice PMI flash de l'industrie manufacturière qui progresse à 46,6 (45,9 en octobre), sur un plus haut de 3 mois.
Tiffany va doucement à Canossa
En matière de business Michelin et Faurecia ont officialisé jeudi leur projet, présenté en avril, de regroupement de leurs activités dédiées à la pile à hydrogène au sein de leur coentreprise à parité, Symbio, pour laquelle ils vont réaliser un premier investissement conjoint d'un montant de 140 millions d'euros. Cette opération a vu le fabricant de pneumatiques Michelin vendre la moitié de sa participation de 100 % au capital de Symbio à l'équipementier automobile Faurecia. Avec Symbio, Michelin et Faurecia ont pour ambition de figurer parmi les premiers acteurs mondiaux de la mobilité hydrogène et comptent réaliser un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros en 2030. À terme, Symbio disposera de trois sites industriels afin d'alimenter les principaux marchés automobiles.
L’autre nouvelle importante concerne le numéro un mondial du luxe. LVMH aurait relevé son offre sur Tiffany, qui lui a donné en contrepartie accès à ses comptes, a-t-on appris mercredi auprès de sources au fait des discussions entre le géant français du luxe et le joaillier américain. Comme le lui avait demandé Tiffany, qui a repoussé une première offre au début du mois, LVMH aurait soumis une nouvelle proposition plus généreuse, à près de 16 milliards de dollars, précise-t-on de mêmes sources. Le Français proposerait désormais près de 130 dollars par action, contre 120 dollars précédemment. En fait Tiffany qui espérait l’arrivée de chevaliers blancs ou une surenchère ne voit rien venir et commence à se faire moins prétentieuse vis-à-vis de LVMH. Rien n’est fait pour autant. Et Bernard Arnault est homme à savoir attendre que la proie tombe directement dans sa besace.
Yves de Kerdrel
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