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Macron dans le piège du 49-3
par Yves de Kerdrel

La période n’est pas bonne pour le Chef de l’État avec le climat anxiogène généré par l'épidémie du coronavirus, avec la mise en œuvre de l’article 49-3 afin de faire adopter le premier volet de la réforme des retraites, et enfin avec des élections municipales où le parti présidentiel risque d’apparaître comme le principal perdant, sauf s’il remporte Paris sur le fil avec Agnès Buzyn.

01/03/2020 - 06:55 Temps Lecture 18 mn.

Depuis quelques jours l’amplification du développement du virus Covid-19 (son nom officiel) en Europe et en France est devenue l’actualité majeure qui occulte tout le reste. Cette actualité est devenue tellement présente dans les médias, sur les chaines d’information en continu, et naturellement sur les réseaux sociaux qu’elle a fini par créer un véritable climat anxiogène. Ce dont Emmanuel Macron s’est rendu compte tardivement en se rendant seulement jeudi dernier à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière. Un déplacement raté de surcroît, puisqu’il était fait pour rassurer en se rendant dans un établissement où était décédé un patient atteint du virus. Mais en affirmant "on a devant nous une épidémie", le Chef de l’État a accru l’inquiétude déjà très forte chez tous les Français.

D’autant que le soir même la direction générale de la Santé, qui fait un travail remarquable de transparence et de mobilisation de tous les acteurs concernés, réévaluait de 18 à 38 le nombre de contaminations dans l’hexagone. Avec ce cas particulier d’un professeur de l’Oise décédé d’une embolie, mais qui était contaminé par le virus et dont personne ne sait comment il avait été infecté. Ce qui laisse envisager la mise en confinement de certains villages de ce département comme cela se passe en Lombardie et en Vénétie. Certains, dans les allées du pouvoir, affirmaient même que le scénario d’un report des élections municipales avait été étudié afin d’éviter les regroupements de masse et d’éventuelles contaminations dans les files d’attente des bureaux de vote.

 

Quand le virus touchera l’Afrique…

 

Compte tenu de ce climat très particulier, l’actualité politique s’est portée sur la gestion par les pouvoirs publics de cette éventuelle "épidémie". Édouard Philippe a reçu les présidents des différents groupes parlementaires à l’Assemblée afin de les informer des mesures mises en œuvre. Ce qui est de bon aloi. En dehors de la phrase maladroite du Chef de l’État, on ne peut rien reprocher aux pouvoirs publics dans la gestion de cette crise. Le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, apprécié de ses confrères médecins, a les mots qu’il faut. Le directeur général de la Santé veille à tout et communique remarquablement. Les autorités régionales de Santé sont mobilisées. Quant au personnel hospitalier, il est naturellement l’un des mieux préparés, en Europe, à ce type de crise.

Toute la question est aujourd’hui de savoir comment va continuer à se répandre ce virus dans le monde et jusqu’à quand. Depuis deux ou trois jours, la Chine, qui a pris des mesures drastiques qu’aucun autre pays ne peut imposer à sa population, voit le nombre de nouvelles contaminations commencer à refluer, même si le nombre de décès est toujours élevé, et bien plus important que lors de la crise du Sras en 2003. L’un des points d’interrogation majeurs concerne l’Afrique, dans la mesure où compte tenu des systèmes sanitaires locaux, l’épidémie pourrait prendre une ampleur très importante. Pour l’heure seules l’Algérie et l’Égypte ont été touchées. Du moins officiellement. La porte d’entrée de la Chine sur ce continent, c’est Djibouti, puis l’Éthiopie. Des pays où la transparence n’est pas la même qu’en Europe…

 

La question du 49-3 éclipsée par le virus

 

Cette crise aura permis de soulever la question de la souveraineté nationale en matière de santé. Autant la question de la fermeture des frontières est absurde, dans la mesure où un virus passe où il veut. Autant le fait que les principes actifs de nos médicaments sont fabriqués pour 60 à 80 % d’entre eux en Chine et en Inde pose un problème. D’abord immédiat, dans la mesure où les usines chinoises ayant été fermées, la poudre de paracétamol pourrait venir à manquer si la production ne repart pas vite, avec ensuite trois semaines de voyage en cargos depuis un port de Shanghai qui tourne toujours au ralenti. Ensuite à moyen terme, car la santé est comme l’alimentation une question de sécurité et donc de souveraineté. C’est ce qui a amené un groupe comme Sanofi à réagir très vite en annonçant son intention de produire des principes actifs dans des usines françaises et européennes.

De fait, on parle moins depuis quelques jours du débat parlementaire sur la réforme des retraites qui est toujours bloqué par la bataille d’amendements. Sur ce dossier le gouvernement s’est enfermé dans une "seringue" en annonçant d’emblée que le texte devait être voté au plus tard le mardi 3 mars. C’est cela qui a déchaîné la production inconsidérée d’amendements de la part des Insoumis. De fait, le gouvernement n'avait pas d'autre choix que de déclencher l’article 49-3. C'est pour cette raison, davantage que pour parler de l'épidémie, largement traitée en conseil de défense, qu'un conseil des ministres exceptionnel était convoqué hier. Ce qui a entraîné illico le dépôt de motions de censure, avec notamment celle des Républicains, indépendante des autres. Une fois la confiance du gouvernement confirmée, lors d'un débat qui aura sans doute lieu mardi ou mercredi, le texte sera donc considéré comme adopté. Même si les restrictions liées au 49-3, empêchent de recommencer cette manœuvre à l'occasion du débat sur les lois organiques qui suivront le texte principal.

 

Des municipales très difficiles pour les "marcheurs"

 

Le risque d'avoir eu recours au 49-3 c'est que les effets secondaires soient visibles non pas au Parlement mais sur le comportement des électeurs lors des municipales qui interviennent dans deux semaines. Même si le 49-3 est une pratique constitutionnelle (dont le plus important utilisateur a été Michel Rocard). Mais d’un autre côté les électeurs vont surtout se prononcer lors des élections municipales en fonction d’enjeux de proximité et sur des listes conduites par des personnalités locales. Par ailleurs le parti présidentiel semble avoir fait le deuil de faire de ces élections un élément de rebond, en escomptant gagner 10 000 postes de conseillers municipaux sur un total de 500 000. Ce qui pourra être utile pour les prochaines sénatoriales, puisque ce sont autant de grands électeurs.

Si Gérard Collomb est bien placé pour emporter la métropole à Lyon, Martine Vassal est quasiment assurée de faire en sorte que Marseille demeure une ville de droite, avec toutefois un groupe rassemblement national de plus en plus puissant. De fait, tous les yeux sont tournés vers Paris où les cartes ont été rebattues à la suite du Griveaux-Gate. Agnès Buzyn a pris à cœur cette campagne pour laquelle elle n’était pas préparée. Sa cote est bonne dans l’opinion publique. Mais toute la question est de savoir si son profil assez droitier correspond avec une sociologie parisienne de plus en plus "bobo, de gauche et écologiste". Pour l’heure Anne Hidalgo garde toutes ses chances au second tour, sinon au troisième tour. D’autant que selon certains experts le score de Rachida Dati, dans les sondages, serait surestimé, même s’il progresse encore de 3 points ce matin dans une enquête réalisée par l'IFOP. Il y a deux inconnues. D’une part, le report de voix des partisans de Cédric Villani. Et d’autre part le score de David Belliard et des écologistes.

 

L’indice de la peur au plus haut

 

Au chapitre économique, c’est encore et toujours le coronavirus qui a dominé l’actualité. Le risque d’une épidémie mondiale a eu raison en quelques jours du rêve des marchés financiers d'un environnement demeurant idéal pour les actifs risqués grâce au filet de sécurité tendu en permanence par les banques centrales. Nombreux étaient les gérants et stratèges qui misaient pour ce début d'année sur un scénario avec une croissance modérée, une inflation contenue et un endettement rendu soutenable par des taux historiquement bas. Les plus prudents jugeaient cette hypothèse fragile et vulnérable à un choc externe, ce qui était le cas puisqu'il a suffi qu'une épidémie apparue en Chine prenne des allures de pandémie en se propageant dans une quarantaine de pays à travers le monde pour que le conte de fées soit réduit en lambeaux.

Un vent de panique s'est alors mis à souffler sur les Bourses mondiales, entraînant les indices américains et européens en zone de correction, à savoir un repli supérieur à 10 % par rapport à leurs récents plus hauts - souvent des records absolus. À tel point que la semaine écoulée représente la pire semaine sur les marchés d'actions depuis 2008, soit au cœur de la crise financière, avec un grand retour de la volatilité, étrangement absente depuis plus d'un an. À Wall Street, l'indice mesurant la volatilité implicite du S & P-500, connu sous le nom d'indice de la peur, a ainsi bondi pour renouer avec ses plus hauts de décembre 2018 et rien n'indique qu'il se calmera dans un avenir proche.

 

Pressions sur les banques centrales

 

Après avoir fait preuve d'une certaine complaisance aux premiers temps de l'épidémie, les investisseurs ont brutalement intégré le risque réel qu'elle fait peser sur l'économie mondiale et sur les profits des entreprises, font valoir plusieurs intervenants de marché. L'affolement est mondial puisque les marchés asiatiques sont également touchés, y compris les Bourses chinoises, qui avaient résisté jusqu'à présent à la panique. Tous les compartiments boursiers ont plongé, avec un repli spectaculaire pour les plus exposés à la Chine et au risque sanitaire en général. L'action Air France-KLM, par exemple, a perdu plus de 20 % en une semaine. Les matières premières sont également en première ligne, notamment le pétrole, dont la Chine est le premier importateur mondial et dont les cours viennent d'aligner six séances de baisse pour tomber à un creux de deux ans et demi.

De fait, l'aversion pour le risque a entraîné un repli massif des investisseurs vers les valeurs refuges, dette souveraine en tête, ce qui a précipité le rendement des Treasuries à 10 ans vers un nouveau plus bas historique en dessous de 1,2 %. Certains estiment, sans doute à tort, que seule une action des banques centrales pourrait peut-être ramener le calme. La pression est notamment forte pour que la Réserve Fédérale baisse son taux directeur lors de sa réunion du mois prochain, un scénario encore considéré comme marginal sur le marché il y a quelques semaines. La probabilité d'une baisse de taux à l'issue de la réunion monétaire de la Fed des 18 et 19 mars a en effet grimpé en quelques jours de 33 % à plus de 85 %, indique le baromètre FedWatch, les intervenants de marché misant désormais sur trois baisses en tout cette année, comme l'an dernier.

 

Une très bonne saison pour les résultats

 

En attendant de mesurer l'efficacité de telles mesures les investisseurs s'inquiètent pour l'avenir immédiat, la perspective de l'avènement d'un marché baissier, avec un recul des indices supérieurs à 20 % par rapport aux plus hauts récents, n'ayant plus rien de surréaliste. Dans le pire des cas, à savoir une pandémie mondiale, la croissance et les marchés seraient touchés beaucoup plus durement que ne peuvent le prévoir, pour le moment, les investisseurs. Il est déjà clair qu'il y aura un impact fort sur la croissance de la Chine au premier trimestre et sur l'activité du secteur manufacturier chinois, avec une propagation probable aux autres économies en raison notamment du dérèglement des chaînes d'approvisionnement mondiales lié à la fermeture d'usines en Chine. Pour la suite, tout dépendra de l'ampleur de la propagation et de la durée de l'épidémie. Si c'est juste l'histoire du premier trimestre, ce ne sera pas la fin du monde, comme les boursiers ont trop vite tendance à l’imaginer.

C’est dans ce contexte d’un marché fortement baissier que de très grands groupes comme Carrefour, Engie, Veolia, Saint-Gobain, ou PSA ont publié leurs résultats. Des résultats bien souvent meilleurs que les attentes des analystes, sauf pour Hermès et naturellement pour Lagardère qui se retrouve à un plus bas historique, après une chute de 10 %. Globalement ces présentations de résultat ont permis de faire mieux ressortir les groupes qui avaient travaillé en profondeur sur leur stratégie, plutôt que de faire un simple exercice de communication ou d’écrire une equity story. De plus en plus les analystes financiers commencent à privilégier le long terme. Et cela est plutôt rassurant au milieu de cette période de trou d’air boursier où les notions de multiples d’Ebitda ou de PER sont fortement bousculées. Comme aime à le dire Warren Buffett : "c’est quand la marée se met à descendre que l’on peut voir ceux qui nageaient sans maillot" !

 

P.-S. : Chers lecteurs fidèles de cet éditorial dominical, vous découvrez en avant-première la nouvelle charte graphique de WanSquare au moment où notre service d'informations à forte valeur ajoutée fête son dixième anniversaire. Ce changement de design, qui sera totalement achevé demain, s'accompagne d'un enrichissement de l'offre éditoriale avec des chroniques régulières de Bernard Spitz sur les problématiques européennes, d'Agnès Verdier-Molinié sur les politiques publiques ou d'Amélie Blanckaert sur l'importance de la communication et des mots dans les déclarations des dirigeants politiques ou des chefs d'entreprise.

J'espère que vous apprécierez cette nouvelle charte graphique et la nouvelle ergonomie de WanSquare. Surtout n'hésitez pas à nous faire connaître vos remarques et commentaires dont nous tiendrons compte. Soyez remerciés pour votre fidélité et pour votre confiance. Ce sont elles qui ont fait de WanSquare et de la Lettre de l'Expansion le premier groupe d'information économique et financière 100 % digital. Ce sont elles aussi qui nous obligent à être chaque jour plus à l'écoute de vos préoccupations de personnalités déjà très bien informées, mais qui ne peuvent se contenter de l'écume de l'actualité.

Avec toute ma reconnaissance.

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