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Macron prépare son vaste remaniement
par Yves de Kerdrel

Le second tour des élections municipales qui se tient aujourd’hui devrait donner lieu à la fois à une forte abstention et à un raz de marée des écologistes. Le parti présidentiel va se trouver laminé. Mais Emmanuel Macron compte rebondir en recevant dès demain la convention citoyenne pour le climat et en annonçant un vaste remaniement à la fin de la semaine prochaine. Après quoi il prendra la parole, pour expliquer son big bang et convoquer un référendum.

28/06/2020 - 06:50 Temps Lecture 19 mn.

 

Plus de trois mois après un premier tour des élections municipales qui n’aurait pas dû avoir lieu pour des raisons sanitaires – les rassemblements étant déjà interdits par le Premier Ministre – le second tour se tient enfin aujourd’hui. Mais dans un climat très particulier. D’abord parce qu’il ne concerne que 5 000 communes sur 36 000. Pour les autres municipalités, généralement les plus petites, les conseils municipaux ont été élus dès le premier tour. Et ils ont pu se réunir à la fin du mois de mai, afin de désigner en leur sein les nouveaux maires. Ensuite parce que compte tenu de l’appréhension liée au coronavirus qui circule toujours sur le territoire, comme en témoignent environ 300 clusters, beaucoup d’électeurs vont hésiter à se rendre dans les bureaux de vote et à attendre leur tour. Enfin parce qu’une bonne part de la France part en vacances ce week-end, les juillettistes ayant réservé leurs lieux de villégiatures à compter d’hier. Et même si la machine à procuration a fonctionné largement, cela ne suffira pas à éviter un taux d’abstention très élevé. Selon un sondage IFOP seuls 38 % des français concernés comptent se rendre aujourd'hui dans leur bureau de vote.

Au cours de ces trois derniers mois certaines situations politiques ont largement évolué dans de nombreuses grandes villes. Et cela notamment compte tenu des résultats du premier tour où les Républicains ont plutôt bien résisté, où les verts ont bénéficié d’un véritable raz de marée et où le parti présidentiel s’est effondré. À tel point que plusieurs alliances improbables ont vu le jour. Notamment à Marseille où une liste commune ralliant la gauche de la gauche, les socialistes et les écologistes pourrait ravir la mairie, d’autant plus que la droite n’a pas été capable de faire taire ses divisions. À Toulouse, les écologistes ont également marqué des points très importants et le suspense est important concernant cette ville qui a toujours été gérée par des centristes penchant légèrement à droite. À Lyon, l’alliance improbable de Gérard Collomb avec la droite pourrait ne pas lui porter chance. Quant à Paris, il est probable que le score d’Agnès Buzyn soit misérable, d’autant plus qu’elle a fait un très mauvais débat sur BFM jeudi soir. Il faudra donc étudier de près le rapport de force entre Rachida Dati, qui sans pouvoir gagner, a ravivé les couleurs de la droite dans la Capitale, et Anne Hidalgo, qui, si elle a droit à une "élection de Maréchal" deviendrait d’office présidentiable pour les socialistes en 2022. Quant au pauvre Cédric Villani, non seulement, il a disparu du paysage, mais il risque de ne pas être élu dans son propre arrondissement.

 

Un référendum, oui mais sur quoi ?

 

Compte tenu d’un tableau général qui sera très défavorable à la majorité présidentielle, c’est-à-dire aux centristes et aux marcheurs, et très favorable à ses opposants les plus redoutables : les écologistes, le Chef de l’État a prévu de tout faire pour "enjamber" ces élections. Tout en tenant compte de la poussée verte qui marque l’ensemble du territoire. C’est la raison pour laquelle il a convenu depuis deux semaines de recevoir dés lundi les 150 membres de la convention citoyenne pour le Climat qui ont rendu leurs propositions dimanche dernier. Des citoyens tirés au sort qui espèrent vivement que le Chef de l’État retiendra leur proposition de modifier l’article premier de la constitution et d’instaurer la notion de crime "d’écocide". Mais il n’est pas certain qu’Emmanuel Macron s’engage dès demain sur ce terrain-là. Car s’il entend colorer la France d’Après de vert, comme il l’a laissé entendre lors de sa dernière allocution télévisée, il a également demandé aux présidents des trois assemblées un travail sur la manière de décentraliser davantage l’État. Il a également reçu l’association des régions de France, celle des départements de France et celle des Maires de France, présidée par François Baroin, qui pourrait être son challenger à la présidentielle de 2022.

De plus en plus, Emmanuel Macron est tenté d’obtenir une nouvelle légitimité populaire par le biais d’un référendum. Mais il hésite encore sur le choix de la question qui pourrait être posée. Il a reçu, sur ce sujet, Nicolas Sarkozy, mardi dernier, et François Hollande vendredi. Il s’est également entretenu avec son pire ennemi, Laurent Fabius, qui en tant que président du Conseil Constitutionnel devra juger de la nature de la question qui serait soumise à un référendum, afin d’éviter un plébiscite bonapartiste. Tout cela doit par ailleurs trouver sa place dans son scénario sur La France d’Après, et dans le grand discours qu’il prépare pour le début juillet. Un discours où il actera les nouvelles formes de solidarité, comme le dispositif de chômage partiel à long terme approuvé cette semaine à l’Élysée par les partenaires sociaux, sa volonté de faire de l’écologie active, de manière à éviter de se faire laminer en 2022 par un Yannick Jadot qui n’attend que cela, sa révolution souverainiste qui vise à rapatrier des usines et des savoir-faire, sinon en France, du moins en Europe, et son projet de décentralisation qui reste encore très flou, sur les compétences déléguées aux collectivités locales et sur les financements qui y sont attachés, dans un contexte de disparition de la taxe d’habitation.

 

Et si c’était le tour de Florence Parly ?

 

Tout cela va s’accompagner d’un vaste remaniement ministériel qui pourrait être annoncé samedi ou dimanche prochain, selon plusieurs de ses conseillers. Le départ d’Édouard Philippe semble acté, d’autant qu’il a fait état de réserves majeures sur les 149 propositions de la convention citoyenne. Un ministre important du gouvernement fait état d’une ambiance absolument délétère actuellement entre les deux têtes de l’exécutif. Même si personne n’a rien remarqué lors de la réunion des partenaires sociaux mercredi dernier à l’Élysée. Naturellement si Édouard Philippe, perd les municipales au Havre ce soir – ce qui est peu probable – il démissionnera automatiquement dès demain. Mais il pourrait remettre la démission du gouvernement avant le prochain conseil des ministres. Aujourd’hui l’hypothèse d’un remplacement par Alexis Köhler n’est plus valable compte tenu de l’affaire judiciaire concernant le secrétaire général de l’Élysée, qui a rebondi ces derniers jours après les révélations d’une intervention du Chef de l’État. En revanche une "outsider" monte en puissance face à l’hypothèse Le Drian, c’est celle de la nomination de Florence Parly, la ministre des Armées qui était justement reçue en tête à tête par le Président de la République, vendredi après-midi.

Emmanuel Macron avait déjà pensé à elle, il y a un an, pour un poste de commissaire européen, finalement attribué à Sylvie Goulard, puis à Thierry Breton. Il apprécie cette ministre loyale, qui a un grand sens de l’état, qui est très respectée au sein des armées et qui n’a jamais mis son mouchoir sur ses convictions de gauche, depuis qu’elle a été conseillère technique au cabinet de Lionel Jospin. En même temps elle sait être effacée, et ne pas capter la lumière comme l’a si bien fait Édouard Philippe. Au point de creuser une faille irrémédiable avec un Président Jupitérien qui souhaite que l’on ne voie qu’une seule tête au sein de l’exécutif. S’agissant du gouvernement, il serait resserré autour de quelques ministres au périmètre élargi. Olivier Véran pourrait hériter d’un grand ministère des solidarités de la santé et du travail. Bruno Le Maire verrait ses compétences élargies, avec notamment toutes les questions de souveraineté industrielles. Parmi les partants on cite Nicole Belloubet, Muriel Pénicaud, et Christophe Castaner. Même si certains voient toujours le Chef de l’État le nommer au Ministère de la Défense à la place de Florence Parly. Ce qui serait très mal vécu par les militaires. Pour l’heure aucun nom de nouvelle tête venant de la société civile n’est cité. Comme si le Chef de l’État voulait, cette fois s’entourer de vrais politiques, avant le sprint de la présidentielle de 2022.

 

Sombres et incertaines prévisions du FMI

 

Au chapitre économique, l’actualité de la semaine a été marquée par les derniers scénarios du Fonds monétaire international. Celui-ci a, de nouveau, revu à la baisse ses prévisions économiques mondiales pour 2020 et 2021, en soulignant le caractère inédit de la crise du coronavirus et les incertitudes qui entourent toujours la reprise. Il s'attend désormais à une chute de 4,9 % de l'activité économique globale cette année, alors qu'il l'estimait en avril à 3 % seulement. Et pour 2021, il a abaissé sa prévision de croissance mondiale à 5,4 % contre 5,8 % attendu au printemps. Ainsi, malgré la reprise attendue, le Produit Intérieur Brut mondial 2021 devrait être inférieur d'environ 6,5 % au niveau prévu en janvier dernier, avant que n'éclate la pandémie. Cette dernière a eu sur l'activité du premier semestre 2020 un impact plus négatif qu'anticipé et la reprise devrait être plus graduelle que prévu auparavant, explique l'organisation internationale dans ses nouvelles perspectives économiques mondiales. Le FMI souligne toutefois que ses prévisions restent exposées à un degré d'incertitude supérieur à la normale et juge que l'ampleur du rebond récent du sentiment sur les marchés financiers semble déconnectée de l'évolution des perspectives économiques sous-jacentes.

Détaillant les différents scénarios envisagés, il explique qu'une deuxième vague de la pandémie début 2021 pourrait faire chuter la croissance mondiale à 0,5 % seulement l'année prochaine alors qu'à l'inverse, une meilleure maîtrise de la propagation du virus d'ici la fin de cette année pourrait limiter la contraction du PIB mondial à 4,4 % et doper la croissance 2021 de trois points de pourcentage. Le développement d'un vaccin sûr et efficace pourrait soutenir le sentiment général et accroître la croissance en 2021, même si la production de vaccins n'augmente pas suffisamment vite pour assurer une immunité collective d'ici la fin 2021.

 

La France, mauvais élève de l’économie mondiale

 

D'après ses perspectives économiques par pays, la récession du PIB français (-12,8 %) en 2020 serait la plus forte après l'Espagne (-12,8 %) et l'Italie (-12,8 %). Sur l'ensemble de la zone euro, le PIB devrait chuter de 10,2 %, soit l'équivalent du repli observé en Grande-Bretagne (- 10,2 %). L'Allemagne accuserait un retrait de 7,8 %, soit un peu moins que les États-Unis (- 8 %). Malgré la crise, l'économie chinoise devrait progresser de 1 %. Concernant la reprise de 2021, l'économie française pourrait progresser de 7,3 %, soit la plus forte hausse derrière la Chine (+8,2 %). En s’appuyant sur la baisse sans précédent des émissions de gaz à effet de serre pendant la pandémie, les pays doivent mettre en œuvre leurs engagements en matière d’atténuation des changements climatiques et s’associer pour mettre en place à plus grande échelle des systèmes équitables de taxation du carbone, ou des dispositifs équivalents, estime le FMI. Enfin, l'organisation internationale conseille de relancer la demande et réaffecter les ressources disponibles vers les secteurs autres que ceux dont le poids dans l’économie est appelé à diminuer durablement au lendemain de la pandémie.

Il reste que le climat des affaires en France s'est nettement redressé en juin, même s'il se situe toujours à un faible niveau, selon les données publiées mercredi par l'Institut national de la statistique et des études économiques. L'indicateur synthétique du climat des affaires en France a gagné 18 points en juin, à 78. S'il dépasse le niveau du creux atteint en mars 2009 (70), il "reste très en deçà de sa moyenne de long terme (100), souligne l'Insee. Le rebond de l'indicateur s'explique notamment par le regard plus optimiste que portent les entreprises sur leurs perspectives d'activité, dans tous les secteurs, sous l'effet du déconfinement, précise l'Insee. Inversement, les soldes d'opinion relatifs à l'activité des trois derniers mois restent très bas. Parallèlement, le climat de l'emploi s'est lui aussi redressé en juin, pour s'établir à 66. L'indicateur synthétique gagne 13 points, sa plus forte progression mensuelle depuis le début de la série (1991), amplifiant le rebond entamé en mai après une chute d'ampleur inédite en avril", indique l'Insee, en précisant qu'il reste toutefois à un niveau nettement inférieur à sa moyenne de 100 à long terme.

 

La BCE prépare sa riposte contre la Cour de Karlsruhe

 

Du côté de la BCE on s’active pour combattre le dernier jugement de la Cour Constitutionnelle Allemande de Karlsruhe. Et cela à quelques jours du passage de l’Europe sous présidence allemande pour une période de six mois. La Banque centrale européenne a donc transmis des documents importants aux autorités allemandes afin de leur permettre d'établir le caractère proportionnel de ses programmes d'achats d'actifs, a-t-on appris de deux sources, une démarche qui vise à contrer le jugement de la cour constitutionnelle allemande mettant en cause sa stratégie anti-crise. Les magistrats de la Cour de Karlsruhe ont jugé début mai que l'un des programmes d'achats de titres de la BCE outrepassait le mandat de celle-ci et ont ordonné à la Bundesbank, la banque centrale allemande, de cesser d'y participer début août si elle ne parvient pas d'ici-là à prouver que ces achats respectent le principe de proportionnalité prévu par les statuts de l'institution.

Pour tenter de faciliter un compromis, la BCE a accepté mercredi de transmettre à Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, des documents qui n'avaient jamais été rendus publics auparavant afin qu'il les présente au parlement et au gouvernement allemands, comme l'exige la cour de Karlsruhe. Les sources de WanSquare ont précisé que ces documents avaient déjà été communiqués à la Cour de Justice de l'Union européenne lorsqu'elle avait elle-même étudié la validité du programme d'achats d'actifs mis en cause, qu'elle a finalement validé. La communication des documents à la Bundesbank permet à la BCE d'aider la banque centrale allemande sans répondre directement aux juges de la cour de Karlsruhe, ce qui pourrait créer un précédent risqué. Au-delà du programme d'achats d'actifs, l'enjeu du dossier concerne en effet la primauté de la justice communautaire sur les juridictions nationales en matière de supervision d'institutions telles que la BCE.

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