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Macron ou le cynisme En Marche
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État a décidé de concentrer tous les pouvoirs en vue de la présidentielle de 2022. C’est la principale raison qui a conduit Édouard Philippe à partir en désaccord avec une politique totalement axée sur la démagogie et le pouvoir personnel, au détriment de la bonne gestion. Jean Castex a accepté d’être un locataire de Matignon transparent. Mais ce cynisme présidentiel n’empêchera pas les révoltes sociales de la rentrée.

05/07/2020 - 06:30 Temps Lecture 18 mn.

Lundi dernier, au lendemain des élections municipales qui ont été un fiasco retentissant pour le parti présidentiel, et donc pour Emmanuel Macron, a eu lieu entre 10 et 11 heures un premier entretien entre les deux têts de l’exécutif, en froid depuis maintenant trois mois. Le Chef de l’État n’a pas pris une heure, comme on essaie de nous le faire croire pour féliciter Édouard Philippe de son élection triomphale au Havre obtenue la veille, sur la base d’un score inattendu. Il lui a expliqué qu’il était prêt à faire équipe avec lui jusqu’aux présidentielles de 2022. À deux conditions : que la politique mise en œuvre et les arbitrages en découlant soient totalement décidés à l’Élysée, de manière à continuer à distribuer de l’argent que l’État n’a pas. Et qu’Édouard Philippe se sépare de son directeur de cabinet, Benoit Ribadeau-Dumas, conseiller d’état comme lui, auquel il est très lié, et dont beaucoup ont convaincu Emmanuel Macron que c’était l’inspirateur de la rigidité du Maire du Havre. Aussitôt après on avait pu voir les deux têtes de l’exécutif assister à la réception des 150 membres de la convention citoyenne, mais le Premier Ministre faisait alors grise mine. Tout était dit.

Les deux hommes se sont revus jeudi dernier après une réunion avec les présidents des trois assemblées. Édouard Philippe qui était alors détendu – car il avait pris sa décision de partir – annoncé au Président de la République qu’il ne pouvait pas accepter ses deux exigences. Au nom de son sens de l’État. Ce qui est tout à l’honneur d’Édouard Philippe. Le Chef de l’État qui venait de donner une interview à la Presse Quotidienne Régionale en a donné les éléments à Édouard Philippe. Il l’a prévenu que son successeur était choisi en la personne de Jean Castex – qu’Édouard Philippe avait insisté pour le faire venir dans le cercle du pouvoir en le chargeant du dé-confinement après n’avoir pu le faire nommer comme Ministre de l’Intérieur comme successeur de Gérard Collomb – et que son directeur de cabinet avait été choisi par l’Élysée en la personne de Nicolas Revel, ex co-sherpa de François Hollande, lorsqu’Emmanuel Macron était numéro trois de l’Élysée.

 

Le dangereux Aventin du Havre

 

Vendredi matin, à peine les Français ont-ils pu lire l’interview d’Édouard Philippe dans la Presse Quotidienne Régionale qu’Édouard Philippe annonçait sa démission tuant ainsi les effets d’annonce de cette interview. Et avant la fin de la matinée, des indiscrétions venues de proches d’Édouard Philippe donnaient aux journalistes le nom de Jean Castex. Ce que l’Élysée a dû confirmer à l’AFP plus tôt que prévu. On apprenait de la même manière le nom de son directeur de cabinet et le fait que le Chef de l’État – craignant de voir Édouard Philippe devenir un recours pour la présidentielle de 2022 avec une popularité record de 57 % ! – l’avait chargé d’une mission de renforcement de la majorité présidentielle. Une mission qui n’a pas grand sens. D’abord parce que la majorité présidentielle est au bord de l’éclatement. Et surtout parce qu’Édouard Philippe a toujours refusé d’adhérer à la République En Marche.

L’ex-Premier Ministre a donc rejoint Le Havre, dès samedi, où il a été accueilli en héros national. Et cet Aventin va désormais devenir aussi dangereux pour l’Élysée que le bureau de Maire de Paris occupé par Jacques Chirac à partir de 1977. Rarement un Premier Ministre n’a quitté Matignon avec une telle cote de popularité acquise de surcroît pendant une crise sanitaire très dure qui aurait pu le laminer. C’est parce qu’il a très bien géré cette crise, sous tous ses aspects, et parce qu’il s’est toujours refusé à l’instrumentaliser – à la différence d’Emmanuel Macron – qu’il dispose aujourd’hui de ce capital de sympathie, malgré la rigidité dont il a heureusement fait preuve lors de la réforme des retraites ou en refusant de donner trop de gages aux écologistes.

 

Concentration des pouvoirs à l’Élysée

 

Mais en nommant Jean Castex, plutôt que Florence Parly, désignée premier ministrable pendant toute la semaine, le Chef de l’État a commencé à préparer sa candidature à la Présidentielle. Il sait en effet que son challenger le plus dangereux est Xavier Bertrand, le Président de la Région Hauts de France qui jouit d’une très forte popularité et d’un excellent bilan dans sa région. Or Jean Castex a été le directeur de cabinet de Xavier Bertrand, lorsque ce dernier était Ministre de la Santé. C’est donc un choix frontal qui a été fait. Car en dehors de ses qualités de haut fonctionnaire l’homme ne passe pas pour avoir un charisme fou. Et pour compléter le tableau anti-Bertrand, Gérald Darmanin, ami proche de l’ancien Ministre du Travail de Nicolas Sarkozy devrait bénéficier d’un ministère régalien, comme l’Intérieur ou la Défense, afin de l’empêcher de soutenir Xavier Bertrand en 2022.

De la même manière en choisissant un "Mister Nobody" - même s’il a beaucoup de qualités – Emmanuel Macron a décidé de mettre fin à la dyarchie qui incarne la tête de l’État depuis des décennies pour un pouvoir personnel. Car à moins de cinq cents jours de l’élection présidentielle, et comme en 2016, il veut partir le premier en campagne pour cette élection qu’il veut à nouveau gagner contre Marine Le Pen. Comme le montre son interview à la presse régionale, il va donc poursuivre sa politique consistant à distribuer de l’argent sans compter et sans regarder l’état des finances publiques. Un état dont la Cour des Comptes a dressé cette semaine un tableau apocalyptique. Cela va commencer par le Ségur de la Santé où il va consacrer plus de 15 milliards d’euros à "reconstruire" le système hospitalier. Ce dont personne ne lui tiendra rigueur. Avant de mettre en place, à la rentrée, un plan dépendance – pour une clientèle électorale qui vote à droite – puis un plan pour les jeunes qui consisterait en une exonération totale de cotisations sociales pour toute embauche d’un jeune de moins de 25 ans.

 

Toujours pas de plan de relance

 

Il reste que, malgré tout l’argent dépensé, qui se traduit par un déficit budgétaire de 250 milliards d’euros (en attendant la quatrième loi de finances rectificative), la France est désormais le seul état européen qui n’a pas construit de véritable plan de relance pour une économie qui va afficher un PIB en recul de près de 12 % cette année et où la consommation – près de deux mois après le dé-confinement – et même les billets retirés aux distributeurs automatiques restent en retrait de 20 % par rapport à la normale. Avant que l’on voie poindre le "new deal" dont la France a besoin, l’été va être scandé par les plans de suppressions d’emplois, les fermetures d’usines et les redressements judiciaires, comme cela a été le cas cette semaine avec deux groupes – Airbus et Boeing - qui ont pourtant reçu de l’argent public pour traverser la crise.

Par ailleurs ce qui est très curieux, à la fois dans la nomination du tandem Castex-Revel et dans les propos tenus à la presse régionale, c’est que le Chef de l’État ne tient pas compte des deux enseignements majeurs des municipales. D’une part la demande de mesures favorables à l’environnement. D’autre part la très forte abstention qui a atteint 80 % dans certaines municipalités. Une abstention qui est hélas le terreau pour les extrêmes, et pour une nouvelle révolte sociale du type "Gilets Jaunes". Ce dont Édouard Philippe était très conscient. Puisqu’en réunissant son cabinet avant de quitter Matignon vendredi après-midi il leur a longuement parlé de ces fractures françaises et de la société de défiance qui risque de rendre la France difficile à gouverner au cours des deux ans qui viennent. Voilà pourquoi au lieu du référendum promis à la convention citoyenne pour le climat, le Pays doit davantage se préparer à une possible dissolution. D’autant que la majorité présidentielle, s’est colorée de vert, à la différence du Chef de l’État.

 

Un gouvernement resserré et à peine verdi

 

Du côté des instances patronales on s’estime heureux de ce choix de Jean Castex, qui pourrait venir aux prochaines universités d’été du Medef. Car Emmanuel Macron a décidé de ne pas changer de cap, ni de politique. C’est donc une politique de l’offre que la France va continuer heureusement à connaître, sans hausse d’impôt et sans même de taxe carbone (renvoyée à la présidentielle). Mais Comme l’a très bien expliqué la Cour des Comptes, le désendettement du Pays ne peut pas dépendre de la seule croissance. D’autant plus qu’elle reste encore assez aléatoire à l’horizon 2021. La seule clé, c’est la réduction des dépenses sociales de l’état qui représentent plus du tiers du produit intérieur brut. Mais on voit mal Emmanuel Macron et Nicolas Revel – ex-patron de la CNAM – s’attaquer à ces travaux d’Hercule quelques mois avant une élection décisive pour le Chef de l’État.

Certains voudraient voir dans Jean Castex le Raymond Barre de Macron. Cela paraît bien excessif. D’autant que Raymond Barre avait une forte personnalité qui l’a plusieurs fois placé en opposition avec Valéry Giscard d’Estaing comme ne manque jamais de le rappeler Raymond Soubie qui a vécu ces années-là à Matignon auprès de l’ancien Commissaire Européen. Il y a malheureusement beaucoup de cynisme dans cette nomination. Et quelle que puisse être la répartition des portefeuilles, l’attribution d’un grand ministère de l’écologie à un Pascal Canfin ou à une Maud Fontenoy, la création d’un Ministère du Service public (drôle de pléonasme, puisque ministère vient du latin minus qui signifie serviteur), ou encore la nomination de Frédéric Péchenard Place Beauvau, cela ne changera rien à une politique menée totalement depuis l’Élysée. Il est d’ailleurs possible que la composition du gouvernement soit connue dès aujourd’hui. Ce qui témoigne en fait du peu d’importance que cela représente pour le Chef de l’État. Et si Nicolas Sarkozy a été consulté par Emmanuel Macron au cours de ces derniers jours et s’il a appelé Jean Castex dés vendredi pour le féliciter, il était mercredi dernier l’invité d’un diner de l’Institut de l’Entreprise, où il s’est montré très critique à l’égard de la politique menée par le Chef de l’État.

 

La Réserve fédérale pleinement mobilisée

 

Au chapitre économique, il faut noter que les responsables de la Réserve fédérale américaine sont d’accord pour employer tous les instruments dont ils disposent pour enrayer le déclin économique imputable à la crise sanitaire provoquée par l’épidémie de COVID-19, selon un compte rendu détaillé de leur dernière réunion, publié mercredi. Le compte rendu, qui porte sur la réunion de début juin, lors de laquelle la Fed a promis mercredi de continuer à soutenir l’économie pendant plusieurs années après la crise provoquée par la pandémie de coronavirus, montre également que les décideurs s’attendent à ce que l’économie traverse sa récession la plus brutale depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les membres ont souligné qu’ils entendent maintenir cet objectif jusqu’à ce qu’ils soient tout à fait certains que l’économie a surmonté les derniers événements et qu’elle soit en mesure d’atteindre les objectifs de plein-emploi et de stabilité des prix du comité, indiquent les minutes. La Fed a dit à plusieurs reprises que les perspectives économiques des États-Unis restaient incertaines et réaffirmé que la reprise dépendrait de la persistance ou non du virus qui a d’ores et déjà tué plus de 127 000 personnes aux États-Unis. Depuis la dernière réunion du Comité de politique monétaire, le nombre de contaminations s’est envolé aux États-Unis, faisant planer une ombre sur les perspectives de reprise.

 

Spectaculaire rebond de l’emploi américain

 

L'économie américaine a créé en juin un nombre record d'emplois avec la réouverture de milliers de commerces et d'entreprises, montrent les statistiques officielles publiées jeudi, qui confirment la tendance à une reprise soutenue après la période du confinement même si l'évolution de l'épidémie de coronavirus fait désormais craindre une rechute. Le département du Travail a fait état de 4,8 millions de créations d'emplois non-agricoles le mois dernier, alors que les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne un chiffre de 3,0 millions. Ce chiffre est le plus élevé jamais enregistré sur un mois depuis le début du suivi des chiffres de l'emploi par Washington en 1939. Les créations de postes de mai ont en outre été revues en hausse à 2,699 millions contre 2,509 millions annoncé initialement.

À la Maison blanche, le président Donald Trump, a fait une brève intervention lors d'un point de presse pour saluer des chiffres qu'il a qualifiés d'"historiques". Le rebond des deux derniers mois est toutefois loin de compenser l'explosion du chômage subie en avril avec 20,787 millions d'emplois détruits. Les bons chiffres de juin s'ajoutent à une série d'indicateurs, sur la consommation des ménages entre autres, qui reflètent un rebond net de l'activité économique. Le taux de chômage ressort ainsi en baisse à 11,1 % le mois dernier contre 13,3 % en mai et 12,3 % attendus. Les créations de postes annoncées jeudi correspondent pour l'essentiel à des réembauches de salariés licenciés en mars et en avril lorsqu'un grand nombre d'entreprises, de bars, de salles de sport ou encore de cabinets médicaux avaient fermé pour tenter de freiner la propagation du COVID-19. Les économistes expliquent aussi la vitesse et l'ampleur du rebond de l'emploi par l'impact du "Paychek Protection Program", un dispositif mis en place par l'État fédéral pour prêter aux entreprises des sommes qu'elles ne remboursent que partiellement si elles les utilisent pour continuer de payer leurs salariés.

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