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Yves de Kerdrel
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Macron ou les deux corps du Roi
par Yves de Kerdrel
Au cours de la semaine passée durant laquelle les médias se sont goinfrés du moindre buzz autour d’Éric Zemmour, les sondages n’ont pas évolué. Quelles que soient les enquêtes d’opinion Emmanuel Macron reste largement en tête à l’issue du premier tour. Ensuite le personnage étant à double face, il peut échouer au second tour, non pas face à un Zemmour ou une Le Pen, mais contre lui-même…
À peine élu, en 2017, Emmanuel Macron avait évoqué la "double dimension du corps du roi" qu'il appliquerait à sa présidence. Les deux corps du Roi est un ouvrage très célèbre d'Ernst Kantorowicz. Cet ouvrage a apporté une contribution majeure à la compréhension de la genèse de l'État moderne, en particulier dans ses fondements symboliques. Il montre qu’à travers l’histoire médiévale, les pièces de Shakespeare, les romans de Victor Hugo, mais aussi la naissance de la démocratie américaine, les chefs d’État bénéficient tous de deux statuts.
Le premier public, qui fait qu’ils sont respectés, honorés, que leur pouvoir est agrémenté de symboles (y compris monarchiques quand on est en République). Le meilleur exemple de cette fonction était la notion de roi thaumaturge dont la seule apparition guérissait les écrouelles. Le second statut plus privé en fait "un homme fait de tous les hommes qui les vaut tous et que vaut n’importe qui" comme disait Sartre en conclusion des Mots.
Un accent démesuré sur le premier corps du Roi
Emmanuel Macron a toujours eu du mal avec ces deux statuts. Souvent il s’est trompé de "corps" en parlant aux Français. Et c’est cela qui a créé chez beaucoup de nos concitoyens une forme détestation de lui. Lorsqu’il disait que dans une gare circulent des gens qui sont importants et "d’autres qui ne sont rien", il a malheureusement laissé parler le second corps du roi, comme s’il s’exprimait à l’un de ses conseillers à l’abri des micros et des regards.
En multipliant les hommages nationaux, les panthéonisations et les cérémonies mémorielles il a voulu redonner du lustre au premier corps du roi. Et c’est un rôle qu’il joue très bien, comme l’acteur de théâtre qu’il aurait aimé être. Même n’ayant pas eu à faire un service militaire il a parfaitement appris tous les codes et la liturgie du cérémonial propre aux armées avec le salut du drapeau et les honneurs, qui sont la reconnaissance de l’état au corps du roi incarné.
Le solide socle d’Emmanuel Macron face une détestation grandissante
Si j’utilise cette longue introduction, c’est parce qu’il se passe dans les sondages un phénomène très particulier autour d’Emmanuel Macron. Quelles que soient les enquêtes et quelles que soient les semaines il se maintient entre 23 et 28 % au premier tour avec une moyenne autour de 24-25 %. Il s’agit d’une position très confortable. Rappelons-nous qu’en 2002, après un premier mandat Jacques Chirac a obtenu moins de 20 % au premier tour, et a été sérieusement ébranlé par le tsunami de Jean-Marie Le Pen.
Pour l’instant aucun sondage ne laisse entrevoir un écart aussi faible qu’en 2002 entre Emmanuel Macron et Éric Zemmour. Dans le pire des cas, cet écart reste de six points. Et les études le donnent toujours gagnant au second tour. Pendant ce temps-là l’essai politique qui se vend le plus actuellement est un ouvrage qui dit des atrocités sur le président de la République "le Traitre et le Néant" écrit par les deux journalistes du Monde Gérard Davet et Francis Lhomme à côté duquel le dernier livre de François Hollande peut passer pour un conte pour enfants.
Un brûlot contre Emmanuel Macron
Les Français lisent peu et achètent peu de livres. Et ce portrait épouvantable du Président de la République dans ses deux corps rencontre un phénomène spectaculaire. Comme le livre "Un président ne devrait pas dire ça" écrit par les deux mêmes journalistes avait entraîné une menace de démission de Manuel Valls alors à Matignon et avait empêché François Hollande de se présenter pour un second mandat.
Pour l’instant la configuration n’est pas la même. Mais il ne faut pas sous-estimer cette masse de français, qui souvent n’achètent pas de livres, et qui se ruent sur ce portrait épouvantable du Chef de l’État. Dans les milieux de l’édition, on annonce aussi un possible livre autour de l’affaire Alstom qui sortirait en janvier et qui serait un brûlot contre le Président de l’Économie en soulignant son rôle dans le dépeçage de cet empire industriel qui fait vivre la région belfortaine.
L’échec annoncé de Marine Le Pen
Aujourd’hui ni Marine Le Pen, ni Éric Zemmour (encore très loin du premier tour) ne sont en mesure de battre Emmanuel Macron à l’issue du second tour. Alors qu’il y a un an certains sondages donnaient du 52 % pour Macron contre 48 % pour Marine Le Pen. Il semble que l’émergence de Zemmour à une vitesse incroyable en troisième position à l’issue d’un premier tour ait chamboulé toute cette géographie électorale.
Marine Le Pen a perdu en crédibilité depuis qu’Éric Zemmour est venue la défier sur son propre terrain. Les électeurs du Front National ne savent même plus quel est son discours politique, identitaire ou économique, tellement Éric Zemmour a touché au cœur les tenants de "la France invisible" par un discours civilisationnel qui repose uniquement sur la peur de "la disparition de la France".
Xavier Bertrand fait la course en tête dans l’opposition
Pendant que les deux ténors de l’extrême-droite jouent à touche-touche, les Républicains n’ont rien à dire et à proposer, laissant la place au populisme et aux supporters du Chef de l’État. Cette idée du congrès du 4 décembre est vraiment désarçonnante tant elle a tous les défauts d’une primaire mais aucun avantage, sauf si l’on avait l’assurance que tous les candidats se réunissent derrière le gagnant à la différence de ce qui s’était passé en 2016-2017
Xavier Bertrand fait toujours la course en tête dans son camp avec des sondages évoluant autour du seuil de 15 %. Il a prévu de faire un véritable Tour de France avant le 4 décembre avec 50 meetings à la clé pour faire passer son message sur le redressement économique et régalien du Pays. Il est possible qu’avant le congrès, il obtienne le ralliement d’Éric Ciotti.
Michel Barnier essaie de faire entendre sa différence
Une petite musique parisienne voudrait que Michel Barnier, largement poussé par Laurent Wauquiez, finisse par départager Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. L’ancien commissaire européen a un discours libéral et une stature rassurante. Mais il n’est pas certain qu’il rentre dans le cœur de cible des adhérents des Républicains qui sont plutôt sur une ligne Ciotti, même si 16 000 adhésions ont été enregistrées au cours des deux dernières semaines.
Il s’est entouré d’une petite équipe dirigée par Marie Claire Carrère-Gée, ancienne chiraquienne, chargée notamment des questions d’emploi à l’Élysée. Pierre Danon qui avait fait le programme économique de François Fillon, avant de faire passer le groupe Solocal dans la main des fonds vautours américains s’occupe de structurer le programme de l’ancien Commissaire Européen. C’est Laetitia Puyfaucher, fondatrice du groupe Pelham qui s’occupe de sa communication.
Un outil de production mondial qui ne supporte plus les pénuries
Au chapitre économique les tensions inflationnistes agitent tous les esprits dans les pays occidentaux. Ce qui permet de constater que dès que la croissance mondiale est supérieure à 3 %, des risques de pénuries et de goulots d’étranglement apparaissent. Et ce n’est pas rien, puisque la carence de puces va empêcher Renault de produire et de vendre 500 000 véhicules.
Les réflexions des économistes qui s’étaient portées sur les inégalités ces derniers temps devraient porter aussi sur ces stocks limités au maximum, ces chaînes de fabrication en "just in time" avec le besoin de limiter le fonds de roulement de manière à optimiser la création de valeur en fonction du coût du capital.
Un déficit plus élevé que prévu
Le gouvernement français s'attend désormais à ce que le déficit budgétaire soit un peu plus élevé que prévu en 2022 en raison des dépenses engagées pour compenser la hausse des prix de l'énergie, qui effaceront le bénéfice de recettes fiscales accrues, a dit vendredi Bruno Le Maire. Le ministre de l'Économie et des Finances a précisé que le déficit budgétaire serait en revanche moins élevé qu'attendu cette année grâce à un rebond économique post-pandémie de Covid-19 plus fort qu'escompté. Le gouvernement a annoncé il y a dix jours avoir revu à la hausse sa prévision de croissance du produit intérieur brut pour 2021, à 6,25 % contre 6 % auparavant. Selon Bruno Le Maire, cela devrait générer 4 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires cette année, et 5,2 milliards d'euros en 2022. Le déficit public devrait donc s'élever à 8,1 % du PIB en 2021, au lieu des 8,4 % prévus le mois dernier lors de la présentation du projet de loi de finances.
6,2 milliards contre la flambée des prix de l’énergie
En revanche, il devrait atteindre 5 % l'année prochaine au lieu des 4,8 % prévus dans le PLF, les dépenses supplémentaires évaluées à 10,2 milliards d'euros effaçant le bénéfice attendu de la hausse des recettes fiscales. Bruno Le Maire a indiqué que le gouvernement s'attend à consacrer 6,2 milliards d'euros aux mesures annoncées pour atténuer l'effet de la flambée des prix de l'énergie.
Les autres dépenses non budgétées dans le PLF s'élèvent à 2,8 milliards d'euros pour le plan d'investissement France 2030 dévoilé par Emmanuel Macron la semaine dernière, et à 1,2 milliard d’euros pour le plan de formation que le chef de l'État présentera dans quelques jours et qui inclura un revenu d'engagement.
Villeroy reconduit, Weidmann part
À noter qu’après les auditions devant les commissions des finances des deux chambres et leur vote favorable, François Villeroy de Galhau, qui a rendu un vibrant hommage au service public, et plus généralement à l’engagement qui sous-tend le service public, est désormais paré de tous les sacrements afin qu’il soit reconduit pour un nouveau mandat de six ans après une décision en Conseil des Ministres.
À l’inverse, l'influent président de la Bundesbank allemande, Jens Weidmann, figure de l'orthodoxie monétaire, a annoncé mercredi qu'il quitterait ses fonctions en fin d'année, après dix ans à la tête de l'institution et en pleine incertitude sur l'avenir de la politique monétaire européenne très accommodante. Lors de son mandat à la Bundesbank, qui ne devait s'achever qu'en 2027, Jens Weidmann n'a pu empêcher une perte d'influence de l'Allemagne sur la politique monétaire menée à l'échelle de la zone euro par la Banque centrale européenne.
Clarification du processus de vente d’Equans
En termes de business, l’activité reste dense sur la Place de Paris, avec en priorité le dossier Equans qu’Engie a mis en vente dans un processus qui a soulevé l’enthousiasme de près d’une dizaine d’acheteurs. Aujourd’hui il ne reste plus que trois acheteurs potentiels, Eiffage, Bouygues et Bain Capital. Mais la manière dont certains ont été sortis ou sont sortis eux-mêmes (comme Spie) a jeté une ombre sur le caractère inattaquable de cette mise en vente.
Aujourd’hui dans l’entourage de Jean-Pierre Clamadieu, on cherche à clore ces polémiques en affirmant qu’il n’y aura pas un tour supplémentaire. Et que le critère dominant sera le prix, tant tous les acquéreurs potentiels ont fait pour le mieux en matière de projet industriel et social. La femme de César sait qu’elle ne peut être soupçonnée et qu’aucun avantage ne doit pouvoir être donné à un groupe sur instruction de l’Élysée. De fait Catherine Mac Gregor pousse pour une ouverture des enveloppes devant huissier et en présence d’administrateurs indépendants ;
Un Ebitda de 15 milliards cette année pour CMA
Il y a bien un mandat donné par le groupe Bolloré à Morgan Stanley de manière à mettre en vente l’activité ports et logistique en Afrique. Même si ce dossier ne porte que sur une valorisation de 2,5 à 3 milliards d’euros (sans doute beaucoup plus pour un acheteur chinois), l’affaire est suivie de très près par les pouvoirs publics. Mais Alexis Köhler, dont les liens familiaux avec l’armateur MSC sont bien connus, est en plein conflit d’intérêts.
L’acheteur "désigné" a priori serait la CMA-CGM désormais dirigée de main de maître par Rodolphe Saadé. L’armateur marseillais qui a beaucoup de lignes maritimes en Afrique engrange actuellement plus d’un milliard d’euros… par mois en Ebitda, grâce à l’envolée des taux de fret. Il peut facilement regarder le dossier en plus du rachat de la Provence qu’il essaye d’avoir contre Xavier Niel.
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