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Yves de Kerdrel
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Macron veut profiter de l’explosion de la droite
par Yves de Kerdrel
Avec un congrès des Républicains qui ne donnera son résultat que dans plus d’un mois, une bataille de chiffonniers entre Éric Zemmour et Marine Le Pen qui empêche l’un et l’autre d’être élu, Emmanuel Macron est désormais assuré d’un boulevard. Si bien que ses proches s’activent pour relancer ses réseaux et préparer sa campagne.
Même si tout reste confidentiel, Emmanuel Macron a enfin donné le "go" à ses très proches afin qu’ils réactivent les réseaux et les comités un peu partout en France qui seront déterminants pour sa campagne électorale. Cela fait deux mois que le Président de la République a pris la décision de partir en campagne pour un second mandat. Ce qui s’est vu dans ses déplacements au cours des dernières semaines.
Mais jusqu’à présent au point de vue logistique rien n’avait bougé à part la réalisation de quelques tracts faisant un bilan positif du mandat d’Emmanuel Macron. Le Chef de l’État avait souhaité se donner quelques semaines pour voir comment la possible candidature allait fracturer une droite qui représente (avec la République en Marche) 75 % du pays.
Le retard des Républicains
Maintenant le constat qu’il fait est clair avec ses quelques conseillers politiques, Stéphane Séjourné, le député européen, Gabriel Attal, Alexis Köhler et Ismaël Emelien. Les Républicains ont pris trop de retard en fixant un congrès au 4 décembre qui entérinera la candidature de la famille de droite. Sauf à ce que Valérie Pécresse et Xavier Bertrand se rapprochent très vite, le risque est de voir les troupes de Wauquiez voter en masse pour Michel Barnier.
Dans ce cas de figure, Les Républicains n’existeraient plus et l’ancien commissaire européen pourrait réaliser un score inférieur à celui de François-Xavier Bellamy il y a deux ans. De fait on assisterait à la disparition de l’ex-UMP née il y a presque vingt ans à la demande de Jacques Chirac. C’est aussi ce qu’a anticipé Édouard Philippe en lançant Horizons, qui veut faire le deuil d’une droite minée par ses divisions.
Zemmour proche d’une déclaration de candidature
Reste l’extrême-droite. Le seul mérite d’Éric Zemmour c’est d’avoir fait apparaître au grand jour la nullité de Marine Le Pen et son incapacité à devenir un jour Présidente de la République. Il reste qu’elle peut toujours figurer au second tour de la présidentielle. Son score ne bouge plus tellement à 17 % environ, juste devant Éric Zemmour.
Toute la question est de savoir si le chroniqueur du Figaro est là pour empêcher Marine Le Pen d’être élue, et s’il est un instrument de l’Élysée. Ou bien s’il veut vraiment être candidat. Il se dit qu’il pourrait annoncer sa candidature le 9 novembre prochain. Certains évoquent même un déplacement à Colombey Les Deux Églises d’où il s’adresserait à la nation. Ce qui serait de mauvais goût avec tout ce qu’il a écrit sur le Maréchal Pétain qui avait fait condamner à mort par contumace le Général de Gaulle.
La tectonique des plaques sondagières
Maintenant qu’il ne dépasse plus les 16 % dans les sondages, le bilan de l’opération Éric Zemmour est bien d’avoir fracturé en deux le camp national souverainiste, et d’avoir affaibli la partie dure des Républicains. Il se peut qu’il puisse franchir une marche supplémentaire s’il annonce un ticket avec Marion Maréchal. Ce qui affaiblirait largement la candidature de Marine Le Pen, mais aussi le camp des Républicains.
La prochaine tectonique des plaques sondagières interviendra au moment de la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron. C’est-à-dire au début 2022. Bien sûr d’ici là il peut se passer une nouvelle vague du Covid – avec une remontée du taux d’incidence dans quelques régions – ainsi que des mouvements sporadiques liés au pouvoir d’achat et à la flambée du prix des carburants.
Macron certain de sa victoire
Mais Emmanuel Macron pense avoir écarté tout danger avec le bouclier sur les prix du gaz et le chèque inflation qui concerne les trois quarts de la population française, en enlevant les moins de dix-huit ans. C’est pourquoi il a donné son feu vert à la création de comités locaux chargés de faire repartir la campagne depuis les territoires, notamment avec quelques maires puissants dans leur cité.
Les parlementaires ne joueront qu’un rôle minime dans cette campagne qui sera en fait dirigée depuis l’Élysée avec l’aide des salariés permanents de la République en Marche. En l’absence d’une forte personnalité du côté des Républicains (Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse), elle pourrait ne pas donner lieu à des chocs aussi frontaux qu’en 2017. Et elle pourrait aussi ne pas mobiliser autant qu’une élection présidentielle normale.
Xavier Bertrand a un point de Zemmour
À un mois du Congrès des républicains Xavier Bertrand a déposé près de 430 signatures de parrainages, lorsque sa concurrente, Valérie Pécresse n’en a déposé que les 250 exigés afin de pouvoir participer à ce scrutin interne du 4 décembre. C’est une manière pour le Président de la Région Hauts de France de montrer qu’il est le candidat naturel de la droite et qu’il dispose pratiquement des 500 signatures exigées pour le scrutin présidentiel.
Pendant ce temps-là le nombre d’adhérents des Républicains qui était tombé autour de 70 000 a refranchi à la hausse la barre des 100.000. Tous ceux qui veulent prendre part au vote du congrès du 4 décembre doivent être à jour de cotisation au plus tard le 16 novembre. Et l’on ignore d’où viennent les nouvelles adhésions qui sont apparues aussi vite ni comment elles se répartissent entre les principaux ténors de droite.
Anne Hidalgo ne décolle pas
À gauche, en dépit du soutien net apporté par François Hollande à Anne Hidalgo et malgré son récent rassemblement de Lille, sa candidature ne décolle pas. Elle ne parait pas en mesure de dépasser les 5 %, alors que Benoit Hamon avait enregistré près de 7 % des voix il y a cinq ans. Si dès maintenant elle reste "scotchée" à ce niveau il y a fort à parier que cette élection peut voir la disparition du Parti Socialiste
D’autant que la gauche, toute la gauche, représente un corps électoral de 25 %, et qu’ils sont cinq candidats à la représenter : Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel du Parti Communiste et Philippe Poutou pour les trotskistes. Le mieux placé pour le moment, c’est Jean-Luc Mélenchon qui regagne du terrain perdu. Mais pas au point de jouer les trouble-fêtes comme en 2017.
Très forte croissance au troisième trimestre
Au chapitre économique l’actualité a été marquée par l’annonce d’un PIB français pour le troisième trimestre bien meilleur que prévu. La croissance de l'économie française a poursuivi son accélération au troisième trimestre, la progression de 3,0 % du produit intérieur brut sur la période lui permettant de quasiment retrouver son niveau d'avant la crise sanitaire liée à la pandémie de COVID-19, selon les premiers résultats publiés vendredi par l'Insee.
Avec cette progression supérieure aux attentes - la médiane des prévisions des 24 économistes interrogés par Reuters s'établissait à 2,1 % pour le trimestre juillet-septembre -, le PIB de la France s'inscrit désormais en repli de 0,1 % seulement par rapport à son niveau du quatrième trimestre 2019. Pour le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, "3 % de croissance en un trimestre c'est du jamais vu depuis plus de 50 ans".
Un acquis de croissance de 6,6 %
Bruno Le Maire a salué une performance exceptionnelle qui va permettre de retrouver dès maintenant notre niveau d'activité d'avant-crise, alors que le gouvernement s'attendait à le retrouver au plus tôt fin 2021, peut-être début 2022. "Cela veut dire que la France est dans la bonne direction. Elle se redresse, elle se redresse vite et elle se redresse fort", a-t-il ajouté.
De fait, l'acquis de croissance pour l'ensemble de l'année 2021, à savoir l'évolution du produit intérieur brut si la croissance du dernier trimestre était nulle, se situe à 6,6 % au 30 septembre, ce qui conforte largement le scénario d'une croissance de 6,25 % retenu par le gouvernement dans ses dernières prévisions. Le rebond est plus spectaculaire qu'attendu. Cela se traduira par une dynamique plus robuste en 2022 et une capacité à créer davantage d'emplois qui en distribuant plus de revenus rend la croissance plus autonome.
Les problèmes d’approvisionnement vont peser
Moins optimiste pour les prochains mois, Charlotte de Montpellier, économiste d'ING, souligne que le pic est passé et désormais la croissance économique va se mettre à ralentir en France, d'autant plus que le quatrième trimestre a clairement commencé sous des auspices beaucoup moins favorables que le troisième. Côté production, les problèmes d'approvisionnement et de hausse des coûts devraient peser, souligne-t-elle dans une note, tandis que la consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance française, devrait voir sa croissance ralentir au cours des prochains mois, alors que l'inflation commence à entamer la confiance des ménages en dépit du reflux de leur crainte sur le chômage.
Le rythme de l'inflation s'est encore accéléré en octobre pour atteindre son niveau le plus élevé en treize ans, selon des données préliminaires publiées vendredi par l'Insee. L'indice des prix harmonisés selon les normes européennes, qui permet les comparaisons avec les autres pays de la zone euro, a affiché en octobre une progression de 3,2 %, un plus haut depuis octobre 2008, au début de la crise financière. Pour autant, les différentes mesures de soutien déployées par le gouvernement à quelques mois de la fin du quinquennat devraient permettre selon l'économiste d'ING de quasiment annuler l'effet d'éviction habituel de certaines dépenses de consommation dans un contexte de flambée des prix de l'énergie.
Bond des dépenses des ménages
Au troisième trimestre, la demande intérieure finale est restée le principal moteur de la croissance française, avec une contribution positive au PIB, de 3,3 points. Celle du commerce extérieur est redevenue positive après avoir passé deux trimestres dans le rouge (+0,6 point), tandis que la contribution des variations des stocks des entreprises, très volatile, s'est établie à -0,9 point. Dans le détail, les dépenses de consommation des ménages ont bondi de 5 % et se sont rapprochées de leur niveau d'avant-crise, avec un écart désormais limité à -0,9 % par rapport à la fin d'année 2019.
Cette vive progression a notamment été portée par la reprise de la consommation de services, en particulier les dépenses en hébergement restauration (+58,9 % sur la période estivale, désormais seulement inférieure de 4,4 % à son niveau d'avant-crise) expliquent la moitié de la croissance du PIB ce trimestre. L'investissement global est resté relativement stable (-0,1 %) et demeure supérieur à son niveau d'avant-crise (+1,4 %). Concernant les échanges extérieurs, s'ils se rapprochent de leur niveau d'avant-crise, ils demeurent dégradés (-7,0 % par rapport à la fin 2019 pour les exportations, -5,4 % pour les importations). Le tourisme reste particulièrement en retrait par rapport à la période d'avant-crise, avec un écart de -31,4 % pour les exportations et de -28,4 % pour les importations.
Une hausse des prix de 3 % actuellement
De son côté, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a reconnu jeudi que l'inflation resterait élevée plus longtemps que prévu tout en s'efforçant de contrer l'évolution des anticipations des marchés, selon lesquels la hausse des prix obligera la BCE à relever ses taux d'intérêt dès l'an prochain. Alors que plusieurs autres grandes banques centrales se dirigent vers un resserrement de leur politique monétaire, Christine Lagarde a expliqué que le Conseil des gouverneurs, au terme d'une longue réflexion, avait conclu que sa stratégie restait la bonne.
"Nous avons parlé d'inflation, d'inflation, d'inflation", a-t-elle résumé lors d'une conférence de presse à l'issue de la réunion du Conseil. Christine Lagarde a souligné que la hausse des prix dans la zone euro, actuellement supérieure à 3 % sur un an, était temporairement alimentée par la conjugaison de trois facteurs : l'augmentation des prix de l'énergie, le décalage entre la reprise de la demande et celle de l'offre et des effets exceptionnels comme la fin du taux réduit de TVA en Allemagne.
Une inflation plus longue que prévu ?
Mais des membres du Conseil s'exprimant en privé se sont montrés plus prudents en évoquant le risque d'un reflux plus lent qu'anticipé de l'inflation, qui pourrait rester supérieure à 2 % jusqu'en 2023, a-t-on appris de deux sources proches des débats. Certains estiment même que l'inflation pourrait rester proche de l'objectif en 2023 même si la majorité du Conseil penche pour un niveau plus faible.
Rappelant que les orientations données par la BCE sur l'évolution future de sa politique ne prévoient pas de hausse de taux tant que l'inflation ne se rapprochera pas durablement de l'objectif bien avant la fin de son horizon de projection, Christine Lagarde a déclaré : "Il est clair que selon l'analyse actuelle, que (ces conditions) ne sont pas remplies et ne le seront certainement pas dans un proche avenir".
Hasard du calendrier
La BCE considère depuis longtemps que l'accélération de la hausse des prix est un phénomène temporaire en arguant du fait que l'inflation sous-jacente reste assez basse pour justifier le maintien d'une politique accommodante. Mais les consommateurs et les investisseurs ne sont plus du même avis : leurs anticipations d'inflation augmentent rapidement et les marchés monétaires anticipent désormais une hausse de taux avant la fin 2022. Or cette divergence risque, si elle se prolonge, de nuire à la crédibilité et à l'efficacité de la politique de la banque centrale.
Hasard du calendrier, les derniers chiffres de l'inflation allemande, publiés une demi-heure avant l'intervention de Christine Lagarde, montrent une accélération plus rapide qu'attendu avec une hausse des prix de 4,6 % sur un an en octobre. Cette tendance n'épargne quasiment aucune des grandes économies de la planète et a déjà conduit certaines autorités monétaires à modifier leur stratégie. La BCE, parallèlement à ses déclarations sur l'inflation, a maintenu sans surprise sa politique monétaire, renvoyant à sa réunion de décembre des décisions cruciales sur l'arrêt du programme d'achats d'obligations PEPP (programme d'achats d'urgence face à la pandémie), dont l'échéance est prévue en mars prochain. Elle s'est contentée de réaffirmer que ces achats pouvaient se poursuivre à un rythme légèrement plus faible qu'aux deuxième et troisième trimestres.
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