éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Macron se rappelle au Pays
par Yves de Kerdrel
Le chef de l’État interviendra mardi soir à propos de la situation sanitaire, et d’une éventuelle cinquième vague que certains craignent en raison de la remontée du taux d’incidence dans certaines régions. Mais selon nos informations, il devrait également aborder la situation économique et d’éventuelles réformes, de manière à ne pas laisser la seule parole publique aux candidats à la présidentielle.
C’est après-demain, mardi 9 novembre à 20 heures, qu’Emmanuel Macron s’exprimera – en principe depuis l’Élysée – dans le cadre d’une allocution solennelle. Lors de sa dernière intervention du même type – mais faite depuis le Grand Palais éphémère – deux jours avant le 14 juillet, le Chef de l’État avait abordé la question du passe sanitaire et donc d’une forme d’obligation vaccinale, en tout cas pour certaines professions.
Cette intervention a été décidée alors que le dernier conseil des ministres a constaté une hausse du taux d’incidence dans plus de la moitié des départements, relançant, avec la baisse des températures, la crainte d’une cinquième vague. Compte tenu du taux de vaccination des Français, il ne s’agirait que d’une vaguelette. Mais il y a deux problèmes. D’une part 15 % de nos concitoyens les plus fragiles ou les plus âgés n’ont toujours pas été vaccinés. D’autre part on constate une baisse de plus en plus prononcée de l’effet du rappel. D’où la mise en place de la troisième piqûre pour les plus de 65 ans depuis septembre. Et l’on évoque l’obligation pour tous d’obtenir cette troisième injection afin d’avoir un passe sanitaire complet.
Faut-il une allocution pour une piqûre ?
Il s’agit là de questions importantes et qui témoignent du fait que même si 4 milliards d’habitants sur la planète sont désormais vaccinés, la crise sanitaire est toujours là avec des moments de tension comme actuellement en Allemagne après la Grande-Bretagne. En revanche on peut se demander si c’est vraiment le rôle du Président de la République d’intervenir sur tous les écrans pour annoncer des modalités d’une nouvelle piqûre. Il y a un Premier ministre qui conduit la politique du Gouvernement. Et il y a un ministre de la Santé qui conduit très bien cette crise sanitaire depuis bientôt deux ans.
Il faut dire que le Chef de l’État bat des records d’audience quand il parle de la Covid-19, même s’il n’est pas médecin, car cela concerne la vie quotidienne de tous les Français. Ensuite cela lui permet d’occuper un peu le terrain de la communication politique dont on a l’impression qu’il a fait l’objet d’une OPA de la part d’Éric Zemmour. Enfin cela va être l’occasion pour lui de se positionner au-dessus des candidats à la présidentielle en se satisfaisant de la situation économique du Pays et en évoquant éventuellement quelques réformes à mener, même s’il faut pour cela enjamber l’élection présidentielle.
Des indicateurs en forte dégradation
Selon certains de ses conseillers du Château, Le Président de la République fera le point sur la situation sanitaire, alors que l’épidémie repart à la hausse partout en France. L’Europe est redevenue l’épicentre de l’épidémie avec des reprises parfois spectaculaires. En France, le nombre de cas a plus que doublé tout au long du mois d’octobre. Quant au taux de positivité, il a atteint 2,4 % sur les sept derniers jours, contre 1,9 % la semaine précédente.
Autre indicateur : le taux d’incidence. Ce dernier, qui rapporte le nombre de nouveaux cas à l’ensemble de la population, était déjà en hausse de 12 % la semaine du 25 octobre. Enfin, le taux de reproduction, qui mesure le nombre moyen de cas secondaires provoqués par une seule personne infectée, est "au-dessus de 1" depuis trois semaines également.
Une troisième dose pour avoir le passe sanitaire
Pour stopper l’épidémie, le gouvernement compte très certainement sur la vaccination massive, mais aussi sur la troisième dose. Si la France est en avance sur nombre de ses voisins, avec près de 75 % de sa population ayant reçu un schéma vaccinal complet, la cadence de l’été est retombée. Du côté de la troisième dose - qui concerne les plus de 65 ans, les personnes à risque et le personnel soignant, seuls 3,2 millions de Français sur les 6,8 millions éligibles ont reçu l’injection, soit 45 % des Français concernés.
Toute la question est de savoir si Emmanuel Macron va aller encore plus loin et rendre la dose de rappel obligatoire pour l’ensemble des personnes vaccinées de plus de 18 ans ? Pour le moment, l’exécutif semble privilégier le conditionnement du passe sanitaire à une troisième dose de vaccin. En déplacement vendredi à Montpellier, le Premier ministre Jean Castex a affirmé que l’exécutif réfléchissait à cette piste.
57 départements où la situation se dégrade
À partir de demain, le masque sera de nouveau obligatoire dans les écoles primaires de 39 départements, où le taux d’incidence s’est malheureusement restabilisé au-dessus de 50 pour 100 000 habitants. En comptabilisant les départements où le masque était encore obligatoire dans les établissements scolaires, ce sont désormais 57 départements métropolitains et quatre territoires ultramarins (Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane) qui sont concernés. Si la situation épidémique continue de se dégrader, d’autres départements pourraient être concernés par cette mesure.
Et les écoliers ne sont pas les seuls concernés. Dans certains départements, tels que l’Hérault, le port du masque n’est plus obligatoire dans les établissements exigeant le passe sanitaire, comme les cinémas, les centres commerciaux ou les musées. Mais cette mesure pourrait bientôt être levée par le gouvernement.
Un point sur les réformes en suspens
Si le coronavirus devait être le sujet majeur de l’allocution d’Emmanuel Macron, le chef de l’État évoquerait également la relance économique et les réformes conduites dans le pays. Selon nos informations, le chef de l’État devrait aborder la réforme des retraites, suspendue au début de l’épidémie, qui doit être relancée dès que "les conditions sanitaires seraient réunies". Bruno Le Maire est notamment un chaud partisan de cette réforme qui permettrait de faire basculer des électeurs de droite classique vers Emmanuel Macron.
Le 12 juillet, lors de sa dernière allocution, Emmanuel Macron avait confirmé la mise en œuvre de la réforme de l’assurance-chômage, annoncé le plan France 2030 et "un revenu d’engagement" pour les jeunes, devenu mardi dernier un "contrat d’engagement". La réforme des retraites envisagée concernerait une mesure sociale : la fixation à 1 000 euros par mois de la retraite minimale. Et une mesure financière avec la fixation à 64 ans de l’âge légal de départ en retraite.
Début des débats chez les Républicains
Il faut dire que depuis un mois le Chef de l’État n’est plus au cœur de l’actualité politique. Ses conseillers s’en rendent compte. Ils assistent à l’omniprésence médiatique d’Éric Zemmour, à son duel avec Marine Le Pen, aux éclats de voix de Jean-Luc Mélenchon et aux algarades ridicules d’Anne Hidalgo. D’autant plus ridicules que la maire de Paris n’atteint toujours pas la barre des 5 %.
Reste la droite qui va commencer enfin à occuper le terrain médiatique avec les quatre débats télévisés (le premier a lieu demain sur LCI) qui opposeront Xavier Bertrand, toujours en tête des sondages, Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti et Philippe Juvin. Ces débats, même s’ils risquent de lasser seront déterminants. N’oublions pas que c’est grâce à eux que François Fillon a commencé les primaires de 2016 à 10 % avant de les remporter avec 65 % des votes.
Les supporters plus nombreux de Barnier
La petite musique "Barnier" continue de se répandre dans le microcosme comme l’homme providentiel que les Républicains pourraient mettre en avant aux prochaines présidentielles. De tous les candidats, c’est lui qui a apporté le plus grand nombre de parrainages (trois fois plus que Valérie Pécresse). Par ailleurs, il bénéficierait du soutien du plus grand nombre de parlementaires. Avec comme principale qualité : le fait de n’avoir jamais déchiré sa carte des Républicains à la différence de Xavier Bertrand (qui l’a reprise) ou de Valérie Pécresse (qui vient également de la reprendre.
Les experts ès Républicains estiment qu’il pourrait en effet enregistrer un bon score sans toutefois parvenir à dépasser Xavier Bertrand. Michel Barnier bénéficie des voix des supporters de Laurent Wauquiez, mais le patron de la fédération du Rhône est un proche de Xavier Bertrand. En revanche les journalistes de France Télévisions ont dénombré que la moitié des patrons de fédération sont pro-Barnier. Il dispose désormais d’un QG juste derrière l’Élysée. Il a confié la direction de sa campagne à l’ancienne conseillère de Jacques Chirac, Marie-Claire Carrère-Gée, secondée par un noyau de parlementaires, dont Brigitte Kuster, Arnaud Danjean, Patrick Hetzel, François Cornut-Gentille, Olivier Marleix ou encore le trésorier du parti, Daniel Fasquelle. Jean-François Copé pourrait également le soutenir.
Le plan d’infrastructures de Biden adopté
Au chapitre économique, il faut souligner que le Congrès américain a définitivement adopté vendredi soir un plan d'investissement de 1.000 milliards de dollars destiné à moderniser les routes, les ponts, l'internet haut débit et d'autres infrastructures. Le plan, déjà approuvé par le Sénat, a été adopté par la Chambre des représentants par 228 voix contre 206, avec le soutien de 13 élus républicains. Il constitue une victoire pour la majorité démocrate, dont les divisions entre l'aile gauche et le camp centriste menaçaient le cœur du programme politique du président Joe Biden.
Ce plan, considéré comme l'un des plus ambitieux de l'histoire moderne des États-Unis et qui devrait permettre selon l'administration américaine de créer des emplois et de stimuler la compétitivité du pays, n'attend plus que la signature du président démocrate pour entrer en vigueur. Il reste cependant encore beaucoup de travail aux démocrates pour faire adopter le deuxième volet du plan de Joe Biden, celui à 1 750 milliards de dollars destiné aux politiques sociales et à la lutte contre le réchauffement climatique. Les dirigeants démocrates espéraient que les deux projets seraient adoptés par la Chambre des représentants vendredi mais l'aile centriste de la majorité a exigé un chiffrage non-partisan des dépenses prévues, un processus qui pourrait prendre des semaines.
Début du "tapering" et euphorie boursière
Toujours Outre-Atlantique, la Réserve fédérale américaine a annoncé mercredi qu'elle commencerait dès ce mois-ci à réduire ses achats d'obligations sur les marchés, avec pour objectif de les arrêter définitivement mi-2022, mais elle a redit juger que l'inflation était en grande partie transitoire et ne devrait pas justifier une hausse de taux plus rapide qu'anticipé. Elle a toutefois noté que les tensions actuelles affectant les chaînes d'approvisionnement accroissaient les risques inflationnistes.
La Fed donne ainsi le coup d'envoi de la réduction progressive du programme de soutien à l'économie mis en œuvre en mars 2020 au début de la crise du coronavirus. Le lancement officiel de ce "tapering" n'est cependant accompagné d'aucun signal suggérant que la Fed se prépare à relever ses taux directeurs dans les mois à venir. Jerome Powell s'est employé face aux journalistes à déconnecter le début du tapering de l'évolution des taux, en assurant qu'il serait prématuré d'engager dès maintenant le relèvement du coût du crédit.
Pas de crainte inflationniste en Europe
S’agissant de ce côté-ci de l’Atlantique, la Banque centrale européenne n'a pas de raison de relever les taux d'intérêt en 2022, a déclaré mercredi François Villeroy de Galhau. "L'inflation, en France, après avoir connu des mois de hauts, devrait redescendre sous les 2 % d'ici la fin de l'an prochain, c'est une perspective claire que je trace", a-t-il dit lors d'un débat dans le cadre des Journées de l'économie à Lyon, et "vu d'aujourd'hui, il n'y a pas de raison pour la Banque centrale européenne de relever ses taux d'intérêt l'an prochain, en 2022".
"À moyen et long terme, nous sommes confiants dans notre capacité à atteindre notre objectif de 2 % d'inflation. N'ayez aucun doute", a-t-il poursuivi. Quelques heures plus tôt, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait jugé très peu probable que les conditions préalables à une hausse de taux définies par l'institution soient réunies l'an prochain. L'évolution récente des contrats à terme sur les marchés monétaires montre néanmoins que les marchés jugent de plus en plus probable la possibilité d'un relèvement des taux l'année prochaine.
La victoire à prix élevé de Bouygues avec Equans
Côté business, le feuilleton de la mise en vente d’Equans par Engie s’est achevé vendredi tard dans la soirée par un conseil d’administration présidé par Jean-Pierre Clamadieu qui a entériné le choix fait la veille par le Comité ad hoc. Non seulement le groupe Bouygues cochait toutes les cases souhaitées par le vendeur (social, international et environnemental), mais en plus le prix proposé de 7,1 milliards d’euros battait toutes les espérances et s’écartait de 500 millions d’euros du prix proposé par Bain et Fimalac.
Pour Bouygues, qui dispose de 13 milliards de cash, ce n’est pas un problème de financement, ni d’intégration. Mais ce rachat va faire des services la première activité du groupe avec comme enjeu la transition écologique. L’opération porte la marque du changement de stratégie imprimée par le nouveau Directeur Général, Olivier Roussat, même si Martin Bouygues a été présent à toutes les étapes du processus. Pour Engie c’est un très beau processus de vente et une tirelire qui se remplit de manière à investir dans le renouvelable.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Macron veut profiter de l’explosion de la droite
31/10/2021 - 07:00
de la semaine
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Croissance ou décroissance : le débat tronqué
22/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Pourquoi il faut abandonner le plan Macron pour la France de 2030
15/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Pourquoi Atos doit changer de patron… et vite !
08/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Les couches-culottes sont-elles plus stratégiques que les satellites ?
01/10/2021 - 10:00

