éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
Le travail au cœur de la campagne
par Yves de Kerdrel
Face à l’obsession marquée par un tiers des Français des dangers d’une immigration massive et d’un possible « grand remplacement », le Chef de l’État comme Xavier Bertrand ont recentré le débat la semaine passée autour du travail. Le candidat des Républicains veut que le travail permette à tous de vivre. Emmanuel Macron promet de nouvelles réformes pour améliorer la valorisation du travail.
Enfin ! Depuis six mois la campagne présidentielle semblait engluée dans la seule question identitaire, avec la problématique du "grand remplacement" - thématique d’extrême droite désormais reprise par des candidats des Républicains – avec la question migratoire, et dans le sillage d’Éric Zemmour, champion des déclinistes et avec en toile de fond, la disparition de la France au profit d’un pays noyé dans le multiculturalisme.
Depuis plusieurs semaines Xavier Bertrand est le seul à essayer de sortir de cette névrose liée à l’immigration pour évoquer la première préoccupation des Français : celle du pouvoir de vivre, bien plus large que le seul pouvoir d’achat. Car de plus en plus le travail ne permet plus de vivre. Avec un Smic net un peu inférieur à 1 300 euros, comment se loger à Paris, payer ses charges, entretenir une famille ? Cette question fondamentale occupe enfin le centre du débat électoral.
La valeur travail revient au centre du débat
Lors de son allocution solennelle de mardi dernier – jour anniversaire de la mort du Général de Gaulle – Emmanuel Macron a cité plus de vingt fois le mot travail, rejoignant Xavier Bertrand dans l’aberration d’un travail qui ne paie pas ou d’un assistanat qui décourage de travailler. Ce qui l’a amené à vanter sa réforme de l’allocation-chômage, à juste titre très bien menée, en dépit du retard que lui a imposé la crise sanitaire.
Mais le Chef de l’État a également évoqué la nécessité d’augmenter la prime d’activité mise en place après la crise des gilets jaunes sur le modèle de l’impôt négatif britannique et l'impératif d'une réforme des retraites qu’il a repoussée à un second mandat avec la suppression des régimes spéciaux, la mise en place d’une retraite minimale de 1 000 euros et l’allongement de la durée de cotisation.
Beaucoup d’autosatisfaction chez Macron
Tout cela a constitué un excellent discours d’entrée en campagne de la part d’un candidat de centre droit, qui voit les Républicains incapables de se mettre d’accord sur le nom d’un candidat et sur les priorités d’un nouveau quinquennat. Alors que ce discours était en principe motivé par la crainte d’une cinquième vague de contamination liée à la Covid-19. Comme c’est le cas en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Le chef de l’État a rappelé que si nous étions encore davantage préservés que ces deux pays, le taux d’incidence ne cessait de grimper. Il y a des raisons saisonnières avec le retour du froid qui favorise la circulation du virus. Il y a aussi, au bout de quelques mois, la perte d’efficacité du vaccin. Ce qui l’a amené à faire de la troisième injection une obligation de fait pour les plus de 65 ans.
Mais en dehors de cette courte introduction, il a dressé un bilan tout en rose de son bilan, n’hésitant pas à dire : "nous avons réalisé l’impensable". Il reste que l’impensable a simplement constitué à faire des dettes par milliards et à soutenir l’économie par le "quoiqu’il en coûte". Si bien que l’an prochain la France va devoir aller chercher sur les marchés – et notamment auprès des Chinois – pas moins de 300 milliards d’euros, ne serait-ce que pour financer les dépenses de fonctionnement, payer les pensions des fonctionnaires et assurer la bonne marche de l’état.
Le retour en grâce du nucléaire
Outre le travail, Emmanuel Macron, qui siégeait à côté d’Anne Lauvergeon (alors patronne d’Areva) au sein de la Commission Attali, a indiqué que la France allait devoir construire de nouveaux réacteurs nucléaires. On parle de centrales de tailles moyennes. Et cela, quelques semaines seulement après avoir éteint le second réacteur de Fessenheim, dont les équipements de sécurité venaient tout juste d’être remis à neuf.
Bruno Le Maire a volé au secours du Président de la République en expliquant, le lendemain à la télévision, que construire de nouvelles centrales nucléaires n’était pas incompatible avec la volonté de viser un mix énergétique composé de 50 % de nucléaire et de 50 % de renouvelable. Ce qui est en effet probable à l’horizon 2050 compte tenu de la forte augmentation des besoins en électricité du pays, auxquels s'ajoutent les exportations vers les pays privés du nucléaire comme l’Allemagne.
Un premier débat à droite sans vainqueur
C’est donc un candidat de droite libérale qui est apparu mardi dernier pendant de longues minutes sur les écrans, le lendemain du premier débat entre les cinq prétendants des Républicains à l’élection présidentielle. La tonalité générale de ce débat faisait ressortir une droite moins libérale, plus étatiste et piégée par la nécessité de durcir son discours sécuritaire. À la fois face aux incidents qui ont lieu de manière presque quotidienne dans les 650 zones de non-droit ou territoires perdus de la République, et de manière à rattraper des Républicains tentés par Éric Zemmour.
Ce soir a lieu sur BFM TV le deuxième des quatre débats prévus entre Michel Barnier, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Philippe Juvin et Valérie Pécresse. Il est difficile de dire qui est sorti gagnant du premier débat. Peut-être Xavier Bertrand en imposant le thème du travail. Ou Valérie Pécresse qui, en bon élève, avait réponse à tout. Ou encore Michel Barnier qui a servi de cible pour tous les autres. Et qui n’avait pas d’idées neuves à présenter à un électorat de droite déboussolé.
Zemmour marque le pas dans les sondages
La très belle cérémonie du 11 novembre avec l’enterrement du dernier des Compagnons de la Libération a redonné à Emmanuel Macron l’occasion de se poser en Chef d’État. Que ce soit dans son excellent discours sur les résistants et la France libre ou à l’arrière d’un command car rendant les honneurs aux principaux étendards présents sur la Place de l’Étoile.
Dans les sondages le Président de la République voit sa cote se maintenir à un niveau élevé. Il semble même vouloir gagner du terrain en visant les 25 % au premier tour. Pour la première fois depuis la rentrée, un sondage réalisé par Elabe pour BFMTV et L'Express a marqué un renforcement du socle présidentiel entre 25 et 30 % et surtout une baisse du score attribué à Éric Zemmour qui ne recueille plus que 14 % d’intentions de voix, voire 13 % si Michel Barnier est candidat. À l’inverse Marine Le Pen remonte autour de 18 %. Un phénomène à mettre en regard avec celui mis en évidence par le sondage Odoxa pour L'Obs paru jeudi, qui met en évidence des dynamiques comparables. À noter que dans ce sondage, face à Xavier Bertrand, Emmanuel Macron l'emporterait, avec 55 % des voix, contre 45 % pour le président des Hauts-de-France.
Les hypothèques de la présidentielle
Tout cela peut encore largement évoluer d’ici le scrutin du mois d’avril. N’oublions pas qu’il y a cinq ans, à la mi-novembre, Alain Juppé était le favori avec 29 % des voix avant d’être éliminé lors de la primaire de la droite. Et qu’Emmanuel Macron n’est devenu présidentiable qu’au début du mois de février 2017 lorsque François Bayrou s’est rallié à lui et lui a apporté ses 5 % environ. Tout cela après que le Parti Socialiste se soit tiré une balle dans le pied en choisissant Benoit Hamon.
Il reste donc beaucoup de haies à franchir. Le choix du candidat des Républicains, la déclaration de candidature d’Éric Zemmour qui n’a toujours pas eu lieu et celle d’Emmanuel Macron. Mais il est vrai que l’une des principales tendances à surveiller sera le rapport de force entre Marine Le Pen et Éric Zemmour. Si l’ex-Présidente du Rassemblement national creuse l’écart avec le chroniqueur du Figaro, cela rendra plus difficile la qualification d’un Républicain, car le seuil pour accéder au second tour se situera autour de 20 %. Et pour l’instant aucun des cinq débâteurs de ce soir n’est en mesure d’atteindre cet étiage.
La Commission Européenne optimiste pour la croissance
Sur le plan économique, la Commission européenne a relevé jeudi sa prévision de croissance pour la zone euro cette année et prévoit désormais une expansion solide en 2022 conjuguée à une réduction du déficit budgétaire et de la dette publique. Elle anticipe une croissance de 5 % du produit intérieur brut des 19 pays ayant adopté la monnaie unique, contre 4,8 % prévu en juillet. Par ailleurs, elle prévoit une croissance de 4,3 % en 2022 et de 2,4 % en 2023 dans la zone euro.
Selon l'exécutif communautaire, l'inflation devrait atteindre 2,4 % cette année, après 0,3 % en 2020, avant de ralentir à 2,2 % en 2022 puis à 1,4 % en 2023. Le pic devrait se situer au cours des quatre derniers mois de cette année. La rapidité de la croissance et le retrait progressif des mesures de soutien des pouvoirs publics à l'économie contribueront à ramener le déficit budgétaire agrégé de la zone euro à 7,1 % du PIB en 2021, après 7,2 % en 2020, puis à 3,9 % en 2022 et 2,4 % en 2023, selon les prévisions de la Commission. Quant à la dette de la zone euro, elle devrait culminer à 100 % du PIB cette année, puis s’établir à 97,9 % en 2022 et 97 % en 2023, soit une réduction plus rapide que prévu en mai dernier.
La Fed attentive à l’emploi
En matière de politique monétaire, La Réserve fédérale américaine examine un large éventail d'indicateurs pour évaluer si l'économie des États-Unis se rapproche du plein-emploi, a déclaré mardi son président Jerome Powell. La Fed est attentive aux disparités sur le marché du travail, plutôt que de s'en tenir aux chiffres globaux, a-t-il ajouté, tout en notant que l'économie est plus forte lorsque le plus grand nombre possible de personnes peuvent travailler.
La Fed va commencer à réduire ce mois-ci ses achats d'obligations sur les marchés, donnant ainsi le coup d'envoi de la réduction progressive du programme de soutien à l'économie mis en œuvre en mars 2020 au début de la crise du coronavirus. Mais les responsables de l'institution s'interrogent de plus en plus sur le nombre d'emplois supplémentaires que l'économie peut encore créer et sur la capacité des acteurs économiques à supporter durablement une inflation élevée. En moyenne, l'économie américaine a créé 582 000 emplois par mois cette année mais la population active a diminué de trois millions par rapport à son niveau d'avant la pandémie.
Bouygues peine à justifier le prix payé pour Equans
En matière de business, après une baisse de son cours de Bourse consécutive à l’annonce du rachat d’Equans à Engie pour la somme faramineuse de 7,1 milliards d’euros, les dirigeants de Bouygues ont tardé à sortir de leur silence pour justifier le bien-fondé de cette opération et le prix payé. Ils ont mis en avant la résilience de l’activité acquise et les synergies (assez limitées) avec les activités actuelles de services énergétiques de Bouygues.
Quant au secteur du luxe, dopé par le regain des achats aux États-Unis et en Chine, il pourrait effacer les effets de la pandémie de COVID-19 dès cette année et renouer avec les niveaux de 2019, voire les dépasser, a déclaré jeudi le cabinet de conseil Bain. Ce dernier estime dans une étude que les ventes mondiales de produits de luxe pourraient atteindre 283 milliards d'euros cette année, une augmentation de 4 % à taux de change constant par rapport à 2019 (quelque 280 milliards d'euros), avant que la crise sanitaire ne frappe.
Le mauvais coup joué par Bercy contre Saint-Gobain...
Enfin La lettre de L’expansion à paraître demain matin révèle le grave conflit qui oppose les dirigeants de Saint-Gobain à Bercy. Il ressort de cet article que dans le cadre du plan de relance, le Trésor a accordé une subvention de 40 millions d’euros à une usine d’Electrosteel, groupe indien, concurrent direct de Pont-à-Mousson qui dispose d’une usine près d’Arles.
Ce geste est très mal vécu chez Saint-Gobain - notamment par les salariés - qui soutient avec persévérance sa filiale Pont-à-Mousson (l’État lui ayant interdit de la céder à des Chinois) et dont les hauts-fourneaux ne fonctionnent qu’à 50 % de leur capacité. Les élus lorrains sont montés au créneau pour saisir l’exécutif. De sources syndicales, Benoit Bazin, le directeur général du groupe aurait écrit une lettre à Bruno Le Maire pour lui demander de reconsidérer cette subvention. Bercy se trouve bien embarrassé par cette affaire en plein débat sur la souveraineté industrielle.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX
Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Macron veut profiter de l’explosion de la droite
31/10/2021 - 07:00
de la semaine
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Croissance ou décroissance : le débat tronqué
22/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Pourquoi il faut abandonner le plan Macron pour la France de 2030
15/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Pourquoi Atos doit changer de patron… et vite !
08/10/2021 - 10:00
Chronique / Yves de Kerdrel
Chronique / Les couches-culottes sont-elles plus stratégiques que les satellites ?
01/10/2021 - 10:00

