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Yves de Kerdrel
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Comment Hollande manœuvre contre Hidalgo et… Macron
par Yves de Kerdrel
Plusieurs sondages montrent une diminution du score potentiel d’Éric Zemmour. Une bonne nouvelle pour Marine Le Pen. Une moins bonne nouvelle pour le (ou la) futur candidat des Républicains, dans la mesure où le seuil d’accès au second tour remonte nettement au-dessus des 20 %. Pendant ce temps-là ça œuvre à gauche pour « débrancher » Anne Hidalgo.
C’est ce soir qu’aura lieu le troisième débat entre les cinq candidats à la candidature sous l’étiquette des Républicains pour la prochaine élection présidentielle. Après LCI et une confrontation très ennuyeuse, il y a une semaine, sur BFM TV, c’est CNews qui est la chaîne organisatrice de ce débat.
L’ultime séance d’échanges entre les cinq candidats aura lieu mardi 30 novembre à 21 h 05 sur France 2 et France Inter à quelques heures du début du vote des militants. Dans la dernière ligne droite avant le congrès du 4 décembre, les 5 candidats des Républicains, Michel Barnier, Xavier Bertrand, Éric Ciotti, Philippe Juvin et Valérie Pécresse, répondront aux questions de Léa Salamé et de Laurent Guimier. France Info diffusera en simultané ce dernier débat.
Quand l’élévation de murs en Europe indiffère…
Il faut espérer que le débat de ce soir ne soit pas une répétition des deux derniers avec la majeure partie du temps consacrée à la sécurité et à l’immigration. Et en point d’orgue ce qui se passe à la frontière entre la Pologne – et donc l’Europe – et la Biélorussie. Ce qui a donné aux candidats – sauf Philippe Juvin – l’occasion de dire qu’ils soutenaient implicitement la Pologne dans sa volonté de construire un mur.
Il fut un temps pas si récent où la droite se battait pour les valeurs européennes et contre l’élévation de mur entre les hommes que ce soit entre Israël et la Palestine, à Chypre entre Grecs et turcs et bien sûr contre le Mur de Berlin. Il faut dire que même au sein du gouvernement, certains ont entonné le même refrain, jusqu’au porte-parole du Gouvernement. Seul Clément Beaune, le secrétaire d’état chargé des affaires européennes, a manifesté son effroi que non seulement on puisse être indifférent à la construction de 180 kilomètres de murs à la frontière de l’Europe, mais qu’en plus on soutienne un tel projet, digne deTrump.
Peu de créativité économique chez les candidats LR
Pour l’heure les candidats parlent encore trop peu de l’entreprise ou d’économie. La question du pouvoir d’achat, toujours en tête des priorités des Français, n’est abordée qu’à travers la prime d’activité chère à Xavier Bertrand ou la hausse des salaires préférée par Valérie Pécresse.
Il est étonnant que des candidats incarnant une droite – a priori libérale – ne pensent pas à faire sauter la durée limite du temps de travail. En pleine période de pénurie de main-d’œuvre, cela créerait beaucoup de pouvoir d’achat, de la TVA et des cotisations sociales pour combler les déficits. Et c’est tellement simple à mettre en œuvre. Il faut espérer que ces deux derniers débats consacreront moins de temps aux affaires régaliennes et aux questions d’identité. D’autant plus que cela donne à la droite le sentiment de courir derrière Éric Zemmour au moment où celui-ci voit sa cote commencer à glisser.
Éric Zemmour s’affaiblit tout seul
Le polémiste est parti à Londres quelques jours essayer de lever des fonds, car il en a bien besoin s’il veut faire campagne. Et le prêt que lui aurait fait le financier Charles Gave n’est pas recevable par la Commission des Comptes de Campagne. Pour l’heure le "pas-encore-candidat" accuse une nouvelle baisse dans le sondage Opinionway pour les Échos, Radio Classique et CNews paru il y a quelques jours. Éric Zemmour est crédité de 12 % d’intentions de vote soit un point de moins que lors de la précédente enquête, et cela quel que soit le candidat de LR qui sera choisi. Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national est créditée de 19 % à 21 % des voix (en hausse d’un point) tandis qu’Emmanuel Macron teste en tête au premier tour avec 24 à 25 % d’intentions de vote.
Sa dynamique semble interrompue. Au moins jusqu'à son meeting du 5 décembre à Paris, précédée par une probable annonce de candidature autour du 1 er décembre. Pour l'heure il semble se former autour de lui une forme de lassitude, d’autant plus qu’il n’est pas en mesure d’afficher régulièrement des propositions. Le chroniqueur du Figaro a du mal à élargir son discours, uniquement centré sur l’immigration. Avant le sondage d'OpinionWay, deux instituts ont également montré que la candidature Zemmour marquait le pas : il perd jusqu'à deux points et reste derrière la candidate du RN Marine Le Pen, selon Odoxa et Elabe, qui le donnent entre 13 et 15 %.
Y aura-t-il une surprise Ciotti chez LR ?
Cette baisse dans les sondages, dont les experts jugent qu’elle pourrait se prolonger – surtout si Éric Zemmour tarde à annoncer officiellement sa candidature – ne fait pas les affaires de l’intéressé. Elle ne fait pas les affaires des Républicains, dans la mesure où lorsqu’il était devant Marine Le Pen à 17 ou 18 %, il plaçait à ce niveau-là la porte d’accès à un second tour.
Un étiage forcément plus accessible par le candidat qui sera désigné lors du congrès du 4 décembre. D’autant que certains s’attendent désormais à des surprises dignes de celles qu’ont connues les écologistes. En raison du nombre élevé de nouveaux adhérents qui viendraient massivement de la région PACA. Ce qui serait favorable à Éric Ciotti, qui fait désormais figure d’outsider ou du moins de candidat susceptible d’accéder au second tour du départage chez les Républicains.
Les manœuvres de François Hollande
À gauche les manœuvres se multiplient. Ce sont les scores très bas (entre 3 et 5 %) d’Anne Hidalgo, candidate du Parti Socialiste qui les suscitent. Bien qu’elle ait décidé d’entamer un tour de France, son image de Parisienne lui colle trop à la peau. Alors que Jacques Chirac avait un pied à la mairie de Paris et un pied en Corrèze. Par ailleurs les banques habituelles du Parti Socialiste ne se précipitent pas pour prêter de l’argent à une candidate qui n’est pas certaine de réaliser plus de 5 % des voix. Condition sine qua non afin d’être remboursée par l’État de ses frais de campagne.
De fait certains font le siège de Bernard Cazeneuve afin qu’il remplace Anne Hidalgo tant qu’il est encore temps. Tandis que d’autres lancent des boules puantes sur l’édile parisienne afin de préparer une possible "sortie de route". Mais l’ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande rechigne à laisser son poste d’avocat chez August & Debouzy – chèrement rémunéré - pour aller battre les estrades. De fait l’idée qui fait son chemin, notamment chez François Hollande, serait de demander à Yannick Jadot d’endosser également les couleurs du Parti Socialiste. Ce qui ne poserait pas de problème, compte tenu de la proximité de leurs programmes. Et par ailleurs en cas de mauvais score le Parti Socialiste n’aura pas à rougir.
Le spectre d’une nouvelle vague de Covid
L’ancien Président de la République qui a publié un ouvrage avec des références vénéneuses à l’égard de la politique d’Emmanuel Macron œuvre aussi en coulisses afin de gêner son successeur. La cible choisie serait Alexis Köhler, qui fait l’objet de nombreuses attaques dans la presse et qui est ciblé par le Parquet National Financier dans les préparatifs de l’OPA de Veolia sur Suez.
Au Château on ne s’étonne pas des perfidies de François Hollande et le Secrétaire Général de l’Élysée reste le Maire du Palais et le confident du Chef de l’État. Surtout au moment où la crise sanitaire pointe à nouveau le bout de son nez avec plus de 20 000 contaminations par jour, alors qu’il y a un mois on ne comptait que 5 000 cas quotidiens. La situation est encore bien plus saine qu’en Allemagne ou en Autriche et ne justifie pas des confinements. Mais certaines entreprises ont renoué avec plusieurs jours de télétravail par semaine. Tout cela est évidemment regardé de près aussi par les commerçants à cinq semaines de la fête de Noël.
L’inflation à 2,6 % en France
Au chapitre économique, un seul mot a monopolisé toutes les conversations de la semaine : c’est l’inflation. Les prix à la consommation en France ont augmenté de 2,6 % sur un an en octobre, après une progression de 2,2 % en septembre, a confirmé mardi l’Insee dans une estimation définitive. Cette hausse de l'inflation résulte d'une accélération des prix de l'énergie, qui ont bondi de 20,2 % sur un an en octobre, et des services, qui ont progressé de 1,8 % le mois dernier, a précisé l'Insee.
La hausse des prix des produits manufacturés a ralenti à 0,3 % sur un an en octobre, après 0,4 % le mois précédent, tandis que les prix de l'alimentation ont augmenté de 0,7 % après une hausse de 1 % en septembre, a indiqué l'institut. Sur un mois, l'indice des prix à la consommation a progressé de 0,6 %, après un recul de 0,2 % en septembre.
Un record d’inflation en zone euro depuis 13 ans
En milieu de semaine, l'inflation dans la zone euro a accéléré en octobre pour atteindre 4,1 % en rythme annuel, son plus haut niveau depuis 13 ans, tirée par la hausse des prix de l'énergie. Par rapport à septembre, l'inflation calculée aux normes européennes ressort à 0,8 %, selon l'institut européen des statistiques.
La Banque centrale européenne doit être "attentive" et "vigilante" sur l'inflation, a déclaré mercredi Luis de Guindos, le vice-président de l'institution, alors qu'une hausse durable pourrait faire craindre des effets de second tour sur les salaires. Les anticipations d'inflation restent ancrées mais si les goulets d'étranglement sur l'offre durent plus longtemps que prévu et si les prix de l'énergie continuent d'augmenter, l'inflation pourrait dépasser les projections et faire pression sur les salaires, a déclaré Luis de Guindos.
Bruno Le Maire serein face à la hausse des prix
Le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a réaffirmé mercredi que l'accélération de l'inflation, alimentée notamment par la hausse des prix de l'énergie, resterait temporaire tout en précisant qu'il ne s'attendait pas à la voir ralentir avant la fin 2022. "Cette inflation est transitoire selon nous, mais je veux être très clair à l'égard des Français : ce n'est pas une transition de quelques semaines mais de plusieurs mois et je n'envisage pas de baisse des prix avant la fin de l'année 2022", a-t-il déclaré lors d'une audition par la commission des Affaires économiques du Sénat.
Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, a déclaré vendredi que l'inflation dans la zone euro allait progressivement se dissiper et que la BCE ne devait donc pas resserrer sa politique monétaire car cela risquerait de compromettre la reprise économique. Pour autant, a estimé Christine Lagarde, le moment n'est pas venu d'appuyer sur la pédale de frein, la priorité étant au contraire d'alimenter la reprise économique.
Christine Lagarde ne voit toujours pas l’inflation durer
La prochaine réunion de politique monétaire du Conseil des gouverneurs de la BCE est prévue le 16 décembre. Si la banque centrale a déjà annoncé son intention de mettre fin en mars à son programme d'achats d'urgence face à la pandémie, Christine Lagarde a assuré que les achats d'obligations resteraient importants après cette échéance.
Même après la fin attendue de l'urgence pandémique, il sera encore important que la politique monétaire, y compris le calibrage approprié des achats d'actifs, soutienne la reprise et le retour durable de l'inflation vers l’objectif de 2 %, a-t-elle dit. La Banque d'Angleterre pourrait de son côté relever son taux directeur le mois prochain et la Réserve fédérale américaine a déjà lancé la réduction de ses propres achats d'obligations sur les marchés. Pour Christine Lagarde, un resserrement monétaire dès maintenant pèserait sur les revenus des ménages, déjà confrontés au choc lié à la hausse des prix de l'énergie, ce qui freinerait probablement la croissance, a-t-elle ajouté.
La rapide transformation de La Banque Postale
En matière de business, peu d’activité en dehors d’un nouveau mouvement initié par la Banque Postale qui s’inscrit dans le cadre du Plan Stratégique défini au printemps dernier par Philippe Heim à l’horizon 2030. Il s’agit de la création de la nouvelle banque de financement et d’investissement de La Banque Postale afin de faire de cette activité un moteur de croissance et de diversification de La Banque Postale et du grand pôle financier public.
Cette nouvelle BFI, sous le leadership de Bertrand Cousin, est composée de plus de 1 000 collaborateurs et va continuer d’étoffer ses équipes dans les métiers spécialisés et dans les territoires pour soutenir ses projets de développement. Elle renforce la capacité de la Banque Postale à accompagner les clients et les investisseurs institutionnels au plus près des territoires. Après l’offre de retrait lancée sur CNP assurances et la renégociation concomitante des termes des accords de distribution avec La Banque Postale et BPCE, ce nouveau mouvement montre que Philippe Heim n’a pas chômé depuis sa nomination à la tête de LBP il y a un peu plus d’un an.
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