WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
L’épidémie prend le pas sur la présidentielle
par Yves de Kerdrel

Les tendances constatées ces dernières semaines dans les sondages se sont maintenues avec une nette avance confortée pour Emmanuel Macron, un nouvel effritement de la cote d’Éric Zemmour et une remontée de Xavier Bertrand. La forte reprise des contaminations a cependant dominé l’actualité avec la mise en place de nouvelles mesures sanitaires dont la troisième dose de vaccin.

28/11/2021 - 06:30 Temps Lecture 16 mn.

 

C’est désormais la forte hausse des contaminations au Covid qui fait la une de l’actualité. D’autant plus que la hausse des infections est exponentielle avec un doublement tous les dix jours. Le seuil des 40 000 contaminations quotidiennes était donc sur le point d’être franchi lorsque nous avons rédigé cet article.

Cette cinquième vague avait été annoncée par le Conseil Scientifique. Elle est liée à la forte reprise de l’épidémie en Allemagne, l’importante contagion du variant delta, et surtout l’arrivée du froid ont constitué un terreau fertile pour la reprise des contaminations. Malgré tout le phénomène est moins inquiétant, maintenant que les trois quarts des Français sont vaccinés. 

 

Le Passe sanitaire renforcé par l’injection du rappel

 

Après un conseil de défense sanitaire, Olivier Véran a donc rendu publiques de nouvelles mesures. La principale est l’incitation à ce que tous les adultes se fassent prodiguer un rappel cinq mois après la deuxième injection. Ce qui concerne 25 millions de personnes. 6 millions de Français de plus de 65 ans ont déjà reçu cette troisième dose. Si bien que 19 millions de nos concitoyens sont éligibles.

Et naturellement, de manière que le maximum de Français concernés reçoivent cette troisième dose, à compter du 15 janvier, le passe sanitaire ne fonctionnera plus sans ce rappel. D’ores et déjà des records de rendez-vous ont été enregistrés sur la plate-forme Doctolib. En revanche le soir même de cette annonce à partir de 23 h 59, les vols arrivant de France au Maroc étaient interdits.

 

Arrivée imminente d’un traitement curatif contre le virus

 

Cela signifie que même s’il y a beaucoup moins de victimes liées à cette cinquième vague, les conséquences sur la vie quotidienne vont être notables et particulièrement pendant la période des fêtes. Le port du masque redevient obligatoire dans beaucoup de lieux fermés où il ne l’était pas. Et la validité des tests pratiqués en pharmacie a été réduite de 72 heures à 24 heures seulement.

En revanche Olivier Véran a confirmé l’arrivée imminente de traitements contre ce virus. Il ne s’agit pas de prévention comme le vaccin. Mais d’un médicament qui permet de lutter contre le virus une fois que l’on a été contaminé. À noter que pour l’heure le système hospitalier n’est pas submergé par les conséquences de cette cinquième vague. Il est juste désorganisé par la mise à pied de 15 000 soignants qui n'ont pas voulu se faire vacciner avant le 15 septembre.

 

Pas d’impact économique pour cette cinquième vague

 

À Bercy, pour l’heure on ne s’inquiète pas trop des conséquences de cette vague de contaminations, ni de l'arrivée du nouveau variant sud-africain. Bruno Le Maire estime que la période des achats de Noël ne devrait pas être perturbée. D’autant plus que les Français s’organisent afin de faire leurs emplettes plus tôt.

Par ailleurs les derniers chiffres communiqués par la Caisse des Dépôts montrent que le livret A a enregistré une décollecte de 2,83 milliards d’euros en octobre, ce qui constitue un montant record depuis octobre 2014. Si l’on ajoute à cela les retraits effectués sur le Livret de développement durable et solidaire la perte totale sur le mois d’octobre atteint 3,4 milliards. Ce qui porte l’encours de ces deux livrets à quelque 469 milliards d’euros.

 

La discrète campagne du Président

 

Tous ces éléments ont pris le dessus sur l’actualité préélectorale auprès des Français. Mais pour l’instant il est trop tôt pour savoir si cela va peser sur l’opinion que les Français ont du gouvernement et du Président de la République. Celui-ci conserve une popularité record à moins de 150 jours du scrutin. Et ce capital de sympathie est un argument pour qu’il fasse acte de candidature le plus tard possible.

Mais il continue à envoyer des signaux à toutes les clientèles électorales. C’était le but de sa visite au Pape François vendredi, afin de rassurer les catholiques sur le fait que la GPA ne fera pas partie de son programme pour un éventuel second mandat. Cette visite intervenait après la signature du Traité du Quirinal, du nom du Palais où siège le Président italien. Préparé depuis plusieurs mois par Bernard Spitz, le chef de la diplomatie économique du Medef, ce traité de rapprochement entre la France et l’Italie est l’équivalent du Traité de l’Élysée pour les relations franco-allemandes.

 

Emmanuel Macron au-dessus de la barre de 25 % au premier tour

 

Sur le front politique, un sondage réalisé par Elabe publié cette semaine a fait apparaître une nette remontée de Marine Le Pen au détriment d’Éric Zemmour qui devrait annoncer sa candidature dans les tous prochains jours. La donnée la plus importante est qu’Emmanuel Macron est crédité entre 25 % et 27 % des intentions de vote exprimées selon le candidat de droite testé (25 % en cas de candidature Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Michel Barnier, 26 % Éric Ciotti et 27 % Philippe Juvin).

Emmanuel Macron qui avait connu une hausse il y a deux semaines à la suite de son allocution télévisée est en baisse dans toutes les hypothèses et retrouve son niveau d’il y a un mois. Malgré ces baisses, le Chef de l’État bénéficie toujours du soutien de 7 de ses électeurs sur 10 du 1er tour en 2017 et d’un électeur sur 5 de François Fillon (19 %, -8).

 

Le rebond spectaculaire de Marine Le Pen

 

Marine Le Pen est désormais à 20 %-22 % des intentions de vote exprimées (en hausse de 2 à 4 points). Elle progresse auprès de ses propres électeurs du premier tour en 2017 et chez les 25-34 ans, une classe d’âge où elle arriverait nettement en tête. Elle serait également le premier choix des ouvriers (40 %), employés (29 %) et ferait un bon score dans les communes rurales (27 %).

À l’inverse Éric Zemmour est crédité entre 12 % et 15 % des intentions de vote exprimées. Après une très forte progression depuis l’été et un pic atteint fin octobre (15 %-16 %), le polémiste est depuis lors en baisse. En deux semaines, il perdrait quelques voix au sein de l’électorat de Marine Le Pen (20 %, -3) et chez les abstentionnistes (12 %, -10), et conserverait le soutien d’un électeur sur 4 de François Fillon (23 %). Éric Zemmour serait le choix de 15 % des hommes, contre 8 % des femmes.

 

Hidalgo et Montebourg décrochent dans les sondages

 

Parmi les candidats LR, Xavier Bertrand est crédité de 13 % des intentions de vote exprimées, Valérie Pécresse est en baisse à 9 %, Michel Barnier est stable à 9 %, Éric Ciotti est à 5 % et Philippe Juvin recule légèrement à 3 % (-1). Concernant l’attitude des électeurs de François Fillon de 2017 pour chacune des hypothèses testées : 4 sur 10 voteraient pour Xavier Bertrand, 4 autres pour Valérie Pécresse, 3 pour Michel Barnier, 3 pour Éric Ciotti et 1 pour Philippe Juvin

À gauche, Jean-Luc Mélenchon serait crédité de 9 % des voix, Yannick Jadot 8 %-9 %, Anne Hidalgo n’arrive toujours pas à décoller des 4 %-5 %, Arnaud Montebourg n’est pas certain d’aller jusqu’au bout avec un score de 1 à 3 %. Quant au communiste Fabien Roussel, il est stable à 2 %.

 

Tous les Zemmouristes ne voteront pas Le Pen

 

Dans la configuration d’un duel Emmanuel Macron versus Marine Le Pen au second tour, l’écart se réduirait par rapport au 11 novembre avec 55 % des intentions de vote exprimées pour Emmanuel Macron et 45 % pour Marine Le Pen. Une dynamique dans la lignée des résultats mesurés au 1er tour. Il s’agit de l’écart le plus serré enregistré avec celui de fin octobre. Le Président sortant bénéficierait d’une mobilisation parfaite de ses potentiels électeurs du premier tour, et du soutien d’une majorité absolue ou relative des potentiels électeurs de Yannick Jadot, d’Anne Hidalgo et du candidat LR.

Marine Le Pen aurait un report parfait de ses électeurs du premier tour et le soutien de trois potentiels électeurs sur quatre d’Éric Zemmour, mais ne bénéficierait que des voix d’un potentiel électeur sur quatre du candidat LR. Une majorité des potentiels électeurs de Jean-Luc Mélenchon s’abstiendrait.

 

Un dernier débat pour les Républicains

 

Le pouvoir d’achat est à ce jour le thème qui comptera le plus dans le choix des électeurs à l’élection présidentielle de 2022. Il devance nettement la santé qui est en forte progression, la sécurité et l’immigration. Pourtant ces deux thèmes continuent à monopoliser les débats des cinq candidats à la candidature LR.

Avec un dernier débat, ce mardi 30 novembre à 21 h 05 à la fois sur France 2 et France Inter. À quelques heures du début du vote des militants, les cinq candidats des Républicains répondront aux questions de Léa Salamé et Laurent Guimier. Et dimanche prochain on devrait connaître le nom de l’heureux élu pour aller concourir à la magistrature suprême après que les 140 000 à 150 000 adhérents du parti aient voté pour un premier tour de départage et un second tour.

 

Initiative commune Afep-Medef-ICC vers l’OCDE et l’OMC

 

Au chapitre économique il faut noter l’initiative prise par le Medef, l’AFEP et l’ICC (Chambre de commerce internationale, présidée par Philippe Varin) d’écrire un courrier commun à l’OCDE, avec une vive contestation des principes et des modalités de calcul de l’impôt minimal et un autre à l’OMC pour demander que cette institution essentielle dans le commerce international retrouve un fonctionnement normal.

Mais la première préoccupation des patrons aujourd’hui est liée à l’inflation. Car beaucoup d’entre eux ne croient plus les propos lénifiants de Christine Lagarde expliquant que l’on va assister à un retour à la normale au début de l’été 2022. Les NAO (négociations annuelles obligatoires) qui ont lieu actuellement débouchent en moyenne sur des hausses de salaires de l’ordre de 3 %. Et les grands groupes qui vont publier des résultats records ne rechignent pas à accorder ce réajustement. Au risque de retomber dans un cercle vicieux qui réunit l’inflation et le coût de la main-d’œuvre.

 

Le déni des économistes face à l’inflation

 

Même si les États-Unis ont décidé cette semaine d’avoir recours à leurs stocks stratégiques de pétrole de manière à soulager la demande et à empêcher une flambée des prix, plus personne n’imagine que l’énergie pourra se payer bon marché dans un monde qui est en pleine transition énergétique. Non seulement il faut financer cette transition, mais les énergies décarbonées vont coûter à terme cinq fois plus cher que le mix énergétique actuel.

Ce phénomène ajouté à des anticipations d’achats de matières premières nourrit une inflation qui ne demande qu’à repartir après toute la création de monnaie intervenue depuis près de deux ans, et avec des taux qui restent malgré tout très bas. L’aveuglement de grands économistes sur ce sujet commence à agacer les organisations patronales, dont les remontées en provenance des fédérations ou des territoires font ressortir un net pincement des marges lié à la hausse des prix et des salaires.

 

L’État Actionnaire ridiculisé dans l’affaire Orange

 

En matière de business, l’actualité de la semaine a été dominée par le jugement d’appel sur l’affaire Tapie qui condamne Stéphane Richard à un an de prison avec sursis pour "complicité de détournement de biens publics". Un jugement singulier dans la mesure où il n’était, dans ce dossier, que le bras droit de Christine Lagarde à laquelle il a seulement été reproché de la "négligence".

Le patron d’Orange qui souhaitait quitter ses fonctions immédiatement et qui a, le jour même, remis son mandat dans les mains des administrateurs d’Orange a malgré tout accepté de faire l’intérim des fonctions de Président et de Directeur Général – qui doivent être dissociées – en attendant que l’Agence des Participations de l’État – qui n’avait rien anticipé – trouve un homme et une femme pour remplir ces deux rôles. Alain Minc – qui n’a jamais apprécié Stéphane Richard – a tout de suite entamé une campagne pour un tandem Alexandre Bompard comme CEO et Ramon Fernandez comme Président. Mais le patron de Carrefour n’est absolument pas partant. De même que l’ancien Directeur du Trésor n’a aucune envie d’occuper un poste sans grand intérêt. Cet épisode n’est, en tout cas, pas à la gloire de l’état actionnaire, qui n’a jamais soutenu Stéphane Richard, qui s’est trouvé comme un "Roi nu" après la démission de ce dernier, et qui a dû aller à Canossa en lui demandant de jouer les prolongations.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Comment Hollande manœuvre contre Hidalgo et… Macron

21/11/2021 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le travail au cœur de la campagne

14/11/2021 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Les activistes à l’attaque de l’Europe

26/11/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Le travail, c'est une cathédrale à rebâtir

19/11/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Les limites du « just in time »

29/10/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Croissance ou décroissance : le débat tronqué

22/10/2021 - 10:00

Chronique / Bernard Spitz

Chronique / De l’Élysée au Quirinal

19/10/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Pourquoi il faut abandonner le plan Macron pour la France de 2030

15/10/2021 - 10:00

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / Pourquoi Atos doit changer de patron… et vite !

08/10/2021 - 10:00