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Zemmour au secours de Macron
par Yves de Kerdrel

Maintenant que la droite de gouvernement dispose d’une candidate (une femme enfin !) et que Éric Zemmour a officialisé et donné le ton de sa candidature, les enquêtes d’opinion vont pouvoir jauger les quatre principaux candidats en tête des sondages. Elles devraient faire ressortir qu’Emmanuel Macron devrait être conforté face à Marine Le Pen, grâce à la candidature d’Éric Zemmour. Même si le second tour s’annonce plus compliqué.

05/12/2021 - 06:30 Temps Lecture 19 mn.

 

La semaine passée a été riche en évènements politiques dans le cadre de la séquence préélectorale en vue de l’élection présidentielle d’avril. Le dernier débat des Républicains a été de bonne facture, sans antagonisme entre les cinq candidats, mais toujours avec le discours très droitisant et libéral d’Éric Ciotti.

Un discours qui a plu, aux militants des Républicains puisque le député des Alpes-Maritimes est arrivé en tête du premier tour de scrutin avec le score de 25,59 %, juste devant Valérie Pécresse (25 %). Son discours très droitier, son souhait de rétablir le droit du sang, sa promesse d’établir une flat-tax comme impôt sur les revenus et sa volonté de supprimer les droits de succession ont manifestement séduit les adhérents des Républicains, qui sont plus à droite que les sympathisants.

 

Le vote féminin important pour Valérie Pécresse

 

Et si Valérie Pécresse a, de son côté, bénéficié d’une posture à la fois ferme et raisonnable et de son statut de Présidente de la première région de France, elle a aussi bénéficié du vote féminin. D’autant plus que les sujets de société liés aux préoccupations des femmes ont été malheureusement très absente des débats. C’est ce qui lui a permis d’obtenir 1 % de plus que Michel Barnier (23,92 %) et deux points et demi de plus que Xavier Bertrand. Ce dernier lui a aussitôt apporté son soutien, pour le second tour, de même que Michel Barnier et le pauvre Philippe Juvin qui n’a engrangé que 3,13 % des votes et qui a dû enterrer sa mère mercredi dernier.

En dépit de ses larges soutiens auxquels il convient d’ajouter celui de Gérard Larcher, le Président du Sénat, Éric Ciotti a encore créé la surprise au second tour en affichant un score de près de 40 %, qui témoigne que la ligne dure et marquée par Laurent Wauquiez est partagée par quatre adhérents sur dix. Mais Valérie Pécresse qui a fait une campagne de "bon-élève" a été plébiscitée en présence de ses quatre concurrents. Et même si le rassemblement du 11 décembre – de lancement de la campagne des Républicains – a été annulé pour des raisons sanitaires, cette désignation devrait se traduire par une nette hausse du score de Valérie Pécresse dans les sondages.

 

Des Républicains plus à droite qu’il y a cinq ans

 

Tout cela confirme bien que les militants de droite sont beaucoup plus à droite que les sympathisants de l’ex-UMP et des Républicains. Déjà la victoire des primaires de 2016 par François Fillon aux dépens d’Alain Juppé l’avait laissé entrevoir. Mais ce fossé s’est fortement accru au cours du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et cela d’autant plus qu’une grande partie de la droite, entreprenante, urbaine, et bourgeoise se satisfait très bien du bilan économique et sociétal d’Emmanuel Macron.

Désormais les sondages vont être plus significatifs maintenant que les quatre principaux candidats (a priori) sont connus. Puisque sans surprise Éric Zemmour a officialisé sa candidature mardi 30 novembre dans une vidéo un peu sombre postée sur YouTube. Dans la foulée le polémiste du Figaro a décidé de changer le lieu de son rassemblement d’aujourd’hui en le déplaçant du Zénith au Parc des Expositions de Villepinte. S’il arrive à remplir cet énorme espace ce sera incontestablement un grand succès populaire pour lui. Avec à la clé un risque de cluster du Covid, dans la mesure où le passe sanitaire n’y sera pas exigé.

 

L’homme-orchestre de Zemmour

 

Cela signifierait qu’après un mois de trou d’air dans les sondages consécutif à la Une de Paris Match avec sa conseillère, à son hommage déplacé aux victimes du Bataclan devant la porte de cette salle de spectacles le 13 novembre, et le fameux doigt d’honneur fait à une marseillaise et filmé – assez peu digne d’un candidat à la magistrature suprême – il a su remobiliser ses sympathisants.

Côté programmatique, on a appris cette semaine que de nombreux hauts fonctionnaires travaillent en secret pour l’auteur du "suicide français" dans le cadre des 28 pôles thématiques mis en place par le banquier d’affaires Jonathan Nadler qui centralise et trie les notes, les analyses, et les propositions faites pour le candidat. Avec une organisation bien rôdée. Puisque les 28 chefs de pôles se réunissent en visioconférence tous les dimanches soir autour de Jonathan Nadler.

 

Un programme pour Zemmour début 2022

 

Certains hauts fonctionnaires prennent des risques pour leurs carrières. Dans cette équipe qui travaille pour Éric Zemmour, il y a en effet des ambassadeurs en exercice et des diplomates soumis à un devoir de réserve très strict. Ils ne veulent pas que l'on connaisse leur nom pour ne pas être sanctionnés. D'autres contributeurs, eux, ne sont pas exposés parce qu'ils sont à la retraite.

C'est le cas du général de la Chesnais, ancien numéro deux de l’armée de terre, ou de Pierre Brochand, ancien patron de la DGSE. Cette équipe a déjà produit des propositions concrètes : 75 à 80 depuis le début de la tournée littéraire d'Éric Zemmour. Le programme complet du candidat sera rendu public début 2022.

 

Comment Zemmour sert Macron

 

Le retour en force de Zemmour – s’il se produit réellement – constitue la meilleure nouvelle pour Emmanuel Macron. Dans la mesure où par le jeu des vases communicants, une remontée de la cote du polémiste autour de 16 ou 17 % pourrait faire revenir le score de Marine Le Pen de 20 à 17 %. Dans ce cas le Chef de l’État passerait d’une avance de 3 points sur sa challenger à une avance de six voire sept points.

Ensuite tout dépendra comment le front populiste qui totalise actuellement près de 40 % du corps électoral français – ce qui est considérable – se répartira au second tour. Selon les premières études quatre électeurs d’Éric Zemmour sur cinq voteraient sans état d’âme pour Marine Le Pen au second tour. Comme Éric Ciotti a revendiqué haut et fort sa sympathie pour Éric Zemmour et son combat, il est probable qu’une partie des sympathisants du député des Alpes-Maritimes se joignent aussi au front populiste.

 

L’économie va revenir sur le devant de la scène électorale

 

Pour l’heure les différents sondages pour le second tour donnent un étiage de 54-55 % pour Emmanuel Macron au cas où il devrait affronter Marine Le Pen au second tour. Mais toute la présidentielle ne se limite pas – heureusement – aux comptes d’apothicaires des sondeurs, dont on connait limite. La gestion de la cinquième vague de la crise sanitaire, avec l’arrivée en France du variant sud-africain Omicron, sera déterminante, de même que la poursuite de la reprise économique dans un contexte marqué par le retour de l’inflation.

Les Français sont soucieux de la croissance et de l'emploi. À ce titre, Odoxa a réalisé un sondage pour savoir si l'élection de tel ou tel candidat à la présidentielle 2022 serait une bonne nouvelle ou pas pour ces deux facteurs. Sur ce point, c'est Emmanuel Macron qui s'en sort le moins mal. 41% des personnes interrogées considèrent que son élection serait une bonne nouvelle pour la croissance et l'emploi. Le Président devance de dix points Valérie Pécresse (31%) qui affiche le même score que Marine Le Pen. En bas du classement, on retrouve Éric Zemmour, dont 20% pensent que son élection pourrait être une bonne nouvelle pour la croissance et l'emploi. Le désormais candidat devance la socialiste Anne Hidalgo (19%) et l'écologiste Yannick Jadot (18%).

 

L’OCDE prudente à cause du variant

 

Pour sa part la cheffe économiste de l'OCDE, Laurence Boone, craint que le variant Omicron ajoute davantage d'incertitude à celle déjà à l'œuvre. Le variant Omicron pourrait représenter une menace pour la reprise économique mondiale, a averti l'économiste en chef de l'OCDE mercredi, au moment où cette nouvelle souche potentiellement plus contagieuse et létale du coronavirus se répand à travers le monde.

L'OCDE a par ailleurs exhorté les États à accélérer le rythme dans la distribution des vaccins afin d'enrayer la pandémie. La priorité, demeure de s'assurer que les vaccins sont produits et distribués le plus rapidement possible à travers le monde, y compris les doses de rappel", a exhorté l’OCDE dans les conclusions de ses perspectives intermédiaires publiées mercredi. La reprise restera précaire partout tant que cet objectif ne sera pas atteint, a-t-elle ajouté.

 

Révision en baisse de la croissance

 

Bien qu'elles ne prennent pas en considération les derniers développements autour du variant Omicron dont la gravité sur la santé est encore incertaine, les prévisions de croissance mondiale de l'OCDE ont été revues en légère baisse de 0,1 point à 5,6%, en comparaison avec les précédentes prévisions de septembre. L'activité l'an prochain serait en revanche inchangée, à 4,5%.

D'après les analystes d'Oxford Economics, ce nouveau variant pourrait coûter entre 0,25 point de pourcentage à la croissance mondiale l'an prochain, s'il s'avère relativement inoffensif, et plus de 2 points, si une large partie de la population mondiale devait à nouveau se confiner. Dans le sillage de la reprise économique cette année, des déséquilibres frappants sont apparus, souligne l'organisation internationale basée à Paris, entre pays développés d'un côté et pays émergents et en développement de l'autre.

 

Forte baisse des prévisions pour les États-Unis

 

Ces écarts sont le reflet, selon l'institution, des inégalités dans les systèmes de santé, les politiques publiques, les pénuries de travailleurs dans certains secteurs, et une inflation plus durable qu'anticipé. Pour la zone euro, l'OCDE prévoit un léger recul de sa prévision de croissance 2021 à 5,2%. Elle table en revanche sur une amélioration pour la France avec un PIB en progression de 6,8% cette année et 4,2% l'an prochain.

L'Allemagne subit de son côté des pénuries de matériaux clés pour son industrie et voit sa prévision reculer de 0,5 point l'an prochain à 4,1% mais se stabiliser à 2,9% cette année. Du côté des États-Unis, après avoir nettement revu en baisse la perspective américaine en septembre, l'OCDE a de nouveau abaissé ses attentes, cette fois à 5,6% cette année et 3,7% l'an prochain.

 

Inflation structurelle ou conjoncturelle

 

Sur l'inflation, autre grande crainte du moment, l'OCDE prévoit que les indices de prix devraient connaître un pic d'ici la fin du premier trimestre prochain dans la majorité des pays avancés et émergents, avant de reculer graduellement. C’est aussi la vision de la plupart des économistes et celle des banques centrales. De notre point de vue il s’agit d’un point de vue assez optimiste. Si les pénuries de matières premières et de main d’œuvre tiennent une large part dans cette reprise de l’inflation, elles ne suffisent pas à l’expliquer totalement.

Si l’on prend le cas de la France, la poursuite de la hausse des prix des logement (à louer ou à acheter) et la hausse des prix alimentaires liée à l’envolée du prix de la farine de blé est importante. A cela s’ajoute la forte hausse des coûts de l’énergie quels qu’ils soient et de façon induite des prix des transports (essence, péage, réparations automobiles, train…). D’où des effets très importants et immédiats sur le pouvoir d’achat des ménages, notamment dans les territoires où les transports en commun sont inexistants.

 

La transition écologique a un coût élevé à long terme

 

Il faut bien mesurer que la Transition écologique va avoir un coût pour tous ceux qui la mettront en œuvre. Qu’il s’agisse des entreprises, des constructeurs d’infrastructures, des constructeurs de logements ou des "chasseurs" de passoires thermiques. Mais aussi des agriculteurs qui enregistrent déjà des rendements moins élevés sans l’utilisation de pesticide et autres produits phytosanitaires. Si le prix du blé augmente fortement, ce n’est pas en raison d’une sécheresse ou d’une catastrophe naturelle, mais uniquement d’une production insuffisante. Et c’est sans compter la diminution constante de la superficie des terres arables.

A cela s’ajoute la hausse structurelle des prix de l’énergie. Quand l’éolien ou le photovoltaïque produit une électricité quatre fois plus chère que celle qui sort de nos 56 réacteurs nucléaires, la montée en puissance de ces énergies renouvelables va obliger le gouvernement à revoir le mode de calcul de l’électricité délivrée aux ménages.

 

Le coût pour l’État du plafonnement des prix de l’électricité

 

Pour l’heure le gouvernement a pris des mesures d’urgence pour éviter une envolée des prix de l’énergie pour les ménages. En croyant là aussi que ce mouvement n’était que conjoncturel. Fin septembre, le Premier ministre avait annoncé un bouclier tarifaire sur l'énergie avec notamment une limitation à 4% de l'augmentation des tarifs réglementés de l'électricité l'an prochain. Cette mesure, annoncée à l'approche d'une année électorale et en plein regain d'inquiétude sur le pouvoir d'achat, doit protéger les Français de la flambée des cours de l'électricité sur les marchés.

Le problème, c’est que le coût pour les finances publiques risque de s'alourdir considérablement par rapport à ce qui était initialement prévu, ce qui n'a pas empêché le gouvernement de confirmer la mesure vendredi. Le gouvernement pensait initialement débourser 4 milliards d'euros pour cette promesse puis avait prévu 5,9 milliards dans la nouvelle version du budget 2022 présenté mi-octobre. Aujourd'hui, ni Bercy ni le ministère de la Transition écologique ne s'avancent à chiffrer cette mesure. Mais selon la plupart des experts, l’addition pour l’état s’élèvera à plus de 10 milliards d’euros. Car la prévision 2022 pour le tarif réglementé de vente ne cesse de s'envoler. Le gouvernement pensait que ce tarif aurait dû prendre 12% en février prochain mais les experts parlent désormais d'une augmentation de près de 25%.

 

Reconstitution du cercle vicieux "prix – salaires"

 

Enfin les gouvernements et les industriels ont souhaité mettre en place une tarification du carbone pour financer cette transition écologique. Cela a été l’un des rares points d’unanimité de la COP26. Mais le problème, c’est que les prix du carbone s’envolent dans le sillage de la demande d’électricité qui oblige à faire fonctionner des centrales thermiques ou à cause de la demande des cimenteries qui voient leur activité repartir de l’avant.

Si l’on ajoute à cela les effets invisibles de la création monétaire effectuée des deux côtés de l’Atlantique depuis deux ans, et le cercle vicieux qui se reconstitue – comme il y a cinquante ans – avec la hausse des salaires liée à la pénurie de main d’œuvre, on voit mal comment l’inflation pourrait s’évanouir tout d’un coup à la fin du second semestre 2022 comme le prévoient les banquiers centraux. Et c’est normal. Les contraintes environnementales nous obligent à inventer un monde différent. Tout cela a un coût qui ne peut pas être supporté uniquement par la sphère publique.

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