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Macron siphonne la Droite
par Yves de Kerdrel

En l’espace de quelques jours et selon les différents sondages publiés, le Chef de l’État a gagné entre 6 et 8 points par rapport à son score, avant l’officialisation de sa candidature. Ce bond qui s’est fait au détriment de Yannick Jadot et de Valérie Pécresse l’a incité à "cranter" son positionnement très libéral en parlant d’une retraite à 65 ans. De fait la candidate des Républicains est dans une situation fragile. D’autant plus que Marine Le Pen est susceptible d’accéder au second tour.

13/03/2022 - 06:30 Temps Lecture 18 mn.

 

Emmanuel Macron a eu beau n'avoir consacré, au cours de la semaine passée, que quelques heures à sa propre campagne électorale, notamment à l’occasion d’un déplacement à Poissy – dont le maire divers droite aimerait bien devenir ministre des Sports – les sondages n’ont pas cessé d’être favorables pour lui. Désormais son score du premier tour oscillerait entre 31 et 33 %. Ce qui est presque du jamais vu – en tout cas depuis quelques décennies – à l’issue d’un premier mandat de président de la République.

Face à lui Marine Le Pen voit son score s’établir, pour le moment, entre 16 et 18 %. Ce qui commence à faire d’elle la candidate la plus susceptible d’accéder au second tour face à Emmanuel Macron. Ensuite les scores d’Éric Zemmour, de Valérie Pécresse et de Jean-Luc Mélenchon varient entre 11 et 13,5 %. Yannick Jadot, en revanche a vu son score s’éroder ces derniers jours, à l’instar de Valérie Pécresse. Ce sont les deux candidats qui ont le plus souffert de l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron.

 

Les inconnues qui pèsent sur les deux scrutins d’avril

 

Cette situation peut encore évoluer. D’abord parce que tous les camps redoutent une forte abstention politique. D’autant que selon les zones de vacances scolaires de Pâques, le premier comme le second tour risquent d’être parasités par ces transhumances printanières. De fait seulement 57 % des Français – selon un sondage Elabe – se disent certains d’aller voter le 10 avril prochain. Le deuxième aléa qui pèse sur les chiffres donnés par les sondages tient à la sûreté du choix. Plus d’un tiers des Français déclarent ne pas avoir encore fait leur choix. Alors que cette élection se tient désormais dans moins d’un mois.

Il reste que pour The Economist, dont nous avons déjà mentionné ici l’indicateur constitué d’un calcul de probabilités fait à partir de tous les sondages publiés, le jeu est bel et bien plié. Puisque vendredi soir Emmanuel Macron bénéficiait de 96 chances sur 100 de gagner la présidentielle, contre 3 chances pour Marine Le Pen et une chance sur 100 pour Valérie Pécresse. Quant à la configuration du second tour, elle devrait être, à raison de 71 chances sur 100 un match Macron-Le Pen.

 

Macron rattrapé par la Commission de contrôle de la campagne

 

Bien sûr les attaques se multiplient contre le Président de la République sur la confusion des genres entre son rôle de Chef de l’État et celui de candidat. Par exemple lundi dernier, c’est depuis son quartier général de campagne qu’il a fait une déclaration sur l’Ukraine. Deux jours plus tard, c’est le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui confirmait une information des Échos assurant que le candidat Macron inscrira dans son programme la retraite à 65 ans (comme Valérie Pécresse).

Si bien que la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale qui a pour mission de veiller au bon déroulement de la campagne a indiqué, vendredi dans un communiqué de presse, avoir fait part au mandataire du candidat Emmanuel Macron de ses observations sur la diffusion sur le compte Twitter @EmmanuelMacron de sa déclaration de candidature sous la forme d’une Lettre aux Français. Elle a notamment observé qu’un tel message se rattachait à la propagande électorale et que, compte tenu des caractéristiques de l’utilisation de ce compte Twitter, utilisé de longue date et de façon prépondérante pour relayer des messages afférents à l’exercice de ses fonctions de président de la République, il était préférable de ne pas utiliser ce compte pour y diffuser de tels messages.

 

Une émission inédite demain sur TF1

 

Par ailleurs même si, pour six électeurs sur dix (source Elabe), la crise ukrainienne n’aura pas d’impact sur leur choix, il est évident qu’Emmanuel Macron n’est pas un candidat comme un autre. C’est pour cette raison qu’il a obtenu qu’il n’y ait pas de débat d’avant premier tour. En revanche TF1 diffusera demain soir une émission à laquelle participeront les huit principaux candidats. Outre le président sortant, les autres présents seront Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Fabien Roussel et Éric Zemmour.

Programmée à 20h20, cette émission devrait s’achever aux alentours de 23h00. Elle est intitulée La France face à la guerre car le conflit en Ukraine et ses conséquences sur la France seront au centre des questionnements. L’émission se déroulera en trois phases lors desquelles les candidats interviendront individuellement, les uns après les autres. D’abord, une "profession de foi" d’une minute chacun, puis des interviews individuelles d’un quart d’heure environ. Enfin, les candidats auront à tour de rôle un "droit de réponse" de deux minutes leur permettant de revenir sur certains des points abordés auparavant. Par ailleurs ils ne pourront pas se croiser entre leur loge et le studio.

 

Pécresse reprend du poil de la bête

 

Du côté de Valérie Pécresse, qui a affronté Éric Zemmour lors d’un débat difficile à suivre jeudi soir, mais dont elle s’est plutôt bien sortie, on ne perd pas espoir de combler l’écart qui la sépare de Marine Le Pen d’ici le premier tour. Elle va multiplier les interventions, notamment la semaine prochaine devant l’Association des Maires de France, et les prestations audiovisuelles notamment avec la publication de son livre programme, ainsi que les meetings en province. Par ailleurs ses équipes préparent un grand rassemblement de fin de campagne, sans doute pour le week-end du 2-3 avril en région parisienne.

Si elle mentionne de plus en plus le nom et les mesures prises par Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier était président, il n’est toujours pas question pour l’ancien Président de la soutenir publiquement. Il n’est pas non plus question pour lui de prendre position pour Emmanuel Macron, même s’ils se parlent régulièrement, à propos de crise ukrainienne. L’ancien chef de l’État n’a qu’une seule préoccupation à son agenda : ce sont ses prochaines échéances judiciaires. C’est la raison pour laquelle il ne souhaite pas retourner d’une façon ou d’une autre dans l’arène politique.

 

Un sommet de Versailles pour la posture

 

Du côté de l’Ukraine, la résistance des combattants nationaux parvient à retarder l’avancée des blindés russes. Même s’ils sont maintenant non loin des faubourgs nord de Kiev. Le sommet de Versailles organisé jeudi soir et vendredi matin par Emmanuel Macron avec les chefs d’États européens a entériné le doublement de l’enveloppe de 500 millions d’euros pour livrer du matériel militaire à l’Ukraine. Le Président français semble aussi miser sur la négociation entre Russes et ukrainiens, dont Vladimir Poutine a salué les avancées.

Les Européens ont également annoncé un nouveau paquet de sanctions. Mais celles-ci restent contraintes par la forte dépendance du Vieux Continent aux exportations russes, notamment celles du gaz. Les 27 chefs d’État ont également évoqué l’inflation qui devrait s’accélérer avec la guerre en Ukraine. Par ailleurs Emmanuel Macron a rappelé que l’Europe et l’Afrique seront très profondément déstabilisées sur le plan alimentaire, évoquant un risque de "famine".

 

État d’alerte maximum à Balard sur le cyber

 

À Balard, les militaires qui sont en alerte maximum sur le plan cyber, échafaudent toutes les hypothèses possibles en fonction des données transmises en temps réel par les satellites de renseignement et par les services secrets. Bien sûr la France entend bien rester en dehors de ce conflit, mais il y a un point qui tracasse les chefs d’état-major, c’est la possible utilisation par Vladimir Poutine de l’arme nucléaire tactique.

La Russie a hérité de l’ancienne Union Soviétique un armement nucléaire stratégique plutôt que tactique, basé sur un arsenal balistique, qu’elle a renforcé par des armes supersoniques. Mais elle a fait évoluer sa doctrine ces dernières armées en développant des armes nucléaires tactiques susceptibles d’être utilisées sur des terrains conventionnels.

 

La Russie prête à utiliser l’arme nucléaire tactique

 

 

Dans ce contexte, comment interpréter l’annonce par Vladimir Poutine le 27 février 2022 d’élever le niveau d’alerte des forces nucléaires russes ? Le problème stratégique pour le Président russe est clair : il est engagé dans une course contre la montre pour remporter le plus rapidement possible une guerre qui est impopulaire en Russie. Mais nos généraux excluent le recours aux armes nucléaires stratégiques. De fait il s’agirait soit d’une mise à jour de la "stratégie du fou" tentée par Nixon lors des négociations avec le Nord Vietnam en 1969.

La "stratégie du fou" consiste à laisser croire à l’adversaire que l’on n’est pas rationnel, et que l’on est prêt à renverser la table, quoi qu’il en coûte. L’autre hypothèse de nos stratèges repose sur l’emploi de l’arme nucléaire tactique sur le champ de bataille en espérant une capitulation rapide de Kiev. Cette dernière hypothèse pose la question du moment et de la façon dont l’Occident pourra identifier une porte de sortie pour la Russie.

 

La BCE plutôt optimiste sur la croissance dans la zone euro

 

Au chapitre économique, la Banque centrale européenne a revu à la hausse jeudi ses prévisions d'inflation et a abaissé ses prévisions de croissance 2022 pour prendre en compte l'impact de la guerre en Ukraine sur l'activité économique et sur les prix. Elle table désormais sur une inflation de 5,1 % cette année dans la zone euro, contre 3,2 % prévu en décembre.

La prévision pour 2023 est portée à 2,1 % contre 1,8 % et celle pour 2024 à 1,9 % contre 1,8 %. L'inflation pourrait être considérablement plus élevée à court terme, a précisé la présidente de la BCE, Christine Lagarde, lors d'une conférence de presse. Le produit intérieur brut des 19 pays ayant adopté la monnaie unique devrait parallèlement croître de 3,7 % cette année, contre 4,2 % prévu il y a trois mois. La prévision de croissance pour 2023 a été ramenée à 2,8 % contre 2,9 % et celle pour 2024 est maintenue à 1,6 %.

 

Villeroy reconnaît qu’il y aura plus d’inflation

 

Le choc économique négatif que représente la guerre en Ukraine, qui affectera davantage la Russie, va cependant se traduire en Europe par plus d'inflation, moins de croissance et surtout beaucoup plus d'incertitudes, a déclaré vendredi François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, sur BFM Business.

Pour autant, dans tous les scénarios la croissance reste positive en Europe et l'inflation, après un sommet en 2022, devrait revenir autour de 2 % d'ici 2024, soit au niveau de l'objectif de la Banque centrale européenne, a ajouté François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la BCE. L’institution de Francfort a annoncé jeudi son intention de mettre fin au troisième trimestre à ses achats d'obligations, donnant un coup d'accélérateur inattendu au retrait de ses soutiens exceptionnels à l'économie face à l'envolée des prix dans la zone euro, qui l'emporte pour elle sur les risques liés à la guerre en Ukraine.

 

La Banque de France publiera exceptionnellement demain deux scénarios

 

Hier matin sur France Inter François Villeroy de Galhau est revenu sur les décisions de la BCE et sur les sanctions mises en place dès le début de l'agression de l'Ukraine. Il a ainsi affirmé : "je crois que ce qu'a fait la BCE, fait partie de la confiance. Pourquoi ? La différence avec le choc Covid, c'est que ce dernier se traduisait par moins d'inflation. Ce choc-ci est moins violent sur la croissance - j'y insiste - mais il se traduit par plus d'inflation à cause de la montée des prix de l'énergie. Et donc qu'est-ce que nous avons dit à la BCE jeudi ? C'est que nous allions, parmi nos diverses mesures, prendre une décision et une seule : c'est de lever le pied de l'accélérateur. L'accélérateur, c'était que nous continuions à acheter plus de titres de dettes. C’est une mesure exceptionnelle qui datait de l’époque où il n’y avait pas assez d’inflation : c'est de l'accélérateur à l'inflation. Continuer aujourd'hui à appuyer sur cette pédale n'aurait pas de sens. Mais je voudrais insister sur une chose : si nous allons lever progressivement le pied de l'accélérateur, c'est justement pour éviter d'avoir ensuite à appuyer brutalement sur le frein."

Il a également commenté la situation née de ce conflit sur le sol européen en déclarant : "Pour la deuxième fois, comme dans la crise Covid, il y a des valeurs plus importantes que l'économie qui s'imposent à l'économie. C’était pour sauver des vies il y a deux ans et cette fois-ci, c'est un combat juste, je crois, pour la liberté et j'espère pour la paix. L'arme des sanctions économiques, c'est l’arme de l'Europe et de l'Alliance atlantique. Elle comporte effectivement une mesure très forte qui n'était peut-être pas attendue côté russe, c’est le gel des réserves de change de la Banque centrale de Russie pour la partie qui était dans le système financier occidental."

Et de conclure par ces mots : "C'est vrai que nous avions un scénario assez favorable avant l’invasion de l'Ukraine : il y avait une croissance plus forte que prévu parce que les effets d'Omicron étaient beaucoup plus limités ; et il y avait une bosse d'inflation, certes, que les Français ressentent, mais qui était destinée à se dissiper petit à petit. Qu'est-ce que signifie le choc que nous vivons ? C'est un choc négatif clairement. C’est plus d'inflation à cause du prix de l'énergie. C'est moins de croissance et c'est surtout beaucoup plus d'incertitudes. Pour essayer d'abord de réduire ces incertitudes, nous avons, avec la Banque centrale européenne, publié jeudi trois scénarios assez différents, notamment sur les prix du pétrole et du gaz. Et puis nous allons publier exceptionnellement pour la France lundi matin deux scénarios - c'est rare que nous le fassions : un scénario modéré et un scénario dégradé." Bel exercice de transparence que la communauté financière suivra attentivement demain.

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