WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Le pouvoir à l’état gazeux
par Yves de Kerdrel

Deux semaines après une réélection magistrale, le Président de la République qui annonçait vouloir « inventer quelque chose de nouveau » pour son second mandat n’a toujours pas trouvé de Premier Ministre. Il a humilié Édouard Philippe et François Bayrou. Et à force de ne pas occuper le terrain, il a laissé tout l’espace médiatique à Jean-Luc Mélenchon qui apparaît comme le grand vainqueur de la séquence politique.

08/05/2022 - 06:30 Temps Lecture 13 mn.

 

C’est une chose de garder le pouvoir. Encore faut-il savoir ce que l’on en fait. Il semble qu’à ce jour, Emmanuel Macron n’a toujours pas trouvé la réponse à cette question, tout occupé qu’il était à régler le détail des investitures aux prochaines élections législatives, de manière à laisser le moins de place possible à ses deux principaux alliés que sont François Bayrou et Édouard Philippe. Imagine-t-on le Général de Gaulle ou François Mitterrand passer au peigne fin la carte électorale de manière à obtenir le meilleur score possible aux élections législatives ?

Si bien que deux semaines après sa très belle réélection pour un second mandat, le Chef de l’État n’a toujours pas trouvé la personne idéale pour occuper le magnifique Hôtel de Matignon, doté du plus grand jardin privé de tout Paris. Après avoir essuyé le refus de Véronique Bédague et de Valérie Rabault – deux femmes de caractère – il cherche toujours une femme ayant une fibre sociale et environnementale, mais à l’aise avec des réformes libérales et une politique de l’offre. Surtout il faut que l’impétrante soit transparente comme Jean Castex l’a été pendant deux ans, permettant à l’Élysée de concentrer tout le pouvoir en liaison avec Nicolas Revel, le directeur de cabinet du Premier Ministre.

 

Maltraitance à l’égard d’Édouard Philippe

 

Il reste encore une semaine à l’Élysée pour dénicher la perle rare, dans la mesure où selon Gabriel Attal, Jean Castex – qui ne veut pas "redoubler", mais préfère devenir ministre de l’Éducation nationale – a prévu de démissionner vendredi prochain au plus tard. Il reste toujours l’hypothèse Elisabeth Borne dont on ne parle plus alors qu’elle répond aux trois critères que le Chef de l’État à rendus publics. De surcroît en tant qu’actuelle ministre du travail elle a la relation avec les leaders syndicaux. Ce qui sera nécessaire lors de la réforme des retraites.

Il reste que le Premier Ministre qui sera choisi, le sera pour la période allant jusqu’au 19 juin date du second tour des élections législatives. Emmanuel Macron veut se garder la possibilité d’ajuster son dispositif gouvernemental en fonction de la majorité parlementaire dont il disposera avec ses deux composantes associées dans la confédération Ensemble : Horizons et le Modem. Les tractations ont été très dures tant avec Édouard Philippe qu’avec François Bayrou. Si bien qu’Horizons qui visait une centaine d’investitures n’en a eu droit qu’à 58. Curieusement c’est le nombre de parlementaires qu’il faut pour déposer une motion de censure…

 

Les socialistes ont franchi le Rubicon

 

Depuis le second tour, si l’Élysée n’envoie ni son ni image - avec de surcroît un directeur de la communication sur le point de retourner chez Publicis Consultants, d’où il vient – il y en a un qui ne se prive pas d’occuper le terrain médiatique. C’est Jean-Luc Mélenchon et son parti, La France Insoumise qui a réussi à agréger sous le vocable d’Union Populaire, Europe-Écologie-Les-Verts, le Parti Communiste et le Parti Socialiste. Il y a une semaine, on pouvait encore espérer que le Parti de François Mitterrand qui a fait le virage de la rigueur en 1983 puis celui de la Politique de l’offre en 2016 ne franchisse pas le Rubicon.

Raté. De pures préoccupations financières et électoralistes ont fini par pousser Olivier Faure dans le filet des Insoumis. Une manœuvre qui a pris du temps, pas tant en raison du nombre de circonscriptions réservées aux socialistes. Mais à cause de la charte de la France Insoumise qui prévoit une désobéissance au cas par cas aux traités européens. Non seulement ce qu’a été le Parti Socialiste de Michel Rocard a décidé de tourner le dos au primat de l’économie de marché, mais le voilà marqué au fer rouge d’un possible tournant antieuropéen. Ce qui va laisser des séquelles durables.

 

Un dernier clou sur le cercueil du PS

 

Ce que nous qualifions la semaine passée de "Bad Godesberg à l’envers" va finir de recomposer le paysage politique. Le score d’Anne Hidalgo à l’élection présidentielle avait pointé du doigt le peu de crédibilité du Parti Socialiste. Mais désormais il faut s’attendre à ce que cette petite "boutique" politique connaisse une scission à l’initiative des ex-éléphants qu’Olivier Faure a relégués au "magasin des accessoires". Déjà l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve, avocat chez August & Debouzy, a déchiré sa carte d’adhérent.

Et il faut s’attendre à ce que François Hollande prenne une initiative afin de reconstruire un nouveau Parti Socialiste. Curieux retour de l’histoire pour celui qui a été pendant onze années Premier Secrétaire du parti de Pierre Mendès-France. Et qui l’avait si mal dirigé que ses camarades disaient qu’on lui avait confié "le Parti Socialiste du Congrès d’Épinay et qu’il l’avait laissé à l’état de SFIO" avec autant de motions que "d’éléphants."

 

En attendant le résultat des législatives

 

Désormais toute la question va être de savoir si les Français vont effectivement être attirés par ce rassemblement populaire construit pour faire de Jean-Luc Mélenchon "un premier ministre". Si les premiers sondages et les simulations des instituts de sondage faits à partir des votes à l’élection présidentielle laissent envisager qu’Emmanuel Macron disposera d’une majorité présidentielle. Il existe tout de même le risque que l’alliance de circonstances entre les députés Rassemblement National et ceux élus sous l’étiquette NUPES puissent empêcher le vote de textes majeurs.

On se souvient qu’en 2007, Jean-Louis Borloo, nommé ministre de l’Économie en mai par Nicolas Sarkozy avait fait une grosse gaffe sur la TVA. Ce qui avait coûté une cinquantaine de sièges à la majorité parlementaire souhaitée par Sarkozy pour gouverner. De fait Jean-Louis Borloo avait été remplacer Alain Juppé (battu à Bordeaux) au ministère de l’Environnement, laissant la place à Christine Lagarde, après que le portefeuille eut été proposé le soir des législatives à Henri de Castries. Voilà de quoi refroidir les ardeurs de ceux qui conseillent à Emmanuel Macron de prendre justement Jean-Louis Borloo comme Premier Ministre.

 

Un capital-confiance limité pour Macron

 

Il reste que le Chef de l’État a intérêt à sortir très vite de l’ambiguïté et à faire en sorte que le pouvoir quitte son état "gazeux" actuel. La France commence en effet à devenir une sorte de Belgique qui s’habitue à ne plus avoir de gouvernement, à avoir des conseils des ministres dont l’ordre du jour est vide, à voir les syndicats condamnés au silence, le Medef inexistant, et les dossiers chauds attendre désespérément que quelqu’un soit nommé pour y apporter une solution.

Ce climat pèse sur l’appréciation que les Français portent sur le locataire de l’Élysée. Seulement 34 % des Français interrogés par Elabe pour Les Échos et Radio Classique lui accordent leur confiance afin d’affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays. Emmanuel Macron débute son mandat avec la confiance la plus faible de tous les présidents depuis 1995. Il enregistre une baisse de 11 points par rapport au premier mois de son premier mandat, en mai 2017. Jacques Chirac bénéficiait en 1995 de la confiance de 61 % des Français, Nicolas Sarkozy de 59 % d’entre eux et François Hollande de 58 %.

 

L’Europe brûle, et la France regarde ailleurs

 

Par ailleurs, en dehors d’une nouvelle conversation téléphonique avec Vladimir Poutine qui n’a rien donné, celui qui est encore pour 50 jours le Président en titre de l’Union Européenne est bien absent de ce qui se passe de dramatique en Ukraine. Il est l’une des rares personnalités internationales à ne pas s’être rendue à Kiev. Alors que François Mitterrand était allé à Sarajevo dans des conditions bien plus difficiles, et Nicolas Sarkozy en Géorgie, alors que les chars russes s’approchaient de la capitale.

Pendant ce temps les deux principaux secrétaires d’État américains se font photographier dans le bunker du Président Zelensky. Et les armes d’origine américaine arrivent par un "pont aérien" sur les aéroports ukrainiens encore en état de marche. Tout donne l’impression qu’à force de craindre d’être accusés de cobelligérance, les dirigeants Français préfèrent s’abstenir d’énerver l’Ours russe. Heureusement nos chefs militaires sont plus lucides. Comme en témoigne ce message du patron des Armées, le Général Thierry Burkhard, à tous les Français engagés sous le drapeau : "77 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, deux armées s’affrontent avec toute la puissance de leurs capacités : avions, chars, navires, missiles, artillerie, cyber… La nouveauté de la situation tient à la proximité géographique : des missiles russes frappent régulièrement l’ouest de l’Ukraine, à moins de 1 500 km de Paris. La guerre est là, plus proche que nous ne l’avons jamais connue."

 

Vers une hausse des taux de la BCE en juillet

 

Cette guerre avec ses conséquences énergétiques, industrielles et financières pourrait bien plonger l’Europe dans la récession si elle dure et si un embargo total sur le gaz et le pétrole russe est enfin décrété. Dans ces conditions, l’Europe prendrait le chemin de la stagflation. Pour preuve : l'inflation dans la zone euro s'est encore accélérée en avril pour atteindre un niveau record avec l'envolée continue des prix de l'énergie et des produits alimentaires. L'indice des prix à la consommation calculé aux normes européennes affiche une hausse de 7,5 % sur un an.

C’est ce qui a amené François Villeroy de Galhau, le Gouverneur de la Banque de France à estimer que la Banque centrale européenne devrait ramener son taux de dépôt en territoire positif cette année. Ce qui sous-entend que notre grand argentier est favorable à au moins trois hausses de taux en 2022. La BCE a déjà entamé la réduction de son soutien exceptionnel à l’économie mais le niveau record de l’indice des prix à la consommation et la remontée des anticipations d’inflation à long terme incitent de plus en plus de membres de la BCE à préconiser une hausse de taux en juillet. Ce qui a soulevé peu d’opposition de la part des "colombes" de l’institution, suggérant ainsi qu’une augmentation de taux cet été était désormais l’option la plus probable.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Flottement à tous les étages

01/05/2022 - 06:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Pour Macron « les ennuis commencent » ce soir

24/04/2022 - 06:30

Les chroniques de la semaine
Les chroniques
de la semaine

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Inde : une visite pour renforcer les liens

07/05/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Eurasie : toujours au centre du monde

30/04/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Ligne Durand : une frontière pour le Pakistan

23/04/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Sri Lanka : le pays failli

16/04/2022 - 08:30

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Ukraine : après la guerre, la paix ?

09/04/2022 - 08:30

Chronique / Yves de Kerdrel

Chronique / L’excellent plaidoyer de Jean-Pierre Clamadieu pour l’industrie

08/04/2022 - 10:00

Chronique / Jean-Baptiste Noé

Chronique / Gaz : la guerre des monnaies

02/04/2022 - 09:30