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éditorial / Yves de Kerdrel

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Le gouvernement Borne dans le « Pot-au-noir »
par Yves de Kerdrel

Comme prévu le nouveau gouvernement s’est attaqué à des mesures en faveur du pouvoir d’achat, mais qui devront être votées par la nouvelle assemblée en loi de finances rectificative. En attendant le gouvernement, qui peine à séduire l’opinion, semble d’autant plus englué dans le brouillard, qu’il repousse, sans le dire, le projet de réforme des retraites, qu’Emmanuel Macron voulait réaliser en urgence.

29/05/2022 - 06:30 Temps Lecture 12 mn.

 

Pour les marins aguerris le "Pot-au-noir" est une zone qui se situe entre les deux tropiques et qui se caractérise à la fois par des orages très violents dus à la rencontre des alizés et à des brouillards épais sur une mer d’huile qui empêchent les bateaux d’avancer. Dans le langage commun cette expression est devenue synonyme de "piège". En anglais ancien, les marins qui se rendaient notamment à Sainte Hélène appelaient cela le "doldrum", c’est-à-dire une forme de déprime.

Il faut dire qu’à peine nommé le gouvernement Borne est déjà sinon impopulaire, du moins peu convaincant. Puisque 65 % des Français estiment qu’il ne leur donne pas confiance dans la politique que mènera Emmanuel Macron, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro publié jeudi dernier. Seulement 51 % des Français se disent satisfaits des premiers pas d’Élisabeth Borne à Matignon alors que la semaine précédente, ils étaient 57 % à saluer sa nomination. Par ailleurs plus de six Français sur dix estiment que ce gouvernement n’est pas composé de ministres solides et compétents et qu’il n’est pas bien constitué pour répondre aux enjeux économiques et sociaux qui se posent au pays. Si bien que 56 % de nos concitoyens ne pensent pas que ce gouvernement mérite de disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale pour mener à bien ses projets. "Fin de chargeur… !" comme disent les militaires.

 

Un gouvernement sans marge de manœuvre

 

Il faut dire que la première semaine de ce premier gouvernement de l’ère Macron II a été marquée par la sordide et très glauque affaire Abad. L’ex-député de l’Ain, et seule prise d’Emmanuel Macron chez les Républicains, reste protégé par sa présomption d’innocence, et n’a donc pas eu à démissionner. D’autant que la justice n’a pas considéré qu’il y avait matière à ouvrir une nouvelle information judiciaire. Cela lui accorde un léger répit… jusqu’aux législatives. Mais si son dossier vient s’alourdir d’ici là, le Président de la République n’hésitera pas à s’en séparer après le 19 juin. Ce qui est regrettable, c’est que pour lui faire une place au Gouvernement, le Chef de l’État a été contraint de renvoyer dans ses foyers Sophie Cluzel, qui avait pourtant fait pendant cinq ans un travail remarquable.

Les ministres sont désormais tous aux manettes avec des directeurs de cabinet solides, qui leur ont été imposés par l’Élysée, comme c’est devenu la règle avec Emmanuel Macron. C’est ainsi que le ministre de l’Éducation Nationale – pourtant présenté comme un anti-Blanquer – se voit chaperonné par un très proche de son prédécesseur. Point positif pour les acteurs économiques, Bruno Le Maire, conforté à Bercy, a conservé l’intégralité de con cabinet qui n’a pas démérité dans la crise sanitaire, puis dans la mise en place des sanctions liées à la guerre menée par la Russie en Ukraine.

 

Bruno Le Maire peine à convaincre sur la hausse des salaires

 

Le premier Conseil des Ministres a, comme nous l’avions annoncé, donné la priorité aux mesures en faveur du pouvoir d’achat. Mais la plupart d’entre elles ne pourront être mises en place que par le vote d’une loi de finances rectificative. Ce qui nécessite d’attendre l’élection d’une nouvelle assemblée, et la composition d’une nouvelle Commission des Finances. Ces mesures dont le coût est estimé à 10 milliards d’euros – dans un premier temps – mais qui pourraient passer à 15 milliards sont critiquées par certains économistes dans la mesure où elles ne sont adossées à aucune production de richesse supplémentaire dans le Pays.

La semaine passée nous avions expliqué pourquoi nous pensions que le niveau record atteint par les taux de marge de certains secteurs d’activité justifiait des hausses significatives de salaires afin d’éviter la création de cohortes de "working poors". C’est le message qu’a repris Bruno Le Maire en rencontrant d’emblée les organisations patronales. Naturellement ses propos n’ont pas suscité un grand enthousiasme. Pas plus que ceux concernant la généralisation de la Prime Macron, qui fait partie des mesures annoncées lors de la campagne. Les représentants des PME alertent sur les difficultés de trésorerie de nombreuses entreprises. Il est vrai que leur besoin en fonds de roulement s’est alourdi du fait des difficultés d’approvisionnement… ou de livraison.

 

Vers une fausse réforme des retraites ?

 

Quant à Olivier Dussopt, le Ministre du Travail, il a lui aussi commencé des consultations sur la question de la réforme des retraites. Bien sûr il a eu droit à un "niet" sans grande surprise de la plupart des centrales syndicales, à commencer par la CFDT. Si bien que l’ex-ministre du budget, qui connaît pourtant bien la situation déficitaire des régimes de retraite, a laissé filtrer dans la presse que cette réforme n’était pas urgente, et qu’elle pouvait attendre le début 2023.

Mais le plus inquiétant, c’est que la réforme Touraine de 2015, va amener l’âge des droits à taux plein à 64 ans en 2027, c’est-à-dire à la fin du nouveau quinquennat. Dans ces conditions, même à l’Élysée on ne voit pas de raison pour mettre les Français dans la rue dès la rentrée de septembre. Et pourtant le COR a rappelé que cela ne changerait rien aux déficits du régime de répartition. Quant à la Commission de Bruxelles, si elle a reporté à 2023, la remise sur pieds des critères de Maastricht, elle a précisé avec insistance que cela n’exonérait en rien la France de réformer son système de retraites d’ici là "en équité" ; c’est-à-dire en repoussant pour tout le monde l’âge légal à partir duquel on peut faire valoir ses droits.

 

La diplomatie française en échec face à la Russie

 

À Davos le sujet ukrainien a quasiment effacé tout le reste, avec en ouverture une séquence vidéo du Président Zelensky qui a demandé aux Occidentaux une aide financière de 5 milliards de dollars par mois en plus de l’aide militaire en nature. L’intensification des combats dans le Donbass montre que la Russie n’entend pas jouer le jeu de la diplomatie tant que ce territoire russophone ne sera pas repassé sous sa tutelle.

Il reste à peine un mois à Emmanuel Macron pour proposer une sortie de crise en tant que Président en titre de l’Union Européenne. Jusqu’à présent la diplomatie française, qui a voulu se fondre dans celle – par nature inexistante – de l’Europe, a échoué à sortir du piège atlantiste. Et plus le temps passe, plus des pays comme la Hongrie risquent de bloquer les gestes en faveur de l’Ukraine. Rappelons que l’admission d’un nouveau pays au sein du "club" européen doit être agréée à l’unanimité des autres membres. Le problème du Chef de l’État français, pour l’heure, est qu’il a bien du mal à dissocier la problématique OTAN de la question européenne.

 

La situation s’aggrave en Chine

 

En revanche il a été peu question de la situation chinoise que l’on a, certes du mal à appréhender, compte tenu de l’incapacité des dirigeants de Pékin à dire la vérité. En dépit de confinements drastiques à Shanghai depuis deux mois, l’épidémie de Covid semble repartir de plus belle. À Pékin, la plupart des sites touristiques sont fermés de même que de très nombreux commerces. Bref la stratégie zéro covid de Xi Jinping est clairement un échec. Et c’est ce qui explique que la date du vingtième congrès du Parti Communiste n’a toujours pas été rendue publique.

Le gros problème de la Chine, en dehors de sa situation sanitaire, c’est que sa croissance fond à vue d’œil. L’objectif officiel fixé pour 2022 est de 5,5 %. Mais compte tenu des confinements aucun prévisionniste ne parie sur plus de 3 %. Et ce chiffre peut paraître encore bien élevé. Ce qui va avoir naturellement des conséquences sur le reste de la planète dans la mesure où la croissance chinoise contribue à hauteur de 40 % à la croissance mondiale. Et sur notre voisin allemand qui a pris l’habitude d’exporter massivement en Chine.

 

L’OFCE sabre sa prévision de croissance pour la France

 

De fait, l'Observatoire français des conjonctures économiques a fortement révisé à la baisse sa prévision de croissance pour la France. Il estime qu'elle sera de 2,7 % cette année après avoir tablé sur 4,2 % depuis l'automne dernier. Cette forte révision s’explique pour l’OFCE par la multiplicité des chocs (Prix de l'énergie, vague Omicron, difficultés d'approvisionnement, incertitudes géopolitiques, remontée des taux). Dans ces conditions, au-delà de l'acquis à la fin du premier trimestre 2022, la croissance s'établirait à 0,2 % au deuxième trimestre, puis évoluerait à un rythme de 0,3 % aux troisième et quatrième trimestres.

Sur l'ensemble de l'année, les divers chocs vont donc amputer le PIB de 2,3 % en 2022, note l'OFCE. Et les mesures budgétaires mises en place pour tenter de les amortir devraient permettre toutefois de limiter cet impact à 0,8 point de PIB. Quant aux mesures gouvernementales, leur coût devrait atteindre 1,5 point de PIB en 2022 cette année. Par ailleurs, dans son étude, l'Observatoire mesure aussi le coût pour la croissance française des tensions géopolitiques, en premier lieu avec l'Ukraine. De fait, si la tension se maintient en l'état jusqu'en fin d'année, l'impact sera de 0,5 point de PIB. Quant aux difficultés d'approvisionnement, elles diminueront la croissance française de 0,3 %.

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